COMPTE | Evelyne Petit

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Parmi la sélection finale, ce roman est celui que je n'ai véritablement pas pu lâcher avant de l'avoir terminé. Une lecture addictive, pour un roman étonnant et très réussi, bravo !
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Il faut entrer doucement dans ce roman, sur la pointe des pieds. Comme le ferait un Wolfgang facétieux, dans le salon de votre habitation, ou mieux, dans votre chambre, alors que vous rêvez encore des lignes lues... Dans la sélection 2016 du Prix des Lecteurs du Livre de Poche, que voilà une étrange histoire nourrie de musique et d'anecdotes tristes ou rigolotes ! Voici une histoire dans la Vienne d'aujourd'hui joliment écrite avec différentes langues. Le chapitre qui met en tête à tête Wolfgang et le policier autrichien est simplement à mourir de rire... mourir de jouer, mourir de composer. Généreux, ce roman est un beau cadeau à partager.
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À propos de : Tram 83
Fiston Mwanza Mujila et son Tram 83 guide les lecteurs vers une Afrique noire et impertinente. Noire, parce que dans ce roman vif, l’oppression portée par le Général dissident dictateur, la quête frénétique de revenus, la division de la ville pays en castes joliment nommées : les touristes à but lucratif, les demoiselles d’Avignon, les biscottes, les creuseurs, les canetons… tout concourt au drame en suspension. Et impertinente, cependant, parce qu’avec l’humour, tous ces gens qui fréquentent le bar boîte de nuit, Tram 83 met à distance toutes les difficultés qui se superposent. Sur le mode d’un conte, la carte sociale d’une capitale, d’un pays d’Afrique centrale est dessinée, son régime politique abordé incidemment, la vie racontée. Requiem et Lucien sont les héros qui portent (ou se laissent porter par) cette fiction qui semble frôler sans cesse la réalité ; le premier est adapté à cette vie, le second, l’écrivain, ne cesse de prendre en note cette réalité sur son petit calepin. Il écrit : « Il est des villes qui n’ont pas besoin de littérature : elles sont littératures. Elles sont fières et s’assument en dépit des sacs poubelles qu’elles promènent. » Et le narrateur ajoute : « Lucien se rua dans la nuit, son sac simili-cuir en bandoulière. Rue des Touristes, rue de l’Indépendance, rue de l’Armistice Internationale, rue des Fossoyeurs, rue des Minerais, rue du Cuivre, rue de la Révolution 1, rue de la Révolution 3, rue de la Révolution vraie et sincère… » Tout un programme dans ce dédale, pour soixante ans d’histoire. C’est donc une nécessité absolue que de suivre l’auteur au Tram 83, que de goûter à son écriture inventive et magnifique. Ce roman magique ouvre la clé de l’Afrique actuelle.
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À propos de : Soleil brisé
Un titre surprenant en forme d'oxymore pour un roman qui lie la psychologie adolescente à la quête d'un coupable. Mais qui est coupable, dans cette histoire ? Le violeur, l'adolescente, les parents, le climat, les voisins, tout le quartier, le narrateur ? L'auteur, de main de maître, nous convie à sa suite et avec la Louisiane humide et mystérieuse pour décor dans une histoire passionnante où le coupable justement n'est jamais celui qu'on devine. Ce avec force interrogations et réflexion : dans les échos du passé comme dans sa méditation fine sur les comportements. Avec une écriture qui maîtrise les caractères, les temps et l'intrigue. A découvrir, forcément avec curiosité puis attachement durable.
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À propos de : La Part des flammes
Beau roman de facture presque classique, qui est une page d'histoire de la France qui change. L'incendie qui porte ce récit redistribue les cartes sociales ; il est le phénix qui autorise la libération de trois femmes. C'est un roman qu'il faut mettre entre les mains des adolescents, pour qu'ils découvrent ou qu'ils apprennent la fin du 19e siècle, d'autant que l'écriture en est superbe.
