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À propos de : Ruby
RUBY Ce roman nous prend littéralement aux tripes. Il nous horrifie mais il nous captive. C’est un portrait incroyable de la vie d’une femme, Ruby, à qui tout a été volé, une fresque qui nous parle crûment de la folie, de la croyance de l’être humain dans le surnaturel, du fonctionnement délirant d’une communauté noir dans un coin du Texas dans les années 50 à 70, des rapports entre noirs et blancs à l’époque, des comportements sauvages des hommes quand ils ont envie de sexe et lorsqu'ils sont pris de fanatisme religieux... Bouleversant et atroce mais magique et tendre lorsqu’il s’agit d’Ephram, l’ange gardien d’une Ruby traquée par le reste de la communauté, l’innocence à l’état pur comme on en trouve rarement. Ruby et Ephram ce sont des personnages dont on s’en souviendra. Ce livre est écrit avec une telle force qu’il marque notre esprit comme elles pourraient le faire les images d’un film.
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Dans « Ce pays qui te ressemble », Tobie Nathan peint un tableau très riche de l’Égypte de la première moitié du XXe siècle. Il s’agit d’une œuvre magique où la poésie se mêle à l’ethnographie et à la géographie ; des événements politiques et historiques s’imbriquent dans une fiction qui nous happe. L’auteur nous livre un roman où de magnifiques personnages imaginaires s’intègrent à la perfection dans des décors réels (comme Le Caire ou Alexandrie) et interagissent magistralement avec des personnages qui incarnent des personnes ayant vraiment existées (comme le roi Farouk). Il nous présente les péripéties de Zohar (juif) et Masreya (arabe) dans un Caire en ébullition où au fil des années cohabitent les religions musulmane, juive et copte, des soldats britanniques, des Italiens, des Allemands, des Égyptiens antisémites et des Égyptiens sionistes. La toile de fond pour la trame principale (l’histoire d’amour de Zohar et Masreya) est en conséquence une saisissante fresque d’une Égypte multiculturelle où les voyous et les miséreux côtoient des riches, des danseuses épousent des rois en secret et les aveugles sont clairvoyants. Le résultat du travail de Tobie Nathan émerveille donc de par ses descriptions d’une capitale captivante, sa création de personnages incroyables et son érudition. C’est en définitive une recette réussie où l’histoire se marie très bien à la littérature, le tout saupoudré d’un peu d’anthropologie avec un soupçon de gastronomie et une pincée de sorcellerie. Délicieux !
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À propos de : La Femme qui fuit
Première femme à pratiquer la poésie et la peinture automatistes, la canadienne Suzanne Barbeau née Meloche (1926-2009) a vécu sa vie comme elle l’entendait, faisant du mot liberté son étendard, aussi bien artistiquement que sexuellement et également dans sa façon de vivre. Elle a crié à Montréal contre le pouvoir en place à la fin des années 40 et lutté en 1961 à Alabama contre la ségrégation raciale (survécu à une attaque du Ku Klux Klan et séjourné dans la prison de Jackson, au Mississipi). Suzanne a connu le peintre J. Pollock à Manhattan et l’athlète olympique Hilda Strike. Elle a vécu à Ottawa, à plusieurs endroits du Québec, à Bruxelles, en Angleterre, à New York. Elle a été artiste, factrice, secrétaire dans une association militante pour les droits des noirs, bouddhiste à la fin de sa vie. Son existence a donc été le parcours extraordinaire d’une femme avec du caractère. Mais cela n’a pas été du tout – hélas ! – un parcours sans faille. Bien au contraire, car pour mener cette vie, elle a laissée dans son sillage un mari rejeté et deux enfants abandonnés. C’est à cette Suzanne que sa petite-fille s’adresse avec ce livre poignant, à la Suzanne qui a fuit ses enfants lorsqu’ils avaient trois ans (sa fille, la mère de l’auteure) et un an (son fils). Anaïs Barbeau-Lavalette reconstitue dans son livre, que l’on pourrait qualifier de « docu-fiction » s’il s’agissait d’un film, la vie de sa grand-mère afin de mieux pouvoir se construire, de mieux comprendre qui était ce spectre qui a toujours hanté la vie de sa mère et évidemment afin de vider sa colère contre une grand-mère qui a fait souffrir sa mère, indirectement provoqué la folie de son oncle et refusé le contact avec ses petits-enfants. Elle le fait de façon magistrale tout en s’adressant à Suzanne (ou plutôt à son fantôme puisque le livre a été écrit après la mort de sa protagoniste) pour pouvoir crever l’abcès qui la rongeait et soigner la branche pourrie de son arbre généalogique. En mettant à nu la partie sombre de sa famille et en reprochant de manière directe à sa grand-mère son comportement qu’elle a toujours considéré égoïste et puéril, Anaïs Barbeau-Lavalette se sert de la littérature comme outil thérapeutique et crée, en fin de compte, un ouvrage qui lui permet d’aller de l’avant tout en nous livrant une chronique à structure circulaire très bien documentée et d’une écriture sans ambages mais très belle dans certains passages.
