COMPTE | librairieenfolie

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À propos de : Mémé dans les orties

Aurélie Valognes, comme vous tous, je la vois partout. À travers chaque représentation Vichy, sur le moindre set de table en terrasse, sur les affiches des autobus... Je l'entends dans toutes les bouches, que ce soit son nom à présent si connu ou ses expressions désuètes : les jolis titres de ses romans. J'ai offert son tout premier livre, Mémé dans les orties, à ma mère sous le sapin de Noël au moment de sa sortie en poche. C'est dire si ça date ! Elle l'a lu, l'a prêté à ma grand-mère, puis le voilà revenu dans notre bibliothèque. À mon tour, cette fois-ci !
Après tout l'engouement autour d'Aurélie Valognes - éloges sur instagram, queue interminable à Livre Paris, multiples émissions télé... - je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre. Comme toujours lorsque c'est très médiatisé. Le mieux : me faire mon propre avis, sourde à ce que j'avais ouï dire.
Si j'ai eu quelque peu de mal à rentrer dans la lecture à cause des nombreuses expressions idiomatiques, j'ai passé finalement assez vite le seuil de lecture. Que c'est drôle ! L'ironie pointe son nez à chaque phrase, les situations absurdes nous détendent : on passe un bon moment. Si l'histoire est effectivement sympathique mais pas non plus novatrice à en révolutionner le schéma littéraire - un petit vieux grincheux qui reprend petit à petit goût à la vie, on a déjà lu - on apprécie cette légèreté, ce comique. L'audace, l'invraisemblable. L'auteure s'amuse et nous amuse. Des livres feel good, on en a déjà lu, mais c'est souvent des histoires d'amour un peu gauches. Chez Aurélie Valognes, c'est juste une explosion de caractères, de petites joies, de folies à s'accorder. Cet humour, ce désir de trouver l'expression décalée qui fera sourire les plus ridés, c'est ce que j'ai apprécié dans Mémé dans les orties.
Ne vous attendez pas à la révolution littéraire de l'année, mais acceptez de couper court avec la réalité et de plonger dans un petit roman haut en couleurs. Après une journée de travail bien chargée, c'est si agréable.

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À propos de : Petit Pays

Petit Pays, j'en ai tant entendu parlé. Je savais qu'il me plairait, rien qu'aux extraits de la quatrième de couverture. Petit Pays, c'est devenu un coup de cœur, un livre que je n'ai pas envie de ranger sur l'étagère.

Petit Pays, ce sont deux "parties", deux tendances. Au début, c'est un voyage souvenir, un retour dans l'enfance heureuse d'un petit garçon du Burundi. On y redécouvre la vie, l'innocence, les copains, les jeux, la chaleur lourde et les paysages tropicaux. On est enivré par ses senteurs d'antan, ses belles images en couleur. On distingue les soucis en arrière plan, le divorce des parents, les mots de grands, la politique enflammée qu'on ne peut nier. Mais il y a le voile de l'enfance, tout ceci est trouble encore, lointain. Volonté d'irréel par Gaby, petite bulle d'enfance. Et puis, il y a la guerre. Il y a la guerre au Rwanda d'abord, le pays de la mère de Gaby. Et il y a la guerre qui se rapproche. Finit dans son impasse. Alors, les images en couleur laissent place à la poussière de la guérilla et, d'une netteté parfaite, elles deviennent rouge sang. Le livre devient impossible à lâcher, et le cœur s'accélère. Si l'on souriait de la poétique des jeux d'enfant, la poétique de la guerre fige le visage d'angoisse. Mais la plume reste fidèle. C'est ce qui m'impressionne beaucoup, Gaël Faye a réussi à décrire l'horreur par la beauté. Gaël Faye ne parle pas de la guerre, il parle d'humains surpris un matin par la violence. C'est un livre intense, puissant. Quand l'horreur est à son comble, on laisse la guerre suspendue, pour revenir doucement au Burundi avec un Gaby adulte. Et la fin est douce, la fin est vie, la fin est simple et humaine.

Finalement, on se rend compte que ce n'est pas un roman que nous avons entre les mains, mais une vie.

Si je n'ai jamais pleuré lors d'une lecture, ce livre nous arrache nombreux sourires, serre le cœur, et pique les yeux. Je suis restée longtemps, le livre refermé entre les mains, l'esprit un peu au Burundi aussi. Je suis rentrée longtemps à penser à tous ces personnages, non, tous ces hommes. Je suis restée longtemps transportée par des souvenirs qui ne sont pas les miens, que je n'aurais pas voulu qu'ils soient miens, mais que j'avais l'impression d'avoir un peu vécu, tant c'était réel, puissant, profond, humain.

Petit Pays, ce n'est pas un livre, ce ne sont pas que des mots, c'est un voyage en 3D dans les souvenirs d'un enfant délogé. C'est la plume comme moyen d'apaiser un peu le cœur, de ralentir la conscience qui tourne. C'est figer la violence, et tâcher de se laver de l'inhumain.

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J'avais envie de le lire depuis longtemps, il trônait comme « coup de coeur » dans les librairies, dans les mains de ma tata, et dans celles d'une amie. Cette dernière a eu la gentillesse d’accélérer sa lecture pour me le prêter.

La plume d'Harper Lee est déroutante au début, et demande à son lecteur d'être attentif, beaucoup est laissé à son interprétation. Parfois, on a l'impression d'avoir sauté une page, l'auteure passe d'un évènement à un autre et les liens se font après. Harper Lee sait nous tenir en éveil.
Concernant l'histoire, la trame, au début c'est un roman très agréable. Le rapport avec la quatrième de couverture tarde à se faire mais nous sommes plongés dans un univers très agréable, dans l'enfance de Scout, et nous prenons plaisir à ces pages. Puis arrive le milieu du roman, et ça traîne, on se lasse un peu, c'est bien dommage. Survient ensuite un évènement qui nous absorbe, nous tient en halène. Un grand moment captivant, les pages s'enfilent. Et puis c'est à nouveau un lent, Scout sort doucement de l'enfance, mais après l'apogée du procès, les cent dernières pages sont trop lentes. Cependant il faut s'accrocher un peu et poursuivre, la fin nous montre que ces pages étaient nécessaires.
Si le roman a pas mal de longueurs, il a de jolis moments forts, qui en valent le coup, et je pense que c'est un roman qui justement se joue sur le long terme. Il faut de la patience, c'est tout un parcours.
Si certains disent que c'est un énième roman sur le Bien et le Mal, je trouve que c'est plus profond, plus humain que cela. Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, pour moi, c'est un livre sur l'enfance. Et sur le sortir de cette enfance.

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