COMPTE | missbouquin

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Dans Sanctuaire du Cœur, Duong Thu Huong avait introduit un personnage intéressant : le jeune Thanh, son neveu. Jeune homme de bonne famille, celui-ci disparaît dans l’année de ses seize ans et ne redonne jamais de ses nouvelles. Duong Thu Huong avait donc décidé d’imaginer ce qu’il avait bien pu se passer dans la tête du jeune homme, et ce qui a pu lui arriver. 700 pages que j’avais apprécié, même si certains passages m’avaient semblé long. Dans Les Collines d’Eucalyptus, l’auteur élabore une autre hypothèse : cette fois Thanh n’est pas devenu gigolo mais il a suivi un voyou dont il était amoureux, amour qui s’est petit à petit transformé en haine et qui fait que nous le retrouvons trois ans plus tard dans un bagne où il a été condamné à des années de prison. Durant 800 pages, Duong Thu Huong alterne la vie de Thanh en prison et son histoire, qui l’a mené jusqu’ici. Fidèle à son habitude, elle peint des portraits de tous les gens que le jeune garçon rencontre, élaborant petit à petit une immense fresque de la société vietnamienne. « La vraie vie, ce ne sont pas les équations mathématiques et les leçons d’histoire ! Dans la vraie vie, il y a des gouffres vertigineux, des grottes profondes, il y a des salauds, des voyous au comportement fangeux. » Avec pour thème central l’homosexualité, encore mal acceptée au Vietnam, ces deux romans fonctionnent comme un diptyque complet de la vie urbaine vietnamienne. Portrait sociétal mais aussi portrait psychologique approfondi de Thanh, c’est aussi le roman de la rédemption, portée par le tableau qui a inspiré cette histoire à Duong Thu Huong, Le retour de l’enfant prodigue, de Rembrandt. J’ai pris plaisir à retrouver, comme d’habitude, l’écriture fluide et si poétique de Duong Thu Huong. « Ils se faisaient face, assis à une table sous une fenêtre de l’hôtel. De là, ils apercevaient la surface miroitante du lac et les forêts de conifères qui s’étalaient jusqu’à l’horizon, où les montagnes se chevauchaient pour offrir au spectateur toutes les nuances de vert profond et de bleu intense jusqu’à la teinte du jade. Au-dessus les nuages formaient un voile de fine dentelle aux motifs sans cesse changeants en fonction de l’intensité lumineuse du crépuscule. »
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À propos de : Traîne-Savane
Au cours de ce roman mené tambour battant en plein coeur de l'Afrique, Guillaume Jan nous fait suivre à la fois ses traces et ceux d'un explorateur qui le fascine, David Livingstone. Un nom que nous connaissons tous pour le fameux "Dr Livingstone, I presume" de Stanley. Mais qui sont ces deux hommes et que font-ils perdus en Afrique au XIXe siècle, peu d'entre nous le savent ... c'est sûr ces années africaines que revient l'auteur, en alternance avec sa propre expérience d'une Afrique contemporaine, rongée par l'Occident et la misère ... Un roman éclairant, passionné, prenant. A découvrir !
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Un roman simple et complexe à la fois car l'auteur marche sur la corde raide tout le long de l'histoire : coller au récit de Jane Austen tout en proposant des rebondissements concrets qui n'empiètent pas sur l'intrigue principale ... Ce qui est parfaitement réussi de mon point de vue : elle nous offre un roman très réussi où on est plongé dans le monde austinien à travers un reflet inversé ... Des personnages que j'ai quitté à regret. Une histoire qui m'a donné envie de relire Orgueil et préjugés ! :)
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À propos de : Le Sourire des femmes
Après un mois et demi d’apnée pour cause de concours (réussi !), j’ai eu le plaisir de prendre ce matin dans ma bibliothèque, par hasard, ce petit roman dont je ne connaissais pas l’auteur et dont je n’avais jamais entendu parler. Ce soir en rentrant, je me suis trouvée dans l’incapacité de le lâcher jusqu’à ce que j’ai tourné la dernière page … Véritable bouffée d’oxygène, je me suis laissée emporter par la puissance de la lecture, par la force de mon imagination et, le temps d’une journée, André et Aurélie ont été mes meilleurs amis. Aurélie a hérité du restaurant de son père, à Paris. André est éditeur dans une petite maison d’édition. Elle ne lit jamais. Il ne s’intéresse pas particulièrement à la cuisine. Rien ne les destine à se rencontrer. Et pourtant. Au fil de hasards tous plus incroyables les uns que les autres, ils vont se découvrir, se détester, s’aimer. Et tout part de la lecture d’un simple livre. Alors oui bien sûr, les clichés abondent : Paris, la ville romantique, les dîners aux chandelles, les vieilles librairies, les auteurs, les éditeurs, l’atmosphère littéraire et amoureuse. Tout y est, et tout en sachant cela, je me suis laissée prendre … Parce qu’on le veuille ou non, les personnages ont existé, et s’ils ont existé c’est que l’auteur a su leur donner la consistance nécessaire, ce petit ingrédient magique qui fait que des mots se transforment et se mettent à exister le temps d’un instant. En réalité il n’y a pas tant à dire que ça sur ce roman, qui a réveillé mon petit côté fleur bleue, un livre qui se ressent plus qu’il ne se lit. Ce que je ne peux que vous conseiller dès aujourd’hui, même si je suis sûre que peu d’entre vous partageront ce que j’ai ressenti. Chaque expérience de lecture est unique. Pour conclure (car il faut bien !), Le sourire des femmes est une jolie comédie romantique qui fait du bien, à lire en écoutant Amélie Poulain (qui m’a trotté dans la tête tout au long de ma lecture). Car un livre cousu de fil blanc, léger et plein de bons sentiments, ça fait du bien de temps en temps ! (et en plus ça rime !)
