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Interview de Nathalie Hug & Jérôme Camut pour le courrier des auteurs (14/07/2013)

Source : Le courrier des auteurs (Le choix des libraires)

D'où vous est venue l'inspiration pour W3 ?
La plupart du temps, nos idées de romans nous sont inspirées par des articles, des infos, des films, des romans, des conversations, un petit quelque chose croisé au hasard qui fait tilt dans un moment de vie, l'idée jaillit. «Et si on écrivait une histoire sur ça !». La première idée naît dans la tête de l'un de nous deux. On partage beaucoup de choses, mais pas encore nos cerveaux.
Pour W3, ce sont finalement des années de petits agacements autour des infos de société qui nous ont poussés, par vent arrière et la grand voile déployée. Dans nos précédents romans, nous nous étions intéressés à des assassins, à leurs victimes, mais pas encore à leurs familles, aux procédures judiciaires, et encore moins aux blocages qui minent notre société et font que, par exemple, des criminels récidivistes se retrouvent en liberté. Ce genre de choses.

Pourquoi et à quel moment avez-vous décidé d'en faire une trilogie ?
En écrivant «le sourire des pendus», nous nous sommes rendus compte que nous entamions notre sujet et qu'il restait beaucoup à dire. Alors nous avons imaginé une intrigue à tiroir, ou plutôt construite à l'image des poupées russes. Ce premier tome permet d'avoir une résolution de l'affaire principale, mais elle en cache deux autres, qui feront chacune l'objet d'un tome. Et pendant ce temps, nos personnages devront se sortir d'autres affaires, liées ou non à la principale. C'est qu'on les bichonne nos personnages ! Pas question de les abandonner à une vie sereine une fois l'intrigue quasi achevée (ou le croient-ils). Ils évoluent, jusqu'au bout. Certains qui passaient pour des tendres s'endurciront au point de commettre l'irréparable, d'autres qui avaient tendance à laisser s'exprimer leur animalité reviendront vers la lumière.
Là encore, un seul tome n'y suffisait pas. C'est important les personnages, c'est même ce qui fait la crédibilité et l'originalité d'une histoire.

Avez-vous enquêté sur le terrain ?
Nous nous sommes beaucoup documentés. Nous avons lu des documents écrits par des juges, des avocats, des procureurs, des familles de victimes, des rapports sur la prostitution en France et dans le monde, sur les politiques menées par différents états sur les solutions envisagées (ou pas) en matière de lutte contre la criminalité organisée, etc. Et puis nous avons rencontré des gens agissants dans certains des milieux concernés par l'intrigue de W3, avocats, policiers, journalistes, familles de victimes. Certaines questions revenaient sans cesse. Pourquoi les choses se passent-elles ainsi ? Pourquoi ne change-t-on pas la donne, la loi par exemple ?

Est-ce facile en France d'écrire un livre aux résonances politiques ?
L'écrire, oui sans doute. En tout cas n'est ce pas plus difficile d'écrire sur ce sujet que sur un autre. Nous ne nous posons pas en juge, et nous égratignons tous les bords. Nous sommes romanciers, et citoyens avant tout, pas question de donner des leçons à quiconque.
En revanche, à travers cette intrigue que nous espérons avant tout divertissante, nous soulevons des problèmes, posons le regard sur des endroits douloureux. Le monde ne tourne pas rond. Est-ce à dire qu'il va mal ? Peut-être, et pourtant nos sociétés ont traversé des périodes bien plus sombres. Mais il pourrait aller mieux, de ça nous sommes certains.

W3 aborde des sujets sensibles, avez-vous cherché à faire passer un message ?
Le message se trouve dans l'esprit du lecteur, avec ce qu'il voudra retenir de W3. Finalement, c'est comme pour tout acte de la vie. Nous ne donnons pas tous la même importance aux événements auxquels nous assistons. Cela dépend de nos inclinaisons personnelles.
Nos personnages sont pareils. Ils ont des penchants philosophiques ou politiques différents et aucun n'est mis en avant pour faire valoir une préférence des auteurs. L'envie d'écrire ce roman n'était pas d'influencer quiconque à penser de telle ou telle façon. L'envie initiale consistait à visiter un état des lieux de notre société et de ses contradictions à travers une intrigue forte et des personnages, nous devons bien l'admettre, tous plus «barrés» les uns que les autres.

Au moment de l'écriture, vous répartissez-vous des rôles ?
Nous ne pouvons pas physiquement écrire ensemble, alors l'un de nous deux commence, avance dans l'histoire, et puis l'autre reprend le texte du premier et le réécrit. Le texte deux fois écrit repasse alors entre les mains du premier, et ainsi de suite, jusqu'à ce que nous soyons l'un et l'autre satisfaits du résultat. Il arrive aussi que l'un de nous deux soit plus à l'aise avec certains personnages. Dans ces cas là, on ne s'en prive pas.

Quels sont les avantages de l'écriture à 4 mains ?
Inventer une histoire qui tienne la route n'est pas simple. A deux, nous profitons de deux univers, deux expériences, deux personnalités. En somme deux fois plus qu'un auteur seul (nous n'avons pas dit deux fois mieux !). Et puis, cerise sur le gâteau, l'énorme avantage d'écrire ensemble, c'est justement de mêler nos envies, de débattre, de ne pas quitter l'autre et tout ça sans jamais nous disputer (ça nous arrive de temps en temps, mais le sujet n'est jamais l'écriture !). Dans nos romans, nous chantons d'une même voix.

Nathalie, vous écrivez aussi des livres en solo dans des registres très différents, que représentent-ils pour vous, une respiration ?
Une envie, un besoin, une respiration, oui. Le sujet de mes romans est à mille lieues de ceux que Jérôme et moi écrivons ensemble. Mon écriture solo est plus poétique, et les thèmes que je choisis plus proches du féminin. C'est une expérience différente, peut-être comme un cadeau à Jérôme, mon premier lecteur, quelque chose qui dit : tiens, lis-moi, je l'ai d'abord écrit pour toi.

Jérôme, comptez-vous un jour reprendre la plume en solo ?
C'est déjà fait, mais pour le moment, il s'agit davantage de scénarios que de romans. Un jour viendra, c'est certain. J'ai en tête plusieurs idées qui me plaisent beaucoup et qui sont trop éloignées de l'univers et des envies de Nathalie.

Metz, mars 2013

Le Sourire des pendus (W3, Tome 1)

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Date de parution: 
28/05/2014
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