COMPTE | motspourmots

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À propos de : Six fourmis blanches
Difficile ce vote final, les découvertes ont été nombreuses et les 7 lauréats mensuels vraiment très différents les uns des autres. Si j'ai pris beaucoup de plaisir avec Les temps sauvages et Poulets grillés, j'ai finalement choisi Six fourmis blanches pour son sens de l'intrigue, son ambiance et sa façon de coller aux codes du polar tout en surprenant le lecteur. Tout ça avec une écriture fort agréable. C'est une belle vitrine pour le polar à la française !
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À propos de : Pièges et sacrifices
Direction Le Cap, en Afrique du Sud. Et le moins que l'on puisse dire c'est que Roger Smith ne cherche pas à nous la peindre plus belle qu'elle n'est cette ville. Au contraire. Ce qu'il nous montre c'est sa face sombre, violente, les discriminations sociales (et raciales) et, le plus grave, l'inefficacité des forces de l'ordre, totalement dépassées. L'apartheid a laissé des traces plus profondes qu'il n'apparait au premier abord, les esprits sont façonnés pour croire plus facilement à la culpabilité d'un noir, pauvre et drogué qu'à celle d'un riche blanc des quartiers huppés. Alors, lorsque Christopher Lane, pris d'une crise de folie due au mélange alcool et stéroïdes anabolisants fracasse le crâne de sa petite amie dans la maison familiale, sa mère a aussitôt l'idée de faire accuser le fils de sa femme de ménage noire. Beverley Lane n'en est pas à son coup d'essai. Vint ans auparavant elle a déjà organisé la fuite de son mari, Michaël à l'origine d'un grave accident de la route sous l'emprise de l'alcool et qui vit depuis avec l'image des trois personnes qu'il a tuées. Bref, dans la famille Lane, on préfère ne pas assumer ses crimes. Pas sûre que cela reste éternellement impuni... Contrairement aux apparences, tout le livre est basé sur une fine analyse psychologique des protagonistes, formatés par l'histoire de leur pays et par leurs propres actes. Et la plongée dans les bidonvilles vaut à elle seule le détour. Un polar diablement efficace, qui joue à la fois sur l'ambiance et sur la manipulation. Pour une découverte d'une Afrique du Sud loin des clichés touristiques et quelques heures de lecture addictive. Captivant jusqu'à la dernière ligne.
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À propos de : Les Temps sauvages
Donc, cap sur la Mongolie ! Dépaysement assuré avec en plus, une cargaison bien remplie en termes d'aventures et de rebondissements, des personnages bien carrossés avec ce qu'il faut de flics fatigués, d'agents secrets à la veste très réversible, de militaires corrompus et autres joyeusetés. Bref, ça déménage (il faut dire qu'avec les températures là-bas, il vaut mieux s'agiter) et on ne s'ennuie pas. Il y a d'abord la figure de Yeruldelgger, sorte de justicier qui peine à dompter sa sauvagerie naturelle réveillée par l'accumulation des crimes qui jalonnent sa route. Et ce, malgré l'enseignement du Septième Monastère, celui des moines Shaolin. Il y a le pays lui-même, coincé entre Chine et Russie, encore marqué par le joug communiste, un terrain propice à la corruption comme tous ces anciens bastions finalement abandonnés à leur sort et peinant à trouver le chemin qui mène à la démocratie. Un pays qui oscille entre modernité et traditions, entre immeubles hérités de l'architecture collectiviste et yourtes ancrées dans la culture mongole. Ici, on peut mourir écrasé par un yack tombé du ciel ou être sauvé d'une bande d'assassins par une meute de loups. Ici se côtoient citadins et nomades à l'hospitalité chaleureuse matérialisée par la tête de chèvre rôtie qu'ils servent à leurs visiteurs. Ici, on met du beurre et de la farine dans son thé et l'on sert les gâteaux avec de la crème de yack. Ce contexte, finement inséré dans la trame romanesque constitue une bonne partie du succès de l'histoire. Pour le reste, on apprécie les mœurs un peu brutales des enquêteurs qui néanmoins ne manquent pas de références littéraires (notamment les philosophes et écrivains français), les ramifications d'un vaste trafic impliquant des jeunes adolescents envoyés aux quatre coins d'Europe pour constituer des escadrons de voleurs, ce qui nous vaut une étape à Honfleur et la connexion savoureuse avec l'équivalent français de Yeruldelgger, qui mériterait à lui tout seul un spin off. Alors bien sûr, c'est un peu violent, pas toujours très moral mais bon, le voyage vaut le détour, ne serait-ce que pour les coutumes locales, la trame géo-politique complexe, les poursuites en moto-neige et le comparatif entre gastronomies française et mongole.
