
Entretien avec Serge Bramly
Découvrez l'interview de Serge Bramly, auteur de Le Premier Principe, le Second Principe, qui reçoit le Prix Interalié 2008.
«Magnifique. Je vais la surveiller, cette Lauren Kelly ! » Après avoir lu son premier roman, Elmore Leonard, le grand maître américain du polar,l’auteur culte de Tarantino, nous avait prévenus.
Il avait raison.Derrière Lauren Kelly se cache en effet Joyce Carol Oates.Dans son nouveau roman, Cœur volé, portrait d’une jeune femme entraînée par ses obsessions jusqu’aux limites de la folie, on retrouve l’écriture magistrale et l’univers hypnotique de l’immense romancière.
Un suspense troublant jusqu’à l’envoûtement.
Un roman à lire absolument !
Avec Cœur volé, Lauren Kelly prend comme prétexte la disparition d’une fillette de 10 ans, Lilac Jimson, pour nous faire un portrait au vitriol d’une petite ville américaine dans les années 80, où les idées, la façon de penser, et de vivre des habitants n’ont pas l’air d’avoir beaucoup changé depuis les années 50. Cette étude des mœurs est décapante et nous donne un roman captivant.
Merillee Graf est la fille d’un négociant en import-export qui a fait fortune, elle va grandir entre un père absent et une mère dépressive. La fillette est scolarisée dans le quartier où son père mène des actions sociales envers les plus démunis, pourtant elle aura du mal à s’y adapter. En voulant devenir l’amie de Lilac Jimson, petite fille noire dont la mère est femme de ménage chez ses parents, Merilee va vite comprendre que les codes sociaux et raciaux sont aussi présents dans une cour d’école : les enfants ne veulent pas fréquenter Merilee Graf. Alors quand la petite Lilac va disparaitre mystérieusement, Merilee va faire de cet enlèvement non élucidé le leitmotiv de sa vie. Mais ce n’est qu’à la mort de son père, qui l’oblige à faire un retour vers son passé, et une banale recherche pour retrouver un cœur de verre qu’elle avait offert à son père, que la jeune femme va être confronté des faits particuliers et douteux, qui peu à peu vont l’amener à découvrir des secrets bien gardés derrière les portes des maisons bourgeoises. Tous ces faits, ces évènements, vont l’aider à comprendre l’origine de la dépression de sa mère morte quand elle avait 19 ans, et son propre mal-être.
C'est avec une écriture puissante que Joyce Carol Oates allias Lauren Kelly nous décrit les affres de l'âme humaine. Un roman à lire absolument !
Un extrait qui décrit un peu l’ambiance du roman : « La population de Mount Olive et des environs était majoritairement blanche. Les rares individus « de couleurs », venus de Port Oriskany, de Buffalo ou de Rochester, n’en étaient que plus repérables. Ma famille Graf n’était pas raciste. Papa n’avait jamais était raciste. Pourtant, j’avais grandi en entendant ces adultes parler de « nègres », de « noirs », avec certaines intonations qui signifiaient autres que nous, pas comme nous. » (Extrait de la page 140)
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Un suspens troublant jusqu'à l'envoûtement.
Dans son nouveau roman, Cœur volé, portrait d'une jeune femme entraînée par ses obsessions jusqu'aux limites de la folie, on retrouve l'écriture magistrale et l'univers hypnotique de l'immense romancière. Un suspens troublant jusqu'à l'envoûtement.
Merilee vient de perdre son père, personnage imposant et notable de la ville où elle a grandi. Son absence laisse un vide énorme, elle semble perdue. On retrouve presque la même atmosphère que dans Mère disparue, du même auteur. Une sorte de manque, comme si une partie d'elle-même avait à jamais disparu. Mais elle se laisse submerger par ses émotions, après tout, elle n'a jamais été très forte, elle tient sans doute de sa mère, fragile elle aussi et morte depuis longtemps. Heureusement son oncle Jedah est là. Lui, si imposant, si fort, qu'il semble l'entourer d'une sollicitude... troublante. En revenant là où elle vécut enfant, elle redevient une petite fille. Une petite fille que la disparition d'une camarade de classe il y a si longtemps continue de hanter.
L'auteur excelle comme d'habitude à montrer ses personnages sans fards, à nu. Merilee est fragile, ses pensées, ses souvenirs se mélangent et l'angoisse est distillée à petite dose jusqu'au bouquet final. On suit Merilee dans ses doutes, ses humeurs, tout cela dans un style bien particulier, comme dans l'esprit chamboulé de la jeune fille.
Un très bon policier à lire aussi pour découvrir l'auteur.
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Une sordide et épouvantable vérité.
Ce livre est présenté comme un polar, mais n'y ressemble pas.
Une fillette d'une dizaine d'années a disparu et cet évènement jette la petite ville de Mount Olive dans le désarroi. On ne sait pas ce qu'elle est devenue, les langues vont bon train et imaginent toutes sortes de scénarios, plus ou moins effrayants et qui font monter la tension.
Quand Merilee commence à raconter son histoire, elle est âgée de vingt-six ans, elle revient de New-York pour assister son père mourant, ce père avec lequel elle n'a jamais eu que des relations difficiles. " Je ne savais pas trop ce qu'il avait été. J'avais adoré Papa, mais je n'avais jamais cru le connaître. Je l'avais respecté, comme tant de gens, mais je le redoutais aussi, il ne m'inspirait ni confiance ni affection.
A leurs tristes retrouvailles, Merilee rapporte à son père un coeur de verre qu'elle lui avait acheté quelques années plus tôt et qui, en quelque sorte, avait créé un lien entre eux. La mort de son père la laisse désemparée car elle ne se définie que comme la fille de Dennis Graf et ignore sa propre identité. La jeune femme relate les souvenirs de sa vie et qui ont eu une incidence plus ou moins importante sur celle-ci, les souvenirs honteux, les souvenirs douloureux, ceux qu'elle n'a jamais compris, comme celui de la mort de sa mère décédée dans des circonstances mystérieuses et dont on refuse de lui parler.
Après la mort de son père, au moment de ranger la chambre, Merilee se rend compte de la disparition du cœur de verre, et cela la jette dans un trouble extrême.
Oncle Jedah est toujours présent, mais lourdement. Toujours doucereux, plein d'attentions, il se dégage de sa personne quelque chose de malsain que Merilee ne parvient pas à définir et qui la met mal à l'aise. Malgré cette désagréable impression, elle accepte son invitation et découvre au cours de la soirée la vie secrète de son oncle, une vie obscène, lubrique, qui la choque profondément et l'oblige à la fuite.
Ce qui est surprenant dans le comportement de la jeune femme, c'est sa pensée ambivalente vis-à-vis de cet homme. D'un côté, elle sent quelque chose de louche qui lui fait éviter Jédah et d'un autre côté, elle se sent bien avec lui. Cette ambivalence m'a gêné tout au long de l'histoire car elle démontre un manque de clairvoyance chez Merilee qui l'entraine à accepter stupidement le comportement brutal de son oncle jusqu'à l'éclatement de la sordide et épouvantable vérité.
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