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À propos de : Ruby
RUBY Ce roman nous prend littéralement aux tripes. Il nous horrifie mais il nous captive. C’est un portrait incroyable de la vie d’une femme, Ruby, à qui tout a été volé, une fresque qui nous parle crûment de la folie, de la croyance de l’être humain dans le surnaturel, du fonctionnement délirant d’une communauté noir dans un coin du Texas dans les années 50 à 70, des rapports entre noirs et blancs à l’époque, des comportements sauvages des hommes quand ils ont envie de sexe et quand ils sont pris de fanatisme religieux... Bouleversant et atroce mais magique et tendre lorsqu’il s’agit d’Ephram, l’ange gardien d’une Ruby traquée par le reste de la communauté, l’innocence à l’état pur comme on en trouve rarement. Ruby et Ephram ce sont des personnages dont on s’en souviendra. Ce livre est écrit avec une telle force qu’il marque notre esprit comme ils pourraient le faire les images d’un film.
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C’est un délice de roman. Court mais rempli d’émotions. De plus, le sujet, l’amour au troisième âge, n’est pas beaucoup traité dans la littérature de nos jours, où presque tout tourne autour de la jeunesse, ni de la littérature en générale, puisqu’on a toujours préféré, si je ne m’abuse pas, raconter les premières ardeurs amoureuses ou les tentations interdites à l’âge mûre… Il s’agit ici d’une belle histoire d’amour au crépuscule d’une existence, lorsque les protagonistes croyaient déjà ne plus revivre cela. Des protagonistes qui ont eu des expériences opposées par rapport à la vie de couple et qui, à priori, n’étaient pas destinées l’un pour l’autre. Des protagonistes aussi, en principe, pas trop ressemblants – et surtout, très différents aux précédents conjoints respectifs – mais qui se complètent très bien et qui représentent l’un pour l’autre l’accomplissement d’une vie. Cette œuvre fait réfléchir à la dignité en fin de vie, aux maisons de retraite pas toujours choisies, à la force que les personnes âgées peuvent encore avoir, à la capacité qu’elles ont encore d’expérimenter et de décider, de tout ressentir comme si s’agissait de la première fois, de faire des folies, de danser toute la nuit si elles en ont envie…
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À propos de : Entre ciel et Lou
Un livre sans prétension si ce n’est que de rendre un bel hommage à l’île de Groix (ses gens, ses paysages, sa gastronomie) de la part de l’auteure. De montrer ouvertement son affection par cet endroit et de partager les sentiments et les sensations que “ce caillou” lui inspire. La lecture de ce fresque groisillon met du baume au coeur de par l’authenticité de ses personnages. Des personnages narrateurs d’une grande intensité : Lou et Jo, des amoureux éternels ; Sarah et Cyrian, qui mûrissent d’un coup après la mort de leur mère ; Albane et Maëlle avec leurs blessures ; Pomme et Charlotte, jeunes demi-soeurs qui apprennent à s’aimer malgré tout ce qui les sépare. Il est vrai que ce roman est larmoyant à certains moments mais le bien-être, les rires et les surprises qu’il nous procure compensent le côté mélodramatique. On respire au fil des pages l’air marin de la Bretagne, on croit entendre les goélands tout au long du récit, on est bercé par les vagues de l’océan… Lorraine Fouchet nous fait réfléchir sur les liens familiaux et d’amitié, sur le droit d’un être humain à une mort digne et même sur le mode de vie stressant de notre société actuelle. L’écrivaine transmet au lecteur le message réconfortant qu’il est possible encore aujourd’hui, dans un monde égoïste, froid et violent comme le notre, d’avoir confiance en l’Homme, en ses valeurs les plus profondes comme l’amour, le respect ou la solidarité ; le message que l’espoir, même dans les pires situations, c’est ce qui meurt en dernier.
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À propos de : Il était une lettre
Pour les amateurs de livres émouvants, un livre avec un dénouement tellement touchant que l'on verse une larmichette à la fin. Si vous aimez les histoires qui parlent de la curiosité humaine, le courage, le destin, la condition de la femme, la quête d'identité, le premier amour, l'amitié, vous allez apprécier ce roman. Mais ce n'est pas tout. Si vous préférez plutôt des intrigues autour de sujets moins larmoyants, mais qui touchent tout autant la corde sensible, comme la perte d'un enfant, la honte, l'alcoolisme, l'addiction au jeu, la violence conjugale, vous serez servis aussi. C'est une lecture dans laquelle même les lecteurs qui privilégient les romans historiques peuvent s'y retrouver. Et également ceux qui aiment les histoires courtes car ça se lit vite. Tout y est dans ce premier roman de Kathryn Hugues.