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Décidément, les îles sont des terrains inspirants pour les auteurs de polars, propices aux huis-clos et aux situations inextricables. C'est certainement la clé du succès de ce roman très bien mené, cette île de Sandhamn dont l'auteur arrive à rendre parfaitement l'ambiance, particulièrement au cœur de l'hiver lorsque le froid et la glace en font un endroit presque hors du temps. Une disparition inquiétante, un bras déterré par hasard, des secrets qui semblent remonter à plusieurs décennies... L'auteure tricote son histoire avec habileté, passant du présent au passé pour mieux intriguer son lecteur. Son duo de héros formé par le policier cartésien, Thomas et l'intuitive Nora Linde, son amie d'enfance fonctionne très bien. Si l'on débarque, comme moi sans avoir lu les deux précédentes enquêtes, aucun problème, Nora et Thomas nous sont très vite proches, peut-être à cause de leurs failles respectives. Tout à fait le style de polar que j'apprécie, bien ficelé, efficace et addictif, de ceux qu'on ne lâche pas jusqu'à la fin.
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À propos de : Poulets grillés
L'humour est une arme efficace. Bien manié, il permet de dire avec le sourire des choses qu'on n'aurait peut être pas pardonnées sans ce redoutable levier. Ces "Poulets grillés" offrent une vision décalée du fameux 36 Quai des orfèvres, sans oublier de s'attarder sur les travers qui font le sel d'un certain nombre d'entreprises ou d'organisations. C'est bien fait, sans lourdeur et avec beaucoup de bienveillance pour ces flics mis à l'écart pour cause de casseroles plus ou moins chargées, mais qui vont se révéler étonnants de ressources insoupçonnées. La commissaire, Anne Capestan offre une belle leçon de management, bien plus efficace que tous les discours de professionnels autour de la cohésion d'équipe. On passe un très bon moment, sans oublier au passage de résoudre quelques affaires non classées qui encombraient les armoires du 36. Hâte de voir ce que cela donnera en série télévisée tant les personnages sont photogéniques !
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À propos de : Six fourmis blanches
Ma foi, Sandrine Collette a réussi à me faire passer l'envie d'aller randonner en montagne. Bon, il faut dire qu'elle a tricoté une intrigue qui joue parfaitement avec nos peurs et nous met face à nos réactions instinctives, nous renvoyant à notre condition d'animal à peine un peu plus évolué. C'est parfaitement réalisé, bien dosé et bien écrit. Juste de quoi vous faire frissonner quelques heures tout en savourant le plaisir d'être bien au chaud... Happé par un récit à deux voix, on suit la progression des randonneurs par l'intermédiaire de Lou et l'histoire de Mathias, l'homme des montagnes, le sacrificateur employé par les habitants pour offrir des chèvres ou des brebis en offrande aux esprits. Tandis que les touristes se concentrent sur les paysages, on découvre avec Mathias, la vie de cette communauté de montagnards taiseux, renfermés et superstitieux, dominée par la figure d'un patriarche aux allures mafieuses. Et bien que l'on se demande quand et comment les deux chemins vont se croiser... on ne voit pas le coup venir. Sandrine Collette sait très bien manier les situations qui effraient, sans jamais en faire trop, en utilisant plutôt les ressorts psychologiques qui permettent une véritable identification du lecteur. La figure du guide qui symbolise la confiance, celui auquel on confie sa vie est au centre du dispositif et irrigue tout le fil narratif. Quant à la montagne, elle offre un décor glaçant à souhait, créant une situation proche de l'enfermement et faisant appel à l'instinct de survie, celui qui peut modifier les caractères. Peur du noir, peur du loup, peur de l'autre... Franchement, les auteurs de polars et de romans noirs ont encore de beaux jours devant eux. Et Sandrine Collette n'est pas la dernière à savoir profiter de nos peurs.
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À propos de : Le Vent à gorge noire
Un polar bien mené, entre Angleterre et Ouganda, passé et présent. Un polar dont l'intérêt réside dans l'opposition entre une vision romantique de l'Afrique incarnée par trois jeunes anglais décidés à voir du pays, et la réalité brutale d'un pays miné par les guerres civiles, les dictatures et les violences des factions armées qui rivalisent de brutalité. Un polar qui rappelle avec talent qu'on n'échappe pas à son passé... Outre le fait que le duo d'inspecteurs fonctionne à merveille, la plongée dans un Londres méconnu, celui des communautés étrangères et plus particulièrement africaines est très intéressante. La confrontation entre les policiers de la Met et la diaspora ougandaise permet de donner à cette enquête une dimension politique et sociétale bienvenue. L'enquête offre une exploration des terribles maux de l'Ouganda, entre bourreