COMPTE | Lau Lo

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À propos de : Les Rues de Santiago

Souvent on peut lire des romans qui sont des fresques de plusieurs centaines de pages. Et, parfois, on tombe sur un « petit » roman qui arrive à condenser le meilleur en moins de 200 pages.
C’est le cas ici avec le premier volet de la série consacrée à Santiago Quinones.
Comme il le dit lui-même, c’est un flic, mais pas comme les autres. Et c’est vrai. Ici, pas de super flic menant une enquête complexe et trouvant la solution, parfois de manière assez tirée par les cheveux.
Non, ici nous faisons la connaissance d’un homme avec ses qualités et ses faiblesses, surtout ses faiblesses d’ailleurs.
Trainant une vieille casserole, le simple fait de suivre dans la rue une jupe un peu moulante va l’amener à affronter ce dont il n’arrive pas à se pardonner.
C’est un polar qui ne manque pas pour autant d’action, ni d’amour.
Santiago est à peu près aussi adroit en amour que dans son uniforme de flic. Et c’est bien ça qui fait tout son charme.
Ce premier volet sert à camper le personnage, ni bon ni méchant, maladroit mais qui ne voudrait de mal à personne, ni en amour, ni dans son métier.
Il fait froid, il est six heures vingt-trois du matin, on est tout juste mardi et je n’ai pas envie de tuer qui que ce soit. Quelle connerie. (Incipit)
Quant au style, Boris Quercia n’en fait pas des tonnes et c’est parfait. Il fait parler Santiago qui nous raconte ses regrets, ses angoisses, son boulot de flic, ses amours mais aussi sa ville Santiago, ses gangs, ses bars à putes, la drogue et toutes les magouilles et autres arnaques.
Un vrai petit trésor du noir qui vous donnera envie de lire les suivants.

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À propos de : Dans les angles morts

Il y a des thrillers policiers, ésotériques, psychologiques, maintenant même des thrillers domestiques (comprenez thriller dans un cadre familial), bref du roman usé et élimé qui sent le réchauffé à chaque nouveauté en librairie.

Et puis il y a ce que j’appellerai le thriller littéraire. Dans les Angles Morts en est un.

Vous vous demandez ce que c’est ? C’est simple, c’est un « beau » thriller en plus d’être « bon ». L’écriture est superbe de réalisme, de sensations, d’émotions aussi.

On zappe les scènes violentes inutiles et on mise sur le décor, les personnages.

L’histoire commence par la découverte du corps sans vie de Catherine, une jeune maman, par son mari. Si le mari semble désemparé, le voisinage semble tout sauf surpris. Et on rembobine un an en arrière, avant que Catherine et George emménage dans la ferme des Hale. Ici commence le récit d’un drame annoncé, d’un homme violent et désaxé, d’une famille détruite et d’une maison où drames familiaux flirtent avec le paranormal.

Le décor est rural, une petite ville avec une ferme perdue au milieu des champs. Des gens simples s’y côtoient, la plupart se connaissant depuis des générations. Et puis ces citadins qui arrivent et rachètent pour trois fois rien des maisons qui ont été saisies aux fermiers n’arrivant plus à vivre de leurs exploitations.

Ce n’est pas la forme de la pièce qui compte, lui dit-il, en en tenant une autre en l’air. Ce sont les espaces vides. Ceux qu’il faut remplir. Comme là, vous voyez ?

Ils s’y attelèrent ensemble, et quand ils eurent fini, il remarqua, C’est pas mal, non ? En bas, le puzzle disait, Le calme et le silence. Il faillit en rire, parce qu’une ferme, c’était tout sauf ça. Il n’y avait aucune vérité dans cette scène pittoresque. Ce n’était qu’un chapitre parmi d’autres du grand conte de fées qu’était l’Amérique. Si on voulait voir une vraie ferme, il faudrait des fermiers ruinés et alcooliques, des animaux affamés craignant pour leur vie. Il faudrait des épouses amènes, des enfants au nez morveux et des vieux brisés après avoir donné leur cœur et leur âme à la terre.

Les croyances et superstitions sont encore très présentes et quand plusieurs drames surviennent dans un même lieu on parle vite de lieu maudit.

