COMPTE | La maman de Léna

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À propos de : À moi pour toujours
De la série américaine "Desperate housewife" il y a : -Sherry la quadragénaire bien dans ses baskets en apparence à qui il arrive plein de péripéties -la famille modèle, vivant dans une banlieue chic genre "Wisteria Lane" -Jon et Sherry sont mariés depuis vingt-cinq ans mais elle prend un amant de quinze ans son cadet -l'amie de toujours qui partage tout -un grand fils qui part à l'université, un père qui est hospitalisé... Ce sont toujours des scénario possibles. Mais autant la série nous fait rire des travers grossis de ses quadra devenues légendaires, autant le premier tiers de ce roman est lent, l'intrigue est longue à se mettre en place et manque d'humour et de dérision sur "l'american way of life". La description de la vie de Sherry est longue et permet de bien se mettre dans la peau du personnage. Exemple : "Jon a presque fini de prendre sa douche. Je l'entends qui rince le savon sur son dos. C'est un bruit qu'on n'imaginerait pas être très différent de celui que fait un homme qui se lave les aisselles, mais après vingt-cinq ans d'attention, on perçoit bien la différence. J'entends aussi la pluie qui, dehors, se fait plus dure. L'infime différence dans le passage de l'eau à la glace sur les vitres change complètement la musique produite, si on écoute attentivement." Sherry qui est prof à l'université reçoit le jour de la Saint Valentin un billet doux anonyme qui la trouble. Elle en recevra d'autres, cherchera quel en est l'auteur, et lorsqu'elle en parlera à son mari, il changera du tout au tout vis à vis d'elle, mais pas dans le sens courant de la jalousie. S'en suit une description presque lassante car trop abondante à mon goût de la renaissance sexuelle de Sherry et de son couple et une intrigue alambiquée. Les pistes sont nombreuses, abandonnées au fur et à mesure, mais le dernier rebondissement est prévisible, j'ai donc été déçue. De plus, Laura Kasischke n'est pas connue pour faire dans la dentelle, mais l'intrigue n'est pas assez sanglante, ses pistes éventuelles sont plus alléchantes. Je conseille quand même de le lire, peut-être plus pour l'auteure que pour le livre. Et vais poursuivre ma découverte de ses autres livres très vite.
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Deux personnages se partagent la vedette dans ce dernier roman de Stephen Zweig, écrit pendant son exil au Mexique. Ce sont les deux hommes qui vont jouer ensemble aux échecs. Le narrateur raconte d'abord le parcours du grand champion mondial, Czentovic, comment cet idiot du village sachant à peine lire développa son talent. C'est lors d'une croisière en bateau qu'il le rencontre et il essaye de l'appâter en organisant une partie d'échecs. Mordant à l'hameçon, un défi entre les quelques spectateurs et le champion est lancé. Mais un mystérieux homme au teint blafard intervient et permet au collectif d'éviter la deuxième défaite de la journée. Même si le texte est court (Zweig disait lui même qu'il se situait entre la nouvelle et le roman, trop long pour l'un et trop court pour l'autre), on bascule dans un tout autre récit à ce moment de l'histoire. Le narrateur devient le confident de cet homme mystérieux qui explique que ça fait 25 ans qu'il n'a pas joué aux échecs, mais qu'il a eu en sa possession un manuel retraçant les plus grandes parties de championnats. Même si l'on n'y connait rien en jeu d'échecs, ce récit est passionnant. Car c'est en tant qu'échappatoire à l'horreur de la guerre, en thérapie que ce jeu est perçu et décrit. C'est la première fois que Zweig se réfère à son histoire contemporaine, au nazisme dans son œuvre. Ce qui la rend plus personnelle, surtout lorsque l'on sait que c'est le dernier écrit qu'il produira avant son suicide.
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C'est une histoire familiale qui touche par la simplicité avec laquelle Delphine de Vigan nous la restitue et nous la rend proche. C'est surtout l'histoire de sa mère, la femme de la photo de couverture, suicidaire et maniacodépressive. L'identification est assez immédiate, l'empathie aussi, mais cette histoire qui pourrait rester tragique réussi à donner une touche d'espoir et de vivacité. Un bonheur.
