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Jo Baker signe avec ce roman un détournement très réussi du grand classique « Orgueil et Préjugés » de Jane Austen. Il fallait oser descendre à l’étage des domestiques pour mettre en lumière les histoires sentimentales de ceux qui faisaient figure d’ombres dans le chef d’œuvre initial. Mais force est de constater que le défi a été relevé avec brio : chronologie des faits respectée, atmosphère de l’époque fidèlement restranscrite, psychologie des personnages traitée avec finesse et univers romanesque tout aussi palpitant à l’envers du décor. Seulement ici les problèmes des maîtres perdent leur importance et semblent plutôt futiles au regard du sort des femmes de chambre, valets, intendants qui sacrifient leur bonheur personnel pour faciliter la vie de leurs bien-aimés patrons. Si l’amour et la bienséance restent le fleuron de la thématique, d’autres sujets comme l’esclavage de la domesticité, la condition des jeunes soldats, la pauvreté des petites gens voient le jour dans ce récit et lui confèrent son caractère particulier et très attachant. Bravo !
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À propos de : L'Empereur, c'est moi
« L’empereur, c’est moi » est un récit de souvenirs vivants qui a le mérite de nous transmettre le ressenti authentique d’un autiste Asperger comme seule une victime de cette pathologie est capable de le faire. L’auteur, Hugo Horiot, relate avec une poignante justesse le désarroi et la colère dont il a souffert dans son enfance lorsqu’il en subissait les tourments au milieu de l’incompréhension ambiante. Grâce à l’amour et au courage de sa mère, il s’en est sorti sans subir les traitements infligés alors de façon inhumaine aux autistes. Cet autoportrait a l’avantage d’ouvrir l’esprit à la tolérance. En ce sens, il relève avec brio le défi d’amener le lecteur vers une meilleure compréhension de la souffrance d’autrui et, espérons-le, vers une meilleure acceptation de la différence dans son sens le plus large.
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Elizabeth Gilbert, auteur du best-seller Mange, prie, aime, confirme ici ses talents de narratrice en faisant perdurer l’intérêt et la curiosité du lecteur durant les 800 pages de ce passionnant récit. L’héroïne Alma, une femme érudite du XIXème siècle se consacre à l’étude de la botanique avec son père à Philadelphie. Bien qu’elle privilégie la raison sur l’émotion, comme le lui a inculqué sa mère hollandaise, les sentiments finiront par tracer le chemin de sa destinée. Autour de cette histoire romantique à souhait émergent des débats scientifiques et - une fois n’est pas coutume – leur porte-parole est une femme. Alma reconnaît le bien-fondé de l’évolution des espèces tel que le publiera Darwin, mais ses expériences personnelles l’amèneront à s’interroger sur la part « céleste » qui influence l’existence humaine et confère une « empreinte à toute chose ». Ces diverses réflexions alimentent le récit d’une dimension philosophique, historique et scientifique non négligeable, lui attribuant énormément de mérite et une place de choix parmi les chefs d’œuvre de la littérature contemporaine.
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Lorsque la puissance du sentiment maternel réussit à effacer la frontière entre le bien et le mal, entre les liens du sang et ceux du cœur et lorsqu’elle va même jusqu’à questionner les fondements du couple, il est extrêmement difficile de prendre parti. C’est dans cet état d’esprit que nous plonge ce roman dramatique mettant en scène des personnes écorchées par la vie après la première guerre mondiale et qui tentent de se reconstruire en se raccrochant à l’amour d’un enfant. Tom, convaincu par son épouse Isabel, décide d’ignorer ses obligations de gardien de phare et ne signale pas le bébé découvert dans le canot qui s’échoue sur le rivage de leur île reculée. Alors que cette décision contre raison permet à son couple de connaître enfin la joie de la parentalité, que doit-on penser des sentiments de la mère biologique en proie à une tristesse sans fin qui retrouvera pourtant un jour la trace de son bébé perdu ? Une empathie envers chacun des protagonistes, des émotions contradictoires, un profond sentiment d’injustice face à la dure réalité des circonstances sont au rendez-vous de ce superbe récit que le lecteur aura du mal à quitter sans verser de larmes.
