COMPTE | Alain d'Issy

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Parmi les romans qui nous ont été soumis, les deux qui m’ont le plus impressionné sont : « La part des flammes» et « Trois mille chevaux vapeur ». Le roman de Gaelle Nohant marque par son écriture élégante et un récit sur fond historique très bien mis en scène. Je l’ai beaucoup apprécié. Le roman d’Antonin Varenne a, me semble-t-il, plus de souffle, plus de corps, plus d’aspérités. La juxtaposition des trois géographies, le roman d’aventures et la transformation de ce héros rustre en homme accompli m’ont captivé et motivent mon choix. Je vote Varenne, et espère le rencontrer lors de la soirée de remise des prix. En participant à ce jury Livre de Poche, je voulais être surpris et découvrir de nouveaux auteurs. Mission accomplie. Merci pour ces lectures.
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Ce livre est comme un nénuphar, il se déploie sur l’eau et fait admirer ses belles couleurs. Mary est une vieille femme, veuve, malade, fatiguée, pleine de souvenirs, de tendresse et de secrets. Mary vit en Tasmanie dans un pays âpre, balayé par le vent et les embruns. Elle a trois enfants, son plus jeune fils Tom est mécano et a effectué un séjour douloureux dans une base en Antarctique. Mary veut terminer sa vie sur l’île de Bruny où elle a vécu avec sa famille et faire ressurgir les souvenirs de sa vie au contact de ces paysages de bout du monde. Tom veut reconstruire sa vie après une rupture. Karen Viggers mêle habilement les récits du passé de Mary et les projets bancals de Tom. Le livre est captivant au sens où il vous enferme dans cette île, dans les pensées les plus intimes de Mary et Tom et dans une douce mélancolie.
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À propos de : Je suis là
Clélie Avit raconte avec beaucoup de sensibilité l’histoire de Thibault (jeune homme bouleversé par l’accident de son frère et la présence de la petite Clara dont il va devenir le parrain) qui rencontre Elsa jeune femme dans le coma suite à un accident de montagne. Avec un touchant entêtement Thibault va rendre visite régulièrement à Elsa, lui parler, espérer, rêver d’un amour impossible (?). Clélie Avit nous propose un texte émouvant qui alterne les points de vue des deux protagonistes (Elsa a gardé quelques bribes de conscience) et nous entraîne avec talent dans une belle histoire qui fait réfléchir de façon moderne aux grandes priorités de la Vie.
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À propos de : Tram 83
Fiston MWANZA MUJILA décrit avec beaucoup de verve et de poésie une sorte de pandémonium au cœur de l’Afrique. Lucien sacrifie tout à l’écriture et Requiem est prêt à toutes les traîtrises pour survivre dans cette société violente, libidineuse et corrompue. Le Tram 83 est un bouge où se rassemblent chaque soir les canetons (prostituées mineures), les biscottes (gamins enrôlés dans les mines), les touristes lucratifs, un éditeur, une diva… Cette assemblée tumultueuse donne un peu la nausée et le vertige. Belle écriture, très rythmée, pleine de surprise. Beau livre original qui tranche avec le reste de la sélection « Prix des lecteurs », particulièrement ces romans américains calibrés comme des pommes de supermarché.
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À propos de : Le fils
Philip Meyer nous propose une magnifique saga texane qui s’étend sur plus de deux siècles. L’histoire nous est contée par trois personnages pris dans l’arbre généalogique de la famille Mc Cullough, le père, le fils et l’arrière-arrière petite-fille. Le roman brasse habilement les thèmes de la conquête de l’ouest, des conflits indiens et des terribles massacres qui les accompagnent, de la guerre américaine nord-sud et la folle période de l’exploitation du pétrole au Texas. J’ai trouvé la lecture de ce roman fleuve grisante. J’ai particulièrement apprécié le récit d’Eli Mc Cullough prisonnier des Comanches puis adopté par les indiens et enfin fortement déstabilisé lors de son retour chez les Blancs. Un excellent livre pour l’été !
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À propos de : La Part des flammes
4 mai 1897 : l'incendie du Bazar de la Charité à Paris fait 121 victimes en majeure partie des dames de la haute société dont la duchesse d'Alençon, sœur de l'impératrice-reine d'Autriche-Hongrie. Sur cette trame historique, Gaëlle Nohant raconte merveilleusement l’histoire de jeunes femmes en quête d’identité et de devenir dans une société dont les lignes de partage bougent. Les personnages sont attachants et profonds, les conflits et les alliances passionnants à suivre. La Part des flammes, un beau roman servi par une écriture très élégante.
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Le roman de Virginie Despentes est un fleuve puissant qui charrie de bien mauvais rêves. C’est aussi le trombinoscope d’une société éreintée : Des chanteurs, des DJ, des macs, des putes, de nombreuses vies incertaines. C’est encore le récit brutal d’inéluctables dérèglements individuels et collectifs. Rapide, moderne, désenchanteur. Le roman de Virginie Despentes emporte tout sur son passage.
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Le livre de François Roux est organisé en deux grandes parties. Première période : l’élection de Mitterrand ; deuxième période : la fin du quinquennat de Sarkozy. Des jeunes gens de province passent leur Bac et s’apprêtent à se lancer dans la vie. Ils se construisent dans cette société des années 80. Trente ans plus tard, nous les retrouvons installés dans une société sans pitié, une jungle qui produit ses propres fauves et victimes. Ils sont acteur, industriel, homme politique, photographe de renom, trader londonien,… Ils étaient insouciants ou affamés, naïfs ou calculateurs, sombres ou délurés,…Ils sont devenus blasés, aigris, frustrés, arrogants, ou fragiles… Les dialogues sont rapides et efficaces, ils bonifient les situations conflictuelles en famille, à l’usine, dans la vie amoureuse,… De nombreuses scènes analysent en profondeur l’intimité des personnages, la sensation de valeurs évanouies, les regrets et les remords de chacun, ces pages sont passionnantes. Ce livre permet de mieux comprendre une génération élevée dans des principes qui ont volé en éclat au début du XXIème siècle. Un très bon livre.
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Le cadre de ce roman d’aventures est très solide. Chaque période, correspondant à une localisation géographique (la Birmanie, Londres, l’Amérique) est fort bien illustrée, l’ambiance est parfaitement suggérée et l’action bien rythmée. La Birmanie fait penser aux ténèbres de Conrad ou à des films sur le Vietnam, les bas-fonds de Londres font penser à ceux de Stevenson et l’immense Amérique reprend habilement tous les clichés des westerns hollywoodiens (les villes fantômes, les mines d’or, les ranchs, les saloons… mais aussi les cow-boys, les migrants de l’ouest, les aventuriers, les indiens, les prêcheurs,…). Et le roman d’aventures devient un roman d’initiation. Bowman (le héros revêche, balafré et rustique) traumatisé par ses guerres prend de l’épaisseur, éclot lentement au contact de personnages de rencontre, tous plus intéressants les uns que les autres. Bowman ravagé par ses peurs et par l’alcool découvre progressivement les livres et l’écriture qui lui donneront de l’humanité. Un très bon livre, cependant j’ai quelques réserves sur le style qui est, certes efficace, mais pas enthousiasmant (écriture de polar ?), j’ai surtout regretté quelques longueurs dans la période londonienne (inventaire des anciens mercenaires) mais aussi dans la période américaine où certains épisodes mériteraient d’être un peu moins relâchés. Laissons cela de côté, « Trois mille chevaux vapeur » d’Antonin Varenne réussit le pari captivant de marier l’aventure intime et l’aventure spectaculaire pour le plus grand plaisir du lecteur.

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Portrait de Alain d'Issy