COMPTE | granite22

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À propos de : La Neige noire
L’étable de la ferme de Barnabas, dans le Donegal, s’embrase. En février, le bétail est à l’intérieur. Avec son employé Matthew Peoples, Barnabas tente de sauver ses vaches mais piégé par les fumées noires, son employé périt dans le brasier. Le vocabulaire est très riche, au service de phrases sophistiquées, imagées et puissantes. Cette écriture accentue le côté sombre de ce roman. Paul Lynch nous livre l’immense désarroi qui saisit Barnabas. Un abattement abyssal s’abat sur lui. L’obsession de la mort de Matthew l’écrase. Barnabas avait décidé, après avoir émigré quelques années en Amérique, de revenir au pays. Mais les habitants lui font bien comprendre qu’il n’est plus vraiment d’ici. Au lieu de se réjouir que de rares émigrés reviennent dans leur région natale, ces êtres du terroir irlandais restent fermés, suspicieux et peu enclin à les accueillir. Cette lecture est dure et cruelle. La misère, la pauvreté attachée à cette terre du Donegal, l’esprit fermé de ses habitants, nous emmènent vers une tragédie familiale inéluctable. Sous le soleil changeant d’Irlande, que l’auteur sait parfaitement retranscrire tout au long de ce récit, la famille de Barnabas ploie sous la tristesse de ce mauvais sort qui les touche de plein fouet. Un roman aux accents poignants qu’il vaut mieux éviter de lire un soir de déprime mais qui mérite d’être reconnu pour son écriture travaillée et sa précision quasi chirurgicale du devenir de cette famille irlandaise.
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À propos de : La Ballade d'Iza
Mme Szöcs attend que son mari rende son dernier souffle. Que va-t-elle devenir, seule, dans cette grande maison de la campagne hongroise, alors que sa fille, médecin, vit désormais à Budapest ? Iza, la fille brillante, intelligente et directive s'occupe de tout, absolument de tout dans le moindre détail. Sa mère viendra habiter dans son appartement et la maison sera vendue. Pour couper court au chagrin, Iza décide, dès la fin de l'enterrement, d'envoyer sa mère dans un établissement de thermes afin de s'occuper, seule et sans la consulter, du déménagement de ses affaires. Nous plongeons au cœur de cette petite famille, y compris l'ex-mari d'Iza, et Magda Szabo décrit admirablement et en profondeur cette totale absence d'empathie qui ressort de la rigidité de cette fille unique tant aimée et admirée. J'ai beaucoup aimé cette analyse intimiste de ces personnages. C'est également une très belle et très réaliste réflexion sur la douleur de la perte du conjoint, du déracinement, de l'attachement aux objets accumulés durant une vie et surtout de la tristesse de se découvrir désormais inutile. Un très beau livre sur les difficultés de l'amour maternel et de l'amour filial, qui n'est pas toujours perçu ni donné de la même manière.