Un fakir, tout droit débarqué de l’Inde, frais payés par son village pour s’acheter le dernier modèle de lit à clou (j’ai vérifié le catalogue Ikea, il n’y ai pas : remboursée !). Or ce fakir, comme on va très rapidement le découvrir, est un parfait escroc. Ses prétendus pouvoirs sont de simples tours de magie, il est fainéant et menteur. Ne pouvant se payer une chambre d’hôtel, il se cache dans Ikea, et est bientôt forcé de se réfugier dans une armoire. Ladite armoire étant destinée à un autre magasin, commence alors un voyage extraordinaire à travers toute l’Europe … « Heureux qui comme Ajatashatru Lavash Patel – (prononcez « J’attache ta charrue, la vache »), a fait un beau voyage en armoire et puis est retourné, plein d’usage et raison, vivre avec son amour le reste de son âge. » Ici encore, l’humour tient dans les situations abracadabrantes : le livre connaît des rebondissements toutes les trois pages, le fakir a de la chance à chaque fois, se tire de toutes les situations. Mais petit à petit, le ton devient moins drôle, presque sentencieux : à la faveur de ses rencontres multiples, l’hindou prend conscience de sa petitesse, du malheur des autres, et de ce qu’il souhaite vraiment dans la vie. En bref, Romain Puértolas nous a pondu non pas un roman mais plutôt une fable, en forme de voyage initiatique.
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Entre ce roman et Bérénice 34-44, j'ai beaucoup hésité ... Et finalement j'ai choisi celui qui m'a procuré le plus d'émotions, alors que Bérénice parlait plutôt à mon intellect. Ce roman parlait à mon instinct maternel, à mes préoccupations de vie de couple, à mes aspirations à la simplicité, à la solitude. Durant 2 jours, j'ai vécu dans un phare ...
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Georges est un militant : défenseur des opprimés, il est de toutes les causes, tout comme sa femme Aurore. Celle des Palestiniens par exemple. Jusqu’à ce qu’il rencontre le Grec Samuel, metteur en scène comme lui, qui, au fil des ans, va devenir comme un frère. En 1982, ce dernier est mourant et demande à Georges de continuer son dernier projet : monter Antigone de Anouilh dans Beyrouth en guerre. « Depuis toujours, Sam voulait monter la pièce noire d’Anouilh dans une zone de guerre. Offrir un rôle à chacun des belligérants. Faire la paix entre cour et jardin. » […] Pourquoi Antigone ? Parce qu’il y ait question de terre et de fierté. » Georges se retrouve alors plongé dans la guerre civile du Liban, qui dura de 1975 à 1990 et fit entre 130 000 et 250 000 victimes. Je vais essayer de vous en dire quelques mots pour que vous compreniez la complexité du projet utopique de ce personnage. La guerre du Liban est due, en partie, à la montée des tensions dans un pays multiconfessionnel et fragile, qui a accepté l’installation de camps palestiniens lors de la création d’Israël de 1948. D’autant que ces derniers deviennent rapidement des bases arrières pour des attentats suicides contre le pays juif. Le massacre de Damour, commit par des Palestiniens contre des chrétiens, complique encore la situation. Le Liban s’est donc retrouvé au cœur des tensions du monde arabe, alors que sa propre démocratie était elle-même en péril. En 1982, année où Georges se rend au Liban pour monter la pièce, Israël se décide à intervenir. Cela se conclut par un massacre généralisé dans les camps : entre 700 et 3500 morts, dont des femmes et des enfants. L’Histoire devient le moteur essentiel de l’histoire de Sorj Chalandon puisque au-delà du projet théâtral, c’est la vie entière de Georges qui est remise en jeu : ayant assisté à des massacres, il ne parvient pas à se réadapter à la vie « normale » … Et le théâtre dans tout ça ? et bien « Le théâtre était un répit. », une manière d’échapper à la guerre pendant une heure grâce aux quatre murs … « Le quatrième mur, c’est ce qui empêche le comédien de baiser avec le public. […] Une façade imaginaire, que les acteurs construisent en bord de scène pour renforcer l’illusion. Une muraille qui protège leur personnage. » Un quatrième mur qui ne protégera personne cette fois-ci … Et pourquoi Antigone ? Parce que cette jeune fille est le modèle du rebelle, de la résistance à la fatalité. La révolte de la pureté contre les mensonges