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À propos de : Au revoir là-haut

En un mot : magistral ! Du début à la fin.
Lauréat du prix Goncourt 2013, Au revoir la haut est, comme le dit Albert Dupontel, un subtil mélange de Celine et Dumas. Le premier pour les torsions de l'âme, le second pour la narration spectaculaire.
2 Novembre 1918, dernier assaut de cette guerre si meurtrière.
Un champ de bataille, des hommes enragés, une attaque sous les obus et les grenades, un commandant sadique et deux jeunes poilus : Albert et Édouard. Ils ne se connaissent pas encore et pourtant ils ne se sépareront plus.
Véritable gueules cassées, ils vont décider de se venger de cette fichue guerre, du délaissement, de l'oubli par l'Etat, en imaginant une arnaque prodigieuse !
Une action sans pause, autour de ces deux personnages hauts en couleur, très moderne et attachant, l'un blessé physiquement, l'autre psychiquement. Le tout dans une écriture efficace tantôt drôle, tantôt triste.
Un véritable questionnement sur le devoir de mémoire, le business cynique que cela a engendré, la place des soldats français au retour des champs de bataille.
Un livre trop vite lu... tellement il est divinement bien écrit.
Je ne peux que le conseiller !
Pour les lecteurs déjà conquis ou les "fainéants" de lecture (600 pages, vite passées, mais je comprend que ça rebute un peu) courrez au cinéma dès mercredi pour découvrir la superbe adaptation d'Albert Dupontel.
Le film complète parfaitement l'œuvre de Pierre Lemaitre. Il s'est totalement réapproprier l'histoire sans pour autant la dénaturer. Un vrai tour de force !!

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À propos de : Une vie

Une vie ... un si joli titre emprunté à Maupassant. Et quelle vie ... ou plutôt quelle leçon de vie.
Un témoignage bouleversant, plein de pudeur et de combativité. Un incroyable destin si on peut le dire ainsi mais aussi un récit de mémoire destiné aux futurs générations. Ne jamais oublier. Ne jamais abandonner.

Une femme comme on aimerait toutes l'être, avec une volonté de vivre, de survivre, de s'émanciper, de travailler.
Livre de Poche a sorti une édition concentrée uniquement sur la période 1927-1954, destinée aux plus jeunes dans un devoir de mémoire, agrémentée de nombreuses notes explicatives.
Un témoignage à lire absolument !

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À propos de : L'oeuvre

L'Oeuvre, 14e roman de la fameuse saga des Rougon-Macquart, Emile Zola se lance cette fois ci dans le milieu artistique entre 1860 et 1880. Il y raconte le destin tragique d'un peintre raté.
Claude vit à Paris et consacre son temps à la peinture d'un chef d’œuvre. Éternel insatisfait, il persiste encore et encore, envers et contre tous, pour réussir son chef d’œuvre qu'il souhaiterait plus que tout exposé au Salon. Le fameux Salon, qui constitue chaque année le point d'orgue du milieu artistique. Être exposé au Salon, être saluer par la critique, plébisciter par le peuple parisien serait pour lui la réussite suprême de sa carrière.
On assiste à ses heures de peinture, de découragement, de colère, ponctuées par les visites de ses amis, tous dans le milieu artistique : peintre, architecte, écrivain, journaliste.
Puis, arrive un jour Christine. Jeune femme fraichement débarquée de province, qui va rapidement s'attacher au peintre. Un chamboulement dans la vie de cet artiste solitaire.

La vision de Zola est omniprésente dans le roman, grâce au personnage de Sandoz. Un roman dur, pessimiste, où la perfection empêche d'être satisfait. Une impuissance à réussir sa vie qui domine tout le long et pour tous les personnages.
Zola s'inspire directement de ses souvenirs personnels, grand ami de Cézanne, Manet et d'une multitude de peintres de cette époque, il connait très bien ce domaine. Mais aussi une documentation extraordinaire sur Paris, sur les techniques de peinture et de sculpture. J'aimerais beaucoup lire les carnets de "préparation" qui ont l'air d'être une vraie mine d'or. Si quelqu'un a des infos ? ;) On ne lit pas ce tome dans la quête d'une histoire à rebondissement. Le rythme est assez lent, on se laisse couler dans ce milieu. On se laisse promener dans le Paris de la fin du XIXe siècle. Les descriptions sont somptueuses. Les couchers de soleils, le froid, la pluie, les ateliers, les dîners, les promenades. Une vraie fresque de l'époque condensée en "quelques" pages.

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À propos de : Les Huit montagnes

Chose plutôt inédite dans nos habitudes de lecture : nous l'avons lu tous les deux et nous sommes désormais acquis à l'écriture de Paolo Cognetti. Nous avions eu la chance de le rencontrer en septembre. Un homme aussi simple et poétique (un brin rustique) que son écriture. (J'étais déjà sous son charme avant même de commencer ma lecture)
* Gue, qu'as tu aimé dans le roman ?
Les descriptions précises, le vocabulaire montagnard, la mise en avant des métiers manuels (l'élevage, la construction) dans un environnement sauvage, la question de la filiation et de notre position dans la société actuelle. .
* Cha ?
La relation amicale entre Bruno et Pietro solidifiée par leur amour commun de la montagne, le style poétique, mélancolique, simple et pur, l'ode à la nature et surtout l'attachement profond que l'on peut avoir pour les lieux et tous les souvenirs qu'ils contiennent. .
* Y a t-il des moins dans ce roman récompensé par le Prix Strega 2017 ?
Nous nous sommes tous les deux accordés sur le fait que l'épisode du Népal n'apporte pas énormément au récit... hormis l'explication du titre...
. * Un passage préféré ? .
"Si l'endroit où tu te baignes dans un fleuve correspond au présent, pensai-je, dans ce cas l'eau qui t'a dépassé, qui continue plus bas et va là où il n'y a plus rien pour toi, c'est le passé. L'avenir, c'est l'eau qui vient d'en haut, avec son lot de dangers et de découverte." .
"Peut etre ma mère avait elle raison, chacun en montagne a une altitude de prédilection, un paysage qui lui ressemble et dans lequel il se sent bien. La sienne était décidément la forêt des 1500 mètres, celle des sapins et des mélèzes [...]. Moi, j'étais plus attiré par la montagne qui venait après : prairie alpine, torrents [...]. Plus haut encore la végétation disparaît, la neige recouvre tout [...]. C'est la qui commençait le monde de mon père" .
Un roman d'initiation puissant, philosophique aussi magistral que les montagnes du val d'Aoste. Je regrette déjà de l'avoir terminé...

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