COMPTE | cuscus

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À propos de : La route du Cap
Fin XIXe, la recherche de diamants au Cap fait fureur. Frances quitte Londres pour l'Afrique du Sud après la mort de son père, un bourgeois ruiné. La seule issue pour elle est de se marier à un parent éloigné, un médecin parti dans les colonies qui a une forte conscience sociale et qui vit presque dans l'indigence (ses idées humanistes et son honnêteté en tant que médecin étaient dangereuses pour les puissants entrepreneurs esclavagistes de la ville qui l'ont écarté de force au fin fond du veld, à côté d'une ferme de rustres hollandais). Quel horrible destin pour une jeune citadine qui avait été riche ! Elle essaye d'y échapper en s'enfuyant avec un séduisant homme d'affaires, elle rêve de retrouver avec lui le confort de vie et un amour romantique, mais ses rêves seront très brutalement brisés lorsqu'elle découvrira la réalité du trafic de la capitale minière de Kimberley et les vraies conditions de vie des noirs qui y travaillent. Elle entamera alors le chemin à rebours vers l'humilité et sa repentance envers son mari sera exemplaire grâce à quoi elle sera sauvé. Quelle belle leçon d'humanité écrite avec une grande maîtrise du langage et au moyen de descriptions qui nous font imaginer des cartes postales. Quelle belle fresque d'une époque lointaine mais qui nous fait réfléchir sur la réalité d'aujourd'hui car le commerce illicite de diamants africains continue...
Les protagonistes de ce roman deviennent petit à petit les amis intimes du lecteur. On s'y attache et avec eux on découvre la campagne anglaise et des tranches de vie qui nous font penser à la notre. Nous avons tous des secrets, des tracas, un passé qui nous rattrape, des frustrations et des décisions pas faciles à prendre. Exactement comme Laura, Henry, Alan, Elizabeth ou Nick. Et nous ressentons aussi comme eux l'amour, le désir, le besoin de reconnaissance, l'angoisse face à la mort, l'envie parfois d'échapper à la vie quotidienne. Tous ces sentiments qui chamboulent nos existences ordinaires sont décrits avec maîtrise par William Nicholson dans un livre qui nous rappelle l'excellent "Short cuts".
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À propos de : Le Joli mois de mai
Un roman court et saisissant à titre trompeur qu'il faut interpréter après coup avec l'extraordinaire cynisme de l'auteur. Un concentré de personnages singuliers les plus curieux (même glauques) les uns que les autres, présidés par Aimé, un soi-disant simple d'esprit, mais au fond pas si simple, à qui l'amour par sa mère donne une incroyable force de vivre. C'est lui qui raconte son histoire dont le dénouement est un tour inattendu digne des meilleurs récits policiers et qui laisse le lecteur bouche-bée. Une histoire qui nous touche racontée avec un langage "drôlissime" et brut de décoffrage et avec des images de la campagne la plus rustre qui soit. Quel énorme exercice linguistique pour Emilie de Turckheim que de transposer avec une telle "maestria" le langage et les pensées d'un simplet inculte et campagnard mais aussi malin et sensible. Bravo !
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À propos de : Swamplandia
Ce livre nous fait connaître d'une façon délirante mais très touchante et pleine de poésie le côté obscur d'une famille déjantée d'une île de Floride. A Swamplandia, la famille Bigtree se disloque après la mort de la mère. Leur parc d’attractions, où ils domptent des alligators, tombe en ruine. La folie s'empare d'une des filles qui se croit médium, le frère aîné entre travailler au parc concurrent, le Monde de l’Obscur, et la cadette, voulant sauver sa soeur, tombe dans un piège qui changera sa vie d'adolescente à jamais. Karen Russel nous offre un roman qui nous émeut depuis le début et qui nous donne envie de le lire jusqu'au bout. Une oeuvre fantaisiste grâce à laquelle nous découvrons un univers onirique et des personnages originaux, tout en pleurant avec eux et en riant à certains moments en raison du caractère surréaliste de leurs aventures.
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Cette autobiographie est une saisissante réconciliation de l'écrivaine, devenue une importante journaliste américaine, avec son passé de fillette et d'adolescente "congo" au Libéria et même une rencontre avec son pays d'origine tel qu'il est au moment où elle écrit. Des images intimes très touchantes se mêlent à des récits sur l'histoire et la politique libériennes. Cela a été très intéressant pour moi de découvrir comment des esclaves affranchis arrivés en Afrique des Etats-Unis (ensuite appelés "congos") ont fondé ce pays africain au nom si symbolique. Et lorsque la narratrice parle de guerres civiles au Libéria, leurs carnages et leurs conséquences sur l'enfance des petits libériens, je me suis rappelé d'un livre qui m'est très cher dont le narrateur est un enfant soldat, ALLAH N'EST PAS OBLIGÉ, d'A. Kourouma. Alors j'ai complètement adhéré au roman d'Helene Cooper. Sa capacité de dénonciation de la situation libérienne notamment pendant les années '90 mélangée à sa capacité pour nous raconter sa vie de famille avec plein de détails même linguistiques et sa volonté de réussir après avoir fui le Libéria, donnent de la force à cette auteure.
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Ce livre prend aux tripes. Des personnages bouleversants, des histoires qui ne laissent pas indifférent et qui font réfléchir sur la conscience humaine. Des pathétiques Carl et Sandy déjà vus dans la littérature et le cinéma américains mais qui ne cessent pas de surprendre, le frère Roy qui rappelle Eli, le prêcheur illuminé de "Pétrole", et dont le comportement épouvante et émeut en même temps. Ce livre est comme le film "Délivrance", un tableau de l'Amérique profonde qui n'arrête pas de mettre l'homme face à ses faiblesses, son horrible nature, son désespoir, comme dans le cas de Willard, qui devient un fanatique de sa propre religion. Malgré les images tordues qui se dessinent tout au long des pages et en dépit de la vision de la vie déplaisante que l'auteur nous montre, cet ouvrage très bien construit d'un point de vue littéraire nous saisit jusqu'à la dernière page. Et même, si on veut, on peut se laisser penser qu'une petite lueur d'espoir apparaît à la fin pour le fils de Willard. Après tout, peut-être que l'être humain qui a enduré ce que ce personnage a enduré mérite une deuxième chance, échapper au diable.

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