COMPTE | CoolWriter

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À propos de : Arizona Tom
Jean-Christophe Giesbert alias Norman Ginzberg a eu l'étrange idée de mettre en scène Ocean Miller, un shérif juif quinquagénaire, alcoolique et revenu de tout, s'efforçant de tirer son épingle du jeu depuis la fin de la guerre de Sécession, durant laquelle il servit dans l'artillerie yankee. Depuis une dizaine d'années, il fait respecter la loi à Brewsterville, un patelin sur le déclin, paumé en lisière du désert de Mojave, en Arizona. Le mercredi 8 juin 1883, lors de sa chevauchée d'inspection, il trouve un gosse, Tom, presque mourant sous le soleil ardent, traînant derrière lui un macabre colis... le cadavre d'un homme décapité, presque démembré. Il le ramène à son bureau. Et il lui faudra se battre pour éviter au gosse une justice expéditive voulue par les notables qui voient en Tom le meurtrier parfait car trop évident. Norman Ginzberg décrit un far-west sans concession et nous suivons son shérif dans sa quête de la vérité, à une époque où les à-peu-près étaient légion. Le style est superbe, la narration fluide, la galerie des portraits et les grands espaces particulièrement bien dessinés, l'évocation d'une Amérique profonde de la fin du XIXe siècle est passionnante, les us et coutumes décrits sans concession. On relèvera seulement la négligence de l'auteur dans sa mise en place de la chronologie : il n'a pas su manipuler sa calculette et s'est mélangé les crayons, détail mineur qui n'enlève rien au plaisir de lire ce polar singulier.
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À propos de : Diables au paradis
Franco di Mare nous offre là, un roman policier à la facture surprenante, empreint d'une érudition littéraire sidérante, inhabituelle dans le genre du polar. Il faut dire que Carmine, son héros christique mène double vie, après avoir dû abandonner une carrière universitaire prometteuse de professeur de philologie pour devenir l’exécuteur des basses œuvres de la Camorra napolitaine... Cherche-t-il la rédemption ou tout simplement à survivre dans une ville décrite comme la capitale du crime impuni ? Des flash-back en contre-champ nous font découvrir l'enfance des divers protagonistes, marionnettes du destin, victimes d'un théâtre antique que n'aurait pas renié Racine. La trame est captivante, nous tient en haleine, sans aucune gratuité dans la narration qui pourrait sinon essouffler le lecteur. Après avoir tourné la dernière page, lu les dernières lignes, il apparaît que ce bouquin montre une belle écriture scénaristique qui pourrait faire l'objet d'une remarquable adaptation au cinéma. Bravo !
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Le roman de Christian Bindner, "la suite ne sera que silence" m'a vite lassé car suivre les minutes du procès de Baptiste Chauvalet, raconté par l'accusé lui-même me donna bien du chagrin tant ses états d'âme étaient sans attrait.
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À propos de : Les Rues de Santiago
"Les rues de Santiago" de Boris Quercia me sembla trop cru et ce, de façon gratuite alors que la fin m'apparut bien décousue, presque bâclée comme si elle avait était expédiée par un criant manque d'imagination.
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À propos de : Le Lecteur de cadavres
Le roman fleuve de 755 pages en version poche d'Antonio Garrido "Le lecteur de cadavres" appâte le curieux par son exotisme et son étrange thème malgré ses incongruités et ses anachronismes dues à la légèreté du travail des traducteurs, sans doute... je vous laisse le déplaisir de sourciller quand vous rencontrerez les mêmes tressaillements que moi. Vous suivrez la vie hasardeuse de Ci Song qui ne fut pas un long fleuve tranquille, loin de là, dans une Chine du XIIIe siècle. Toutefois, la traduction ne montre aucun lyrisme que l'on aurait pu attendre d'un tel roman, aucun charme particulier. Le style est plutôt rugueux, sans éclat... Les 250 premières pages furent bien longues... les vicissitudes de la vie de Ci Song s'enchaînent de tragique manière jusqu'à devenir la biographie fictive de celui que le monde entier considère aujourd'hui comme le précurseur et le père de la médecine légale. Mais il transparaît bien trop qu'il s'agit là de la mise en abyme de notes documentaires, de l'accumulation de savoirs livresques - la lecture des remerciements et de la bibliographie nous en offre les indices. On obtient donc un roman opportuniste sans relief. A trop vouloir embrasser, mal étreint ! On reste donc sur notre faim car la fougue et la force sont absentes...
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À propos de : L'Heure du chacal
Parce qu'il est né en Allemagne et qu'il vit à Windhoeck, en Namibie, parce qu'il en a une vision objective de la sociologie, Bernhard Jaumann y met magnifiquement en scène son enquêtrice Clemencia Garrise, bien embarrassée de sa famille collante comme une sangsue, du township Katutura de 170 000 âmes, fondé en 1959 pour y reléguer de force les noirs de Windhoeck. À la suite de l'assassinat d'un certain Abraham "Slang" Van Zyl, cadre blanc dirigeant, ancien des services secrets sud-africains, celle-ci s'efforce de démêler les intrigues qui ont concouru, en 1989, à l'assassinat d'Anton Lubowski, avocat de son état, membre du SWAPO (organisation de libération fondée en 1960) et chantre de la lutte anti-apartheid. Il faut savoir que même si Anton Lubowski a une réalité historique, le roman est une pure fiction... extrêmement plausible. C'est en cela qu'il nous tient en haleine jusqu'au bout, nous faisant découvrir par l'autre bout de la lorgnette les outrances du racisme, de ce que fut l'apartheid et les compromissions ayant permis si longtemps un tel théâtre politique obscène.
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À propos de : Minuit à Pékin
Paul French, en véritable ethnologue, nous offre un magnifique roman qui nous plonge avec une foison de détails réalistes dans un Pékin des années 30. Un père obsédé par le meurtre de sa fille adoptive, insatisfait des négligences coupables de l'enquête officielle s'entête à rechercher le vrai coupable... Paul French qui s'est servi de documents d'époque joue au reporter-détective et nous tient en haleine, faisant revivre une Chine des temps jadis, marquée des relents du colonialisme, nous narre par le menu les us et coutumes, les légendes et les craintes ataviques ; à nos oreilles résonne la vie grouillante des divers quartiers qu'il nous dépeint. Tout en nous agrippant aux indices historiques qui émaillent le récit pour reconstruire le contexte, nous haletons jusqu'au dénouement final. Une étrange et bien agréable sensation me fait frissonner : j'ai l'impression de lire un des romans noirs si captivants de James Ellroy, lorsqu'il se déguise en enquêteur retors, maniaque du détail... ce qui n'est pas pour me déplaire. Bravo !
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À propos de : Un vent de cendres
Bien souvent, les auteurs de romans policiers ne font preuve que d'une bonne connaissance des armes à feu, des us et coutumes de la police, du mode de vie des pervers et autres frappadingues ; parfois un travail de journaliste donne du sens ou de la consistance à l'enquête. Bien souvent encore, ils manient la langue française avec une pitoyable banalité et il est souvent difficile de trouver du style à ces écritures de journaleux, je ne veux pas parler ici des traductions étrangères effectuées sans âme ni talent. Mais là... chapeau ! Sandrine Collette nous offre à lire un court roman au style littéraire remarquable et à la puissance évocatrice épatante... Bravo ! Au-delà de l'intrigue, savourer sa langue est un vrai plaisir. Quelle découverte heureuse !
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À propos de : Yeruldelgger
Entre "Le sommeil et la mort" d'A. J. Kasinski alias le duo d'auteurs danois Anders Rønnow Klarlund et Jacob Weinreiche et puis "Yerudelgger" de Ian Manook alias Patrick Manoukian, je vote pour le second au ton plus vivant, au style plus alerte mais je ne suis pas convaincu par les descriptions gore, par quelques incongruités, par le souci qu'a eu l'auteur de tisser dans ce roman dont l'action se déroule en Mongolie des liens bien surprenant et donc superflus avec la France... marketing oblige ?
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Am, stram, gram, Pic et pic et colégram, Bour et bour et ratatam, Am, stram, gram pic dam. Mais comme le Roi ne le veut pas, ça ne sera pas toi ! Puisqu'il me faut voter et choisir entre "Qui ?" de Jacques Expert et "La Reine de la Baltique ", je n'ai d'autre choix que de choisir non pas le meilleur des deux textes mais le moins mauvais. Je choisis donc le roman de Viveca qui pose un beau paysage nordique, fort exotique pour le français que je suis, qui amène bien l'intrigue, qui lentement embarque le lecteur... mais je maudis le travail bâclé du traducteur, Rémi Cassaigne, qui ne s'est pas arraché un ongle tant il a laissé des maladresses, des erreurs pitoyables de ponctuation qui m'ont rendu rageur. L'absence coupable de style a parasité ma lecture. Je ne peux imaginer que Viveca ait une prose aussi fade en suédois... alors qu'elle a réussi à captiver un si grand nombre de ses compatriotes ! Heureusement, entretemps, j'ai pu voir courant janvier 2015 et revoir le mois suivant, l'adaptation télévisée du roman, intitulée "Meurtres à Sandhamn " - réalisation : Marcus Olsson - Scénario : Sara Heldt et Thomas Borgström - diffusée par Arte, qui m'a enthousiasmé et m'a permis de mieux goûter la musicalité de cette œuvre et de persévérer. Je recommande aux éditeurs de s'entourer de meilleurs traducteurs...

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