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Ce récit savamment construit en deux temps autour d’une tragédie familiale évoque les difficultés d’un âge où le nombrilisme peut à la fois engendrer des drames et faciliter l’oubli et la reconstruction. Pour avoir fauté, une adolescente est éloignée de ses parents et de son frère jumeau dans un centre équestre destiné aux jeunes filles fortunées. L’horizon de Théa jusqu’alors très restreint s’élargit à des filles de son âge, à des règles différentes, à d’autres émois amoureux, ainsi qu’aux échos du monde plongé dans la Grande Dépression. Sa passion pour l’équitation symbolise la fuite en avant, ce besoin vital de liberté qu’elle devra toutefois apprendre à dompter. Loin de nous ennuyer, la force tranquille de la narration contrebalance les puissants élans de (sur-)vie filtrant à travers l’histoire et qui caractérisent cette période trouble située à l’aube de l’âge adulte.
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À propos de : L'Unité
Une excellente fiction, particulièrement captivante et qui jette le trouble dans nos certitudes et notre soif de liberté… Un roman qui pose des questions fondamentales sur le juste équilibre entre le bien de la société et le bonheur individuel. Vaut-il mieux rester libre, mais totalement isolé ou vivre avec les autres en suivant les règles strictes et révoltantes d’une collectivité qui a décidé de privilégier certaines vies au détriment d’autres ?
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À propos de : Le Jeu des ombres
« Le jeu des ombres » nous immerge dans les méandres du désespoir qui gangrène un couple d’artistes amérindiens confronté à ses non-dits, ses ambivalences, ses crises d’identité sociale et culturelle. La description tout en finesse de l’attitude des deux protagonistes face à eux-mêmes et à leurs trois enfants, ainsi que la subtilité dont use l’auteur Louise Erdrich pour retranscrire la réalité telle qu’elle est perçue chaque fois différemment par les personnages ajoutent une incroyable épaisseur à cette intrigue psychologique très réussie.
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À propos de : La route du Cap
« La route du Cap » fait partie de ces fresques romantico-historiques appartenant à la grande lignée des « Out of Africa » où se mêlent tous les ingrédients qui remportent généralement un franc succès lorsqu’ils sont traités avec talent. Le présent récit n’échappe pas à cette définition évoquant les difficultés de la colonisation en Afrique du Sud, les pires injustices subies par les indigènes oeuvrant dans les mines de diamants, les problèmes liés à une lutte efficace contre une épidémie de variole, sans omettre de miser sur les aléas d’une romance entre un charismatique séducteur et une jeune femme issue d'une société bourgeoise et étriquée, qui doit mener sa barque toute seule face à ses devoirs et obligations. Un roman divertissant qui se laisse apprécier tout particulièrement durant les mois d’été. »
Quel coupable délice que celui de savourer la description de ces petites rancoeurs, frustrations, hésitations, pensées honteuses ou émotions amoureuses qui constituent le lot oh combien fréquent, mais si bien caché de notre quotidien et que l’on retrouve décortiquées avec compassion et bienveillance dans le récit de William Nicholson ! A travers son roman choral, l’auteur décrit quelques jours de la vie d’une douzaine de personnages qui se croisent au cœur de la campagne anglaise et dont l’intimité si secrètement intense ou si intensément secrète a tellement de mal à se frayer un chemin vers autrui. Un récit qui prend toute son ampleur grâce à cette subtile analyse psychologique opérée sur une tranche de la classe moyenne contemporaine.
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« Les fidélités successives » de Nicolas d'Estienne d'Orves font partie de ces œuvres où la fiction permet à la grande Histoire d’abandonner ses teintes grises pour se colorer d’une perspective de compréhension plus large et variée. Dans cette grande fresque qui prend sa source sur une île anglo-normande à demi réelle, l’auteur pose un cadre historique - celui de l’occupation dans la capitale française - au cœur duquel il fait revivre d’authentiques personnages comme Cocteau, Marais, Céline, Rebatet, Bresillach. Mais il y introduit aussi une romance portée par des protagonistes fictifs dont la complexité des sentiments et l’introspection psychologique proposent un regard original sur des faits de collaboration et de résistance durant l’une des périodes les plus sombres de l’histoire du 20ème siècle. Si « la fiction dit ce que l’histoire tait » (cfr Francis Affergan), elle peut aussi lui redonner vie par le biais des sentiments qu’elle suscite auprès du lecteur. Voilà pourquoi le tandem histoire/fiction fonctionne à merveille dans ce récit palpitant qui oscille entre réalité et imaginaire, ombre et lumière.

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