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Il y a du Boris Vian dans ce roman-là ; par le prénom du héros, par le côté provocateur, par sa modernité. Il y aussi, mais oui, du Montesquieu : c'est un conte contemporain avec les personnages qui sont des types - simplement sur le trottoir, les disquaires et les cadres remplacent les poètes -, avec de la noirceur, avec de l'humanité, avec la volonté d'éveiller et de réveiller. Il y a surtout Paris. Il y a un style qui bouscule les mots, les pronoms, les registres. Il y a un passage à relire : celui de la rencontre improbable entre la Hyène et la petite Aïcha, dans le train puis à Barcelone. " Aïcha est une chambre dans laquelle on aurait vidé tout le contenu des placards sur le sol - saccagée. Rien n'arrête le passé. Il est têtu." Il est un roman décapant qu'il faut avoir lu.
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Une Constellation de phénomènes vitaux : un titre énigmatique qui ne se dévoile que peu à peu. Une histoire en Tchétchénie: un nom de pays étrange lui aussi ; pays proche et tellement lointain. La Tchétchénie moderne où dans un manège sans répit se rencontrent les personnes, les êtres qui hantent ce lieu : Akhmed, les deux soeurs Sonja et Natasha, Alu l'épouvantail bienveillant, Khassan et Havaa. Une fresque de dix années durant laquelle vivre et survivre est une prouesse. Des pages à lire et à découvrir à petites doses ; dans tous les temps, présent, passé, futur et en toutes saisons. Un roman nourri de douceurs et de noirceurs dans lequel l'auteur partage avec ses lecteurs une omniscience dramatique. Un livre pour s'interroger longtemps.
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Voici un roman qui magnifie l'errance d'un homme qui a beaucoup pour déplaire : couturé de cicatrices, il a deux doigts en moins, est épileptique, alcoolique, taciturne... Et, cependant, de larges épaules sur un grand corps, deux yeux bleus et le courage en bandoulière. Est-ce un roman policier ? D'aventures ? Psychologique ? D'initiation ? Tout cela mon sergent et plus encore. Des rives de l'Irrawady du vieil Est à l'Ouest nouveau, au lac apaisé Tahoe dans l'Utah, le lecteur chevauche cette quête avec l'eau pour fil conducteur. Et donc ce roman n'est pas une pépite : c'est un lingot qui vaut son pesant d'or. Seule réserve : à l'image d'Arthur, l'homme arqué, la lectrice devient insomniaque pour goûter en continu son histoire.
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À propos de : Traîne-Savane
Mon préféré de la dernière sélection, celui qui porte la meilleure promesse d'évasion, avec audace et érudition. Bravo !
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Partons dans l’enfance avec Les Enfants du Jacaranda, et découvrons l’histoire récente de l’Iran : celle de l’après-shah qui a vu triompher la révolution et les Iraniens vite déchanter, leurs idéaux, leur engagement rapidement trahis, confisqués par la dictature religieuse. L’auteur, marqué par ces décennies, livre ici un roman âpre, prenant, sans fioritures. Les personnages qui l’animent appartiennent à plusieurs générations, mais tous, malgré des choix de vie différents, portent cette empreinte rouge de violence. Leur quête de dignité, de liberté, de poésie suit des sentiers difficiles, parfois dramatiques, que ce soit à Evin, dans la sinistre prison, dans le jardin de Maman Zinat, ou en exil… Assise entre les deux enfants de ses sœurs emprisonnées qu’elle a élevées, tante Leïla « se sent prise par le parfum de ces mystérieuses ondes d’amour et de souffrance, de ce qui se brise et fleurit, de ce qui est passé et de ce qui est à venir. » Et, pour résumer : « l’enfance s’échappe en douce lorsque la mort s’installe ». A trente ans, Sahar Delijani écrit déjà avec le talent, le recul et des choix narratifs d’un écrivain reconnu.

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Portrait de Evelyne Petit