Le roman nous présente tout d’abord la famille Hale, premiers propriétaires de la ferme. Les parents et les trois frères, encore adolescents, doivent abandonner bétail et maison, ne pouvant plus survenir à leurs propre besoins.

C’était des garçons peu communs, songeait Catherine. Polis, sincères – brisés. Il y avait des choses qu’elle remarquait : le demi-sourire de Cole, comme s’il était désolé d’apprécier ce travail. Son frère Wade, aussi placide que du lait, réfléchi, courtois, un peu gauche. Et Eddy, un poète inconstant, un magouilleur, qui croisait rarement son regard. Quand il le faisait, on ne pouvait pas détourner les yeux.

Tout comme dans la seconde partie où on fera la connaissance de Catherine, tout tourne autour de la mère de famille et de la relation qu’elle a avec son mari.

Elizabeth Brundage nous dresse deux tableaux de femmes aimantes mais mal aimées. Leurs histoires sont différentes tout en restant aussi tragique l’une que l’autre. Et au milieu, gravitent des enfants, des amis, des voisins, des époux parfois coupables, parfois victimes.

Il en ressort un magnifique thriller, remarquablement écrit. On espère que ses trois premiers romans seront très vite traduits en français, et d’une manière aussi parfaite que l’a fait ici Cécile Arnaud.

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À propos de : Hex

Stephen King aurait donc dit de ce roman « brillant et totalement original ».

Force est de constater que ce roman aurait pu être écrit par le Maître lui-même.

Ici, nous retrouvons tous les codes des romans fantastiques de Stephen King réunis en une histoire terriblement efficace et diablement flippante.

Un village quelque part dans les Etats-Unis (le centre, forcément) cache un secret vieux de plusieurs siècles. Une sorcière le hante, yeux et bouche cousus. Quiconque révèlerait ce secret serait promis à une mort affreuse. C’est sans compter sur un groupe d’ados, bien résolus à se jouer de la sorcière et des habitants de ce village.

Nous retrouvons donc une sorcière avec une allusion plus que forte aux sorcières de Salem.

Les personnages principaux, des ados et jeunes ados en mal de bêtises et de liberté qui vont provoquer une catastrophe aussi mystique que réelle.

Vous trouverez aussi un chien qui devient fou lorsque la sorcière traine dans le coin.

Alors oui, nous avons un condensé de ce qu’on peut trouver de meilleurs dans les romans fantastiques. Et, encore une fois, cela fonctionne parfaitement.

Et même si vous êtes rompu(e) au genre, ce roman saura vous appâter et vous combler.

L’histoire est passionnante et j’ai retrouvé ce que j’avais perdu depuis longtemps : des frissons en lisant.

Le style est clairement maîtrisé, l’écriture aussi. C’est rythmé, sans descriptions longues et inutiles.

Les personnages, autant adultes qu’ados sont parfaitement amenés et crédibles.

Les puritains et autres intégristes catholiques en prennent pour leur grade, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Le musèlement par la restriction à l’accès à Internet des habitants de ce village est un aspect intéressant, tout comme la manipulation par les médias contrôlés, la surveillance de la population par des centaines de caméras, l’intimidation par l’instauration de la peur orchestrée par les membres du Conseil de la commune. Sans compter la traque par le biais d’une application Iphone, tout est matière à réfléchir aussi sur notre réelle liberté.

Pour résumer, je ne dirais pas « totalement original » mais brillant clairement. Un roman comme cela faisait longtemps que je n’en avais pas lu, le dernier étant Dôme de Stephen King justement.

A découvrir absolument pour tous les adeptes du fantastique.