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Le café de l'Excelsior c'est d'abord une atmosphère, un café de quartier, le café tenu par le grand-père, où les habitués arrivaient à heures fixes et restaient souvent toute la journée accrochés au comptoir, avec des volutes de gauloises, une autre époque quoi... Mais ce récit est emprunt de nostalgie puisque le protagoniste a été arraché à ce "paradis" lorsqu'on l'emmena dans diverses familles d'accueil. On ne connaît pas le prénom de cet enfant de 8 ans, mais c'est en adulte qu'il revient sur sa malheureuse histoire. La perte de ses parents est à peine évoquée car elle est antérieure à ce temps bénit de la chaleur d'un foyer. L'amour qui lie le grand-père à son petit fils est lisible dans chaque description, ça suinte de partout, sans écœurement aucun, car tout est simple, de la limpidité de l'innocence de l'enfance. Ça fait du bien un peu de candeur et de fraicheur, ça se lit d'une traite, facilement mais laisse une empreinte durable, j'en suis sûre.
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À propos de : Six mois, six jours
J'avais laissé ce petit roman prendre la poussière sur ma table de nuit. Et pourtant quel plaisir de se plonger dans un roman dont je n'avais jamais lu l'auteure et pour lequel je n'avais aucune idée de ce que j'allais y trouver ( pas de critiques fraiches radio/télé ). Une vraie plongée dans l'inconnu ! Lorsque le narrateur prend la parole pour une interview enregistrée par une journaliste, on est immédiatement plongé dans l'univers de la famille Kant. Même si le récit est d'un style assez simpliste, (inhérente à l'utilisation du système narratif du dialogue), l'histoire familiale est assez complexe. Ce narrateur est donc l'homme de confiance des Kant qui doit s'occuper de Juliana, une des femmes les plus riches de l'Allemagne d'aujourd'hui, et petite fille d'un homme au passé trouble lors de la seconde guerre mondiale. Mais le scandale qui éclabousse les Kant, ne provient apparemment pas de cet indicible passé, mais de Juliana qui se trouve confrontée à un gigolo maître chanteur ! Et le serviteur qui nous expose les faits, a été viré pour son incompétence à mettre Juliana à l'abri de ce genre de prédateur. Ce dernier a en effet en "six mois, six jours" anéanti la réputation de la femme la plus en vue de la famille Kant. La force de Karine Tuil est de promener le lecteur dans un imbroglio narratif digne d'un bon roman policier. D'une petite "histoire de fesses" découle une vraie intrigue historique, prenante. Un régal que je conseille et qui me donne encore plus envie de plonger prochainement dans "L'invention de nos vies", roman phare de la rentrée littéraire 2013.
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Ah Stephan Zweig ! Quel romantique.... Ce roman très court est resté inédit jusqu'en 2008 pour les français, et cela lui donne un parfum d'interdit, même si son thème ne l'est pas lui (inédit et interdit !). En effet, on parle d'amour, comme souvent chez Zweig, mais de façon la plus sensuelle qui soit. Car le désir de Louis pour la femme de son patron est resté inassouvi pendant 9 ans, à cause de la guerre et des vicissitudes de la vie ! Le narrateur a donc le temps de nous expliquer le moindre changement d'humeur et tous les frémissements de ce couple illégitime par excellence. Le récit est construit de telle sorte que l'on sent petit à petit, au fil de la lecture, que les folles espérances ne seront pas au rendez-vous. Et si je compare Louis avec une Mme Bovary au masculin, ce n'est que dans les transports fictifs qui sont décrits magnifiquement par l'auteur, comme l'avait fait à son époque ce cher Gustave ! Car l'issue n'est pas aussi fatale pour ses personnages. Bref, à lire et à relire, en alternance avec "Lettre d'une inconnue"pour connaître la définition exacte du romantisme allemand !

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Portrait de La maman de Léna