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À propos de : Les Petites filles
Autour de l’histoire tragique de la condition des femmes chinoises et surtout des pauvres petites filles nées pendant la politique de l’enfant unique, c’est toute une série d’atmosphères qui émane de ce roman. Celle des rizières, de la chaleur moite et des moustiques. La pensée bouddhiste à travers Maître Yao-Shi. Les ravages de l’alcool de riz dans ces contrées reculées. La misère des villages dans cette campagne chinoise. La mainmise de la mafia chinoise qui profite des faiblesses des villageois. La honte pour une femme de mettre au monde une fille… Julie Ewa débute son livre avec l’accouchement d’une villageoise en 1991, année de sa propre naissance en France et l’on ne peut s’empêcher de constater, douloureusement, comme ces deux naissances sont aux antipodes. Lina, jeune étudiante française, arrive en Chine en cet été 2013. Elle va nous emmener, une vingtaine d’années plus tôt, dans les pas de Sun, jeune mère d’une fillette de 6 ans. Au fur et à mesure de chapitres courts au rythme haletant, nous naviguons entre ces deux époques pour découvrir le destin tragique de cette jeune femme. L’écriture est jeune, simple et dynamique. L’intrigue est parfaitement maîtrisée même si, à mes yeux, ce n’est pas le suspense que je retiendrai de cette lecture mais plutôt cette intrusion profonde et explicite dans ce milieu campagnard chinois. C’est un roman riche, profond et bouleversant sur les atrocités perpétrées par l’homme. Je terminerai juste avec cette petite phrase cinglante, chargée de douleur, de la belle-mère de Li-Li qui vient d’accoucher : « Ce n’est pas un bébé, juste une fille. »
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Amoureuse inconditionnelle des romans policiers d'Agatha Christie, avec une admiration sans borne envers son petit détective belge Hercule Poirot, c'est avec plaisir que j'ai reçu en cadeau ce recueil des meilleures réflexions de ce fascinant personnage. Ce petit livre a désormais sa place sur ma table de chevet et régulièrement, je pioche au hasard et me régale d'une petite citation après avoir posé mon livre en cours. Une petite préface de l'auteure nous fait part de la naissance de ce curieux personnage et des relations que la Reine du crime a entretenues avec lui. Les nombreuses déclarations du détective, extraites des différents ouvrages où il fait son apparition, sont classées par thème. Si vous aussi, vous aimez les petites cellules grises de Papa Poirot, gardez à portée de main ce petit livret pour sourire quotidiennement de ses bons mots !
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À propos de : La Petite Fadette
J'avais lu La petite Fadette, en version pour la jeunesse, lorsque j'avais dix ans et j'avais adoré cette belle histoire. Mais bizarrement, je n'ai jamais lu la version intégrale. Alors lorsque je suis tombée sur le petit poche en furetant chez ma libraire, je n'ai pas hésité, il était grand temps que je le glisse dans ma bibliothèque, surtout à un si petit prix ! Et c'est avec un contentement continu que trente-six ans après, je me suis replongée dans ce roman champêtre et moralisateur du terroir berrichon. Du vieux français, des expressions paysannes du Berry, cette lecture nous plonge dans le XIXe siècle et dans le milieu campagnard cher à George Sand. Avec beaucoup de coeur et de foi, l'auteur fait évoluer ses personnages et nous fait vivre leurs changements de sentiments. C'est une belle histoire d'amour, pure et qui fait fi des différences sociales extrêmement marquées de cette époque. Les apparences sont souvent trompeuses et c'est dans la profondeur des êtres qu'il faut y chercher leur richesse. Une belle morale qui paraît bien vieillotte pour beaucoup aujourd'hui mais j'ai trouvé cette lecture très rafraîchissante. Je pense qu'un petit classique de temps en temps fait beaucoup de bien à côté des romans contemporains.
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Le cerisier fleurit majestueusement, puis il verdit sous ses feuilles foisonnantes. Celles-ci tombent, balayées par les vents et les branches nues du cerisier tremblent sous les bourrasques hivernales. Avec cet arbre changeant au gré des saisons et qui nous est donné comme un fil conducteur, Sentarô confectionne des pâtisseries japonaises, les dorayaki. Non sans réticence, Sentarô embauche une vieille femme, Tokue, aux doigts difformes mais qui excellent dans la confection de la pâte de haricots nécessaire pour farcir les dorayaki. Tokue tente avec beaucoup de douceur de faire comprendre à Sentarô l'importance de mettre du coeur à l'ouvrage dans sa confection des pâtisseries. Les petits dialogues qui s'instaurent au début entre ces deux êtres sont très pauvres et débordent de silences, de crainte de trop en dire. Et puis, ils se dévoilent avec beaucoup d'émotions. L'exclusion, le regard des autres, le mal-être sont abordés avec beaucoup de retenu. C'est beau, tendre, plein de douceur et d'émotions.