COMPTE | Evelyne Petit

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À propos de : Traîne-Savane
Une maille à l'endroit dans le présent de sa vie, et nous voici à marcher avec Guillaume, l'auteur, et Belange dans la forêt Evergreen, dans l'ouest africain. Une maille à l'envers dans le passé, au milieu du 19e siècle, et nous voici à supporter, aux deux sens du verbe, le courageux Livingstone dans ses quêtes, dans l'Afrique des grands lacs. Les deux récits ainsi tricotés à une même latitude dévoilent une Afrique sensuelle et tragique, une Afrique de douleurs, de rires et d'accommodements. Le tout écrit dans une langue qui décrit, qui interroge, qui captive : "je songe aussi que c'est grand chose pour un garçon qui se prenait pour un cheval sauvage, pour un partisan des embardées solitaires, de demander une femme en mariage. David Livingstone voulait offrir son coeur au continent noir : moi aussi, j'ai envie de donner mon coeur à l'Afrique et je ne sais même pas dire pourquoi." Voilà, il faut lire ce livre pour avoir davantage conscience de ce que sont la liberté et l'honneur.
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Jan-Philipp Sendker, ou l’art d’écouter les battements de cœur… C’est un livre d’initiation : un vieux monsieur, un grand frère nourri de la sagesse orientale conduit une jeune fille new-yorkaise à la découverte du passé de son père. Quête presque habituelle lorsqu’on devient adulte, sauf qu’ici l’aventure vécue par le père enfant puis adolescent dans les méandres de la société birmane donne à pleurer, à rire et à rêver sur les possibles. Au-delà des circonstances et des contraintes, les notions de courage, d’acception du temps et de fidélité sont affirmées avec une écriture limpide. Voici encore un roman à apprécier de chapitre en chapitre, sans pause, sauf celles imposées par le vieux sage dans son récit, afin que les éléments de la quête ouvrent sans cesse de nouveaux horizons, et pour que le silence apporte la conscience.
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À propos de : Le Sourire des femmes
Le sourire des femmes, où comment retrouver un Harlequin des années 1970, de très bonne facture. Prenez des personnages attachants et bien campés auxquels on aimerait ressembler ; le Paris contemporain des mondes de l’édition et de la restauration, mondes complices et gourmands. Ajoutez un gros quiproquo "à la Romain Gary", de nombreux rebondissements et de l’humour à bonnes doses… et vous sortirez plus alerte et enjouée après la lecture de ce roman. Quant au dénouement, nous le tairons...
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Voici le plus beau roman que j’ai lu depuis longtemps... Alan Hollinghurst invente une histoire qui se lit sur plusieurs générations avec un poète, Cecil Valence, pour fil conducteur et, cependant, le lecteur adhère rapidement à cette fiction tant les personnages sont vrais. De très près ou à plus de distance, chacun d’eux se rattache à Cecil. Le roman se déroule de 1913 à aujourd’hui, dans la campagne anglaise puis à Londres et dans ses environs. Les thèmes : l’homosexualité masculine, la mémoire et ses fantaisies… C’est ainsi que de chapitre en chapitre, l’auteur nous surprend et peint avec jouissance les travers humains. Et chaque soir le plaisir de retrouver les personnages s’affirme de manière addictive. Alan Hollinghurst connaît sur le bout de sa plume la société anglaise, et son écriture pour la dessiner est magique. Il faut lire et relire par exemple le passage où Georges est en tête à tête avec le gisant de Cecil (dont les mains sculptées sont trop petites) dans la chapelle de Corley Court : six pages à savourer en solitaire. La littérature anglaise, les amateurs de vrais romans, ont bien de la chance d’avoir un "Marcel Proust contemporain anglais". Et tous ceux qui n'ont pas encore lu ce roman, d’avoir un auteur de cette trempe à découvrir.
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À propos de : Bérénice 34-44
Bérénice : princesse juive presque romaine ; héroïne de Racine comme de Corneille ; orientale, occidentale ? Il me semble que dans le roman d’Isabelle Stibbe, on effleure en permanence la notion de dualité. Et c’est ce qui, peu à peu, retient le lecteur. Nous sommes dans le vécu des événements très connotés des années 34-44, plus particulièrement de ceux liés au monde du théâtre, et Bérénice se glisse dans cette période comme si elle avait vraiment existé. Jeu du réel, jeu du théâtre, Jeu du vrai, jeu du vraisemblable, Bérénice encore, dans son adolescence tiraillée entre le raisonnable porté par les parents et sa passion exigeante. Bérénice qui choisit d’entrer dans la Maison de Molière mais se place sous l’autorité de Louis Jouvet, directeur du théâtre de l’Athénée. Bérénice qui épouse Nathan Adelman, le musicien allemand mais se met en scène et vit avec Alain Béron, le poète-avocat. Bérénice, au théâtre, qui joue dans les Corbeaux, son premier rôle, puis se confronte au concret de la résistance : elle passe de l’oral à l’écrit des tracts clandestins. Bérénice enfin dont on suit le parcours engagé et moderne, pour laquelle on espère une fin heureuse même si l’auteur lance quelques rappels discrets au long de l’histoire : « qu’elle ne racontera pas à ses petits-enfants ni même à ses enfants que… » Bérénice 34-44, heureux titre pour un livre prenant, nourri de références que l’on « écoute » jusqu’à son épilogue.
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Voici une tragédie à la fois moderne et intemporelle. La mise en scène est au cordeau dans le décor majestueux et ravagé de Beyrouth. Les héros se répondent, se déplacent, se ressemblent. Le tout écrit avec le débit en rafales des armes...

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