COMPTE | lirepourguerir

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Cette histoire est tout simplement touchante, mais elle se démarque aussi par son aspect éducatif, sans parti pris et sans excès de sensiblerie. La voix d’une enfant nous rappelle ici les paradoxes et les déboires particuliers d’une région, la Lorraine, durant la première moitié du 20ème siècle. Tic-Tac est le surnom donné aux araignées qui font peur à Rosy, la narratrice. Tic-tac, tic-tac, un rythme que l’on pourrait aisément attribuer aux annexions successives de la Lorraine française de 1871 à 1944…Tic pour les humiliations subies par Rosy avant 1940 et Tac pour l’amélioration de son sort lorsque les armées hitlériennes s’emparent de la Moselle.. Tic-Tac aussi pour les cachotteries de part et d’autre des membres de la famille, Tic pour une mère allemande adepte d’Hitler, Tac pour un père qui a pris la fuite laissant fille et femme aux bons soins d’une Oma acariâtre ne jurant que pour la France. Finalement, le Tic-Tac règle la cadence des secondes passées dans la cave, lorsqu’ensevelie vivante sous terre, la petite Rosy laisse vagabonder son imagination dans ses souvenirs pour éviter d’être rattrapée par l’horreur et le néant. A lire !
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À propos de : Le Problème Spinoza
Quel défi majeur que celui d’intéresser les lecteurs à un philosophe du 17ème siècle ! Et pourtant Irvin Yalom a gagné ce pari grâce à ce roman original, empreint de suspense et d’émotions qui nous permet d’appréhender les pensées lumineuses d’un grand esprit tel que celui de Baruch Spinoza. Mais le pari est doublement remporté en raison du face à face réussi avec un personnage sombre de l’histoire du 20ème siècle. Irvin Yalom alterne les chapitres relatant la vie de Spinoza avec ceux qui convient le lecteur au cœur du cheminement tortueux des idées obscures et antisémites d’Alfred Rosenberg. En se confiant à un protagoniste fictif, cet idéologue nazi dévoile ses profondeurs malsaines, ainsi que son étrange fascination pour Spinoza, Juif excommunié et admiré par de grands penseurs de la « race aryenne ». J’ai voté pour ce roman parce que sous le couvert d’une fiction bien charpentée, il transmet des connaissances philosophiques et psychologiques, voire historiques sans pour autant négliger sa fonction première qui est de distraire. Bravo !
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À propos de : L'Unité
Avec beaucoup d’intelligence, l’auteur laisse sous-entendre que la réalité telle qu’elle la décrit pourrait un jour sortir de la fiction. Et d’une façon subtile et presque démoniaque, elle nous fait comprendre que nous serions sans doute tous disposés à l’accepter …. Le fait de diviser la population entre les « superflus » et les « nécessaires » sans que cette division ne soit le fait d’un dictateur, mais plutôt l’aboutissement d’un vote démocratique soulève déjà une grande réflexion. Pourrait-on voter pour une telle division ? Qui n’a jamais comparé l’utilité d’une vie à celle d’une autre ? Il n’est nullement question de maltraitance des gens superflus. Bien au contraire, ils mènent une vie très agréable au sein de l’Unité. La seule chose qu’on leur enlève, c’est leur liberté. Mais pour beaucoup d’entre eux, cette liberté semble moins intéressante que le fait d’appartenir à une communauté, à une unité ? La vie extérieure de Dorrit, la protagoniste du récit, paraît moins agréable qu’elle ne l’est devenue au sein de l’Unité où elle est logée, nourrie et vêtue sans frais, où elle se lie aisément à un groupe d’ami(e)s et où elle va même finir par connaître l’amour. Malgré tout, il nous reste quelque chose en travers de la gorge : le sacrifice obligé de son propre corps pour le bien de la société et au-delà de cela, le retrait de la liberté individuelle. Au fur et à mesure que le récit avance, on se pose la question de l’importance de cette liberté. Vaut-il mieux vivre en marge de la société ou vivre en suivant les règles strictes d’une société qui a décidé de privilégier les vies dites nécessaires ? Le malaise vient du fait que nous n’avons pas de réponse à cette question …., ou plutôt que nous ne sommes pas certains de faire partie des gens de la révolte…. J’ai adoré ce récit qui m’a rappelé le film sorti en 2010 « Never let me go » réalisé par Mark Romanek et adatpé du roman de Kazuo Ishiguro « Auprès de moi toujours » : un scénario similaire, les mêmes questions sur le sens de la vie, une même révolte dédoublée : la révolte du lecteur envers cette situation qui annihile la liberté, mais aussi envers ceux qui la subissent et qui finissent par accepter.

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