des hommes , de l’âme contre la vie. « Qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre politique, votre nécessité, vos pauvres histoires ? Moi, je peux encore dire « non » encore à tout ce que je n’aime pas et je suis seule juge. » L’Antigone de Anouilh est la pièce où la mort triomphe de presque tous, comme dans le roman de Chalandon : chaque personnage, chaque acteur subit la loi de l’Histoire, tout comme Antigone, et affronte un destin tragique, non plus dans le contexte de la Seconde guerre mondiale, mais de la guerre du Liban. Une autre guerre, un autre front, mais toujours les mêmes hommes qui souffrent et meurent … Ce roman est plus complexe qu’il n’y paraît : une fois que j’avais débroussaillé le contexte historique, il fallait encaisser l’atmosphère pesante d’une zone de guerre, oublier le confort de notre monde ultra-sécurisé et imaginer que des événements d’une telle violence sont encore courantes dans certains endroits du monde. Mais c’est aussi un roman sur un homme, un utopiste qui, avec ses maigres moyens et le temps d’une pièce de théâtre, tente d’offrir un peu de répit et de compréhension entre les belligérants. Et l’on a presque cru qu’il allait y arriver … Et puis c’est aussi la question de savoir comment vivre avec ces images. Comme Georges, comment supporter les caprices de son enfant pour une glace alors qu’il a porté dans ses bras une fillette au bras arraché par une bombe et qui ne pleurait pas ? Comment supporter les manifestations dérisoires de son groupe qui n’a jamais vu les atrocités en vrai ? Comment vivre, tout simplement ? Je ne vous dévoilerai pas cette réponse … En bref c’est un roman extrêmement puissant, violent et dérangeant, qui n’épargne pas le lecteur. Et on en sort différent. Je vous laisse sur les mots d’Antigone. « Comprendre ; toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre. C’est bon pour les hommes de croire aux idées et de mourir pour elles. « Et voilà. Sans la petite Antigone, c’est vrai, ils auraient tous été bien tranquilles. Mais maintenant, c’est fini. Ils sont tout de même tranquilles. Tous ceux qui avaient à mourir sont morts. Ceux qui croyaient une chose, et puis ceux qui croyaient le contraire même ceux qui ne croyaient rien et qui se sont trouvés pris dans l’histoire sans y rien comprendre. Morts pareils, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris. Et ceux qui vivent encore vont commencer tout doucement à les oublier et à confondre leurs noms. C’est fini. »
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Dans ce roman très habilement mené, et qui nous fait découvrir un aspect moins connu de la Seconde guerre mondiale, aucun personnage n’est celui qu’il semble être. Fiction romanesque, chronique historique, roman d’amour et feu d’artifice d’intelligence et de sentiments, Les fidélités successives démontre avec brio que rien n’est tout blanc ni tout noir et que la palette de gris des émotions humaines est infinie
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Un livre qui m'a presque fait rire par la manière désopilante dont l'auteur décrit la folie de ce pays paranoïaque, régressiste, bouffon ... On en apprend à chaque page et à chaque page mes yeux se sont écarquillés d'horreur et d'incompréhension. Un roman indispensable.
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À propos de : Chercher Proust
Sous couvert d’un texte assez drôle, l’auteur nous livre une partie de son histoire, celle qui le lie lui-même à Proust depuis le lycée. En imaginant une sorte de dialogue avec Proust, à la manière d’une idole de rock, il nous le rend plus familier, plus proche. D’habitude, je ne suis pas vraiment partisane des autofictions, souvent prétextes pour les auteurs qui en profitent pour raconter leur vie. Mais ici, dans cette relation littéraire atypique, Uras nous propose un projet un peu différent : peu importe en vérité que ce texte soit tiré de sa propre expérience, ce qui importe c’est qu’il ait réussi à faire vivre son personnage, Bartel, une vie indépendante. Une vie originale qui nous fait voir Proust comme un vieux copain, nous rassure et nous donne envie de rentrer dans son oeuvre … Et comme objectif de roman, c’est déjà pas mal !

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