COMPTE | Isabelle56

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À propos de : Les Braises
Il y a des auteurs dont on connaît le nom, dont on sait que leur oeuvre a conquis des millions de lecteurs et qui vous demeurent inconnus. C'était en ce qui me concerne le cas pour Sandor Marai, dont je n'avais jamais ouvert un livre. Je serais bien incapable d'en donner la raison. J'ai été, je dois le dire conquise dès les premières lignes de ce magnifique roman. Dans un château isolé, Henri, général à la retraite âgé de soixante-quinze ans dîne avec Conrad, un ami perdu de vue depuis quarante et un ans. De nombreuses questions se posent lors de ces retrouvailles et c'est à un quasi monologue que se livre Henri évoquant une série d'anecdotes, de souvenirs, de silences et de faux-fuyants. La tension est palpable et l'auteur réussit à doser savamment les révélations pour replonger ses personnages dans leurs ressentiments alors que l'on croyait qu'une réconciliation était possible. J'ai été happée par cette écriture d'une intensité remarquable retraçant l'atmosphère et les usages de l'Empire austro-hongrois. Sandor Maria m'est apparu comme un peintre de l'âme humaine pour démontrer les rouages psychologiques de drames intimes dans un huis-clos haletant et nous donne à lire une magnifique étude des rapports de classes, de l'amitié et de la trahison. J'ai bien l'intention de poursuivre très rapidement ma découverte de l'oeuvre de l'auteur.
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À propos de : Petit Pays
Un père expatrié français en quête de réussite, une mère réfugiée rwandaise en quête de sécurité, une petite soeur sans problèmes et des amis avec lesquels faire les 400 coups dans le quartier de Bujumbura où il grandit, une vie heureuse en somme pour Gaby. Mais les jours heureux se fissurent avec l'arrivée du printemps, les premières élections libres et l'irruption de la peur, de la haine et de la violence. Gabriel voit alors son monde s'effondrer : « Je n'avais pas d'explications sur la mort des uns et la haine des autres. La guerre, c'est peut-être ça, ne rien comprendre » Dans l'ouragan de la folie des hommes, Gaby surnage, en apnée. Il continue à avancer jour après jour, malgré l'horreur de la folie de sa mère, malgré le sifflement des machettes, malgré les morts sur les routes. Même si ce roman traite d'un sujet terriblement douloureux, Gaël Faye a le talent de le faire avec une écriture éminemment poétique et musicale et réussi à nous faire partager le bonheur simple d'un enfant, comme les mangues savoureuses dégustées à même les arbres, les odeurs des bougainvilliers, les chaudes après-midi sans fin à errer avec une bande de copains, à rêver, élaborer des plans à l'intérieur d'un combi Volkswagen défoncé… Je joins ma voix au concert de louanges qui ont salué ce « Petit pays », un premier roman brillant, touchant, plein d'humour et d'une profonde humanité.
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« Ton corps prend les coups de poing réels, mais notre âme prend les coups de poing invisibles. » Palerme un endroit qui "a toujours été une poudrière, enculée de misère". C'est dans ce cadre que Davide Enia campe ses personnages hauts-en-couleur. Rosario, Umbertino, Davidù. Trois hommes, trois générations de boxeurs. Rosario a connu la guerre, Umbertino la débrouille, Davidù, lui, porte l'espoir d'amener enfin le titre de champion dans la famille. La découverte des coups, de l'amour, de l'amitié et de la persévérance le fera grandir dans le Palerme des années 90 rongé par la Mafia. Le roman est traversé par des figures magistrales telles que Providenza, la grand-mère, ancienne institutrice, qui enseignait à ses élèves, pour mieux les préparer à la vie, les verbes et le calcul, mais aussi les offenses et les injures. Rosario, le grand-père, ancien prisonnier de guerre en Afrique, parle peu, "soupèse chaque gramme de ses paroles et de ses actions ». Il fera de ses descendants des boxeurs, "La boxe, c'est pas juste donner des coups de poings et en recevoir, c'est une discipline qui apprend le respect et le sacrifice". Et puis, il y a l'inoubliable Nina, cheveux roux, yeux noirs, une odeur de citron et de sel... Trois vies, trois générations, trois histoires qui vont se chevaucher tout au long du livre. Bien que le sujet du livre soit la boxe, on y parle de bien d'autres choses, comme l'amitié, l'amour, la fraternité, le partage. Le choix de l'auteur de changer de personnage d'une phrase à l'autre, sans transition, m'a souvent dérangée au cours de cette lecture. C'est le seul bémol, j'aurais aimé plus de linéarité dans le récit. Il n'en reste pas moins que pour ce premier roman Davide Enia nous offre un texte plein de poésie, de force et de beauté. Un auteur à suivre.
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À propos de : Profession du père
isabelleisapure 17 janvier 2016 ★★★★★ ★★★★★ ★★★★★  « Profession du père » est un livre magistral ! Le jeune Emile a la chance ou plutôt le malheur d'avoir un père aux multiples destins. Aussi, chaque rentrée scolaire lui pose le même problème au moment de remplir le questionnaire d'identité : Que mettre dans la case profession du père ? Pasteur Pentecôtiste, Judoka ceinture noire, parachutiste, footballeur, chanteur… ou conseiller spécial du Général de Gaulle ? Si le jeune Emile Choulans n'a jamais su quel métier noter c'est qu'il croyait aveuglément ce que son père lui racontait, accessoires à l'appui : kimono, robe de pasteur ou béret de para en évidence sur la plage arrière de la Simca Vedette paternelle… Emile reçoit dès sa plus tendre enfance une formation de soldat : réveils nocturnes, entraînement dans le froid, privation de nourriture, coups, placard de correction. L'enfant grandit sous le joug d'un père violent et d'une mère fataliste jusqu'à l'indifférence. Entre rire et larmes ce dernier opus de Sorj Chalandon est bouleversant car on se prend forcément de pitié pour un enfant aveuglé par la confiance qu'il a en son père. Et si la seule véritable profession de ce père caméléon était tout simplement : père de l'un des plus grands écrivains français contemporains ?
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Je n'aurais certainement jamais ouvert ce livre si une de mes amies ne m'avait asséné cette phrase assassine : « Arrête de snober mes lectures et mes conseils ! » Alors, que vouliez- vous que je fasse ? J'ai ouvert ce roman avec une tonne d'a priori à deux balles du style : c'est sûrement un roman pour ado, une littérature sans recherche, et plus que tout il s'agit d'un « feel good book » et là, impossible, je ne supporte pas ! Un livre qui fait du bien, me donne envie de faire du mal ! Et surtout d'en dire du mal ! Je suis pleine d'idées toute faites parfois. Bref, je reviens à cette lecture quasi-imposée. Dès les premières lignes, surprise, j'ai trouvé la jeune héroïne attachante avec son chagrin, ses larmes à fleur de paupières et son immense besoin d'amour. En nous entraînant dans une maison de retraite, l'auteure dresse une galerie de portraits de séniors drôles, farceurs, ronchons et même amoureux pour les plus chanceux. La gaîté imprègne les lieux, bien plus que la mort, même si on la sent qui rode. En conclusion, j'ai passé un très bon moment avec un roman sans prétention, bien écrit qui peut séduire un lectorat de tout âge.

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