5
À propos de : Equateur

Le nouveau roman d’Antonin Varenne, La Toile du Monde, est paru récemment aux éditions Albin Michel.
J’avais rencontré Antonin lors d’un salon l’an dernier et sous la menace de tortures infinies d’une amie auteur je lui avais acheté son roman Trois Mille Chevaux-Vapeur.
Puisque l’auteur sera présent cette année au festival Toulouse Polars du Sud (du 12 au 14 Octobre), j’ai donc tout naturellement décidé de découvrir l’auteur avec Equateur…
Paru en grand format aux éditions du Seuil en Mars 2017, il vient de sortir en poche au Livre de Poche.
Ces trois romans, bien que racontant les histoires de personnages qui se croisent dans les trois, peuvent très bien se lire indépendamment, la preuve, je commence par celui du milieu et je n’aurais pas su qu’il s’agissait d’un second volet, je n’aurais pu le deviner.
Nous sommes en 1871. Pete Fergusson est accusé d’un meurtre alors qu’il vit dans un ranch aux Etats-Unis. Il prend la fuite vers le sud avec un rêve, atteindre l’équateur, cette limite magique qui vous fait basculer dans un monde à l’envers. Il pense que là est son destin, réaliser une chose unique.
Durant son voyage, il va faire le chemin avec des chasseurs de bisons, il va traverser le Mexique, découvrir les tribus du Guatemala, rester un temps en Guyanne et enfin atteindre le Brésil.
Au-delà de ce roman d’aventure énergique, on découvre aussi des cultures, des coutumes et l’histoire de ces Amériques de la fin du 18ème, ces temps lointains qui ont forgé le monde d’aujourd’hui.
On en apprend sur la conquête de l’ouest, la guerre de sécession, la condition des indiens d’Amérique mais aussi les rivalités entre colons américains et les Mexicains. Mais aussi sur les indiens d’Amérique du Sud, les civilisations déjà éteintes sans oublier le but originel de Cayenne et de la Guyane.
Vous l’aurez compris, Equateur est un roman particulièrement riche en moins de 400 pages. Il foisonne d’enseignements historiques. Son héro qui n’a rien d’un héro évoluera au gré de ses voyages, des paysages et d’une superbe écriture qui nous emporte dans un autre temps et en d’autres lieux dès les premières pages. Roman d’aventure mais aussi roman noir, Equateur c’est la promesse d’un superbe voyage.
Chronique complète ici: http://www.evadez-moi.com/archives/2018/09/23/36727125.html

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À propos de : Glaise

Il y a tant à dire qu’il est difficile de trouver les mots pour une chronique à la hauteur de ce chef d’œuvre.
Dans ce roman, tout est vraiment du « grand art ».
Commençons par le style et l’écriture. C’est ce qui m’a le plus époustouflée. Franck Bouysse n’a rien à envier aux auteurs « classiques ». Le niveau littéraire est très haut et totalement maîtrisé. On croirait lire de l’Hugo ou du Zola tant la plume est belle, poétique, précise et riche. Le texte est incroyablement travaillé, tout comme les personnages.
L’histoire, bien que dramatique, est aussi une histoire d’amour magnifique. Roman initiatique d’une adolescence par temps de guerre, représentation minutieuse de vies brisées par la perte de pères, de maris, de frères ou d’enfants, ce roman est très fort, parfois violent.
Enfin, les personnages…
Joseph, personnage central du roman, est un adolescent. Trop jeune, il reste à la ferme avec sa mère, Mathilde et sa grand-mère. Son père, Victor, a été envoyé au front. Au décès de sa grand-mère, Joseph reste seul avec Mathilde qui s’étiole de jours en jours.
Léonard, son voisin, est un vieil homme. Il les aide comme il peut et joue un peu le rôle de père par substitution auprès de Joseph.
Valette, lui, n’a pas été mobilisé en même temps que son fils à cause d’un handicap. Amer, méchant, alcoolique, il vit reclus avec sa femme.
Hélène et Anna, sa belle-sœur et sa nièce, s’installent chez Valette en attendant que le mari d’Hélène revienne de la guerre. Très vite Valette va les considérer comme sa « propriété ».
Des personnages très forts, courageux ou méprisables ; des tranches de vies difficiles, dramatiques ou poétiques. L’auteur nous fait ressentir l’amour, la rage, la peur et la détresse. C’est un roman très dur mais magnifique.
En relisant mon avis, il est clair que je n’arrive pas à exprimer combien ce roman est magistral et je le regrette.
Une chose est sure, le talent de Franck Bouysse est énorme.

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Portrait de Lau Lo