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Le complexe d’Eden Bellwether fascine du début à la fin. Ses magnifiques descriptions nous proposent un délicieux voyage à Cambridge, ses explications érudites en matière de psychiatrie et de musicologie nous apportent des données scientifiques surprenantes, ses personnages nous saisissent inévitablement. Oscar et Iris, un couple improbable pour lequel on éprouve de la tendresse. Yin, Marcus et Jane, des jeunes bourgeois un peu déboussolés et touchants. Le Dr. Paulsen et Herbert Crest, dont l’histoire nous prend aux tripes. Les parents Bellwether, des riches qui nous font pitié. Surtout le père qui, malgré la bulle douillette dans laquelle vit sa famille, ne peut pas empêcher le mal de la ronger car le mal est à l’intérieur. Il s’appelle Eden. Eden, comme son nom de famille en anglais l’indique, est le chef de sa bande, un leader pour ses amis, qui mène à la baguette tout le monde avec son charisme et qui hypnotise le public quand il joue de l'orgue. Cependant, la vie avec lui est loin d’être pacifique comme dans le jardin biblique. Au contraire, son emprise est une torture pour sa sœur et sa folie le mène à la catastrophe. Quelle histoire troublante que la sienne ! Ses délires font peur ! Ils nous font réfléchir sur la complexité humaine, sur les limites entre le possible et l’impossible, le réel et l’imaginaire. En définitive, Eden, personnage narcissique comme on peut en croiser dans la vraie vie, quoique poussé à l’extrême, nous conduit à une réflexion sur la folie, les pouvoirs paranormaux et sur la fragile séparation entre le rationnel et l’irrationnel.
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Dans Les fidélités successives, Nicolas D’Estienne D’Orves écrit avec un style poétique et un langage cultivé les aventures d’un homme dépassé par les événements de l’Histoire et par la complexité des rapports humains. Guillaume Berkeley est le personnage principal de ce livre passionnant qui nous piège tout comme lui-même est piégé par le système louche de la fausse Résistance. Convaincu de bien faire en s’engageant comme résistant afin de se débarrasser de son « moi » collaborateur il se laisse berner par des personnages extravagants et malins, notamment par l’amour de sa vie, qui l’entraînent malgré lui dans sa chute. Issu de l’île Anglo-Normande de Malderney (clin d’œil de l’auteur à Hitchcock ? pensons aux paysages et au manoir maldernais de Rebecca...), île où le protagoniste est resté cloîtré jusqu'à ses 18 ans, Guillaume se retrouve perdu dans un Paris de la Seconde Guerre Mondiale où son innocence est définitivement terminée. Nous assistons alors, sans pouvoir laisser de côté le roman une seule seconde, à la descente aux enfers de ce jeune qui voulait connaître le monde et qui rêvait d’être un artiste aux côtés de Cocteau, Aragon et Picasso. Nous souffrirons avec lui la déchirure qui le séparera à jamais de Pauline, la femme qu’il aime le plus au monde, menteuse éhontée ; nous vivrons avec rage la rupture totale avec son frère aîné, Victor, personnage double et mesquin qui le détruira.
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Il y a tellement de choses à dire sur cet étonnant carnet de voyage en Corée du Nord ! On y découvre tout un monde sans bouger de chez soi, un monde "extraterrestre" et étouffant, où le culte de la personnalité commande tout, où le contrôle de la pensée du citoyen est totale, où les nouilles froides sont ce qu'il y a de mieux à manger. On a du mal à croire que puisse exister ce pays de boues curatives, d'hôtels et de magasins vides, du "Président Eternel", bref, un pays où les autorités gardent les papiers d'identité des touristes pendant tout le séjour. On hallucine de savoir (on le savait peut-être déjà, mais racontée ainsi l'histoire devient vraiment réelle) que les Kim on inventé des fleurs qu'ils ont appelé comme eux, qu'il n'y a pas de vrais médicaments et que les gens ont faim. On reste perplexe lorsque Jean-Luc Coatalem explique son périple contrôlé à la minute près par des pantins de la dynastie au pouvoir qui néanmoins ne savent pas comment réagir face à certains de ses commentaires ou de ses réactions. C'est qu'avec son langage et ses manières l'écrivain est capable de désarçonner le plus féroce des gardiens. Il nous fait rire (même si certaines informations qu'il donne feraient plutôt pleurer). Drôle de guide touristique, sérieux et détaché ainsi que comique et plein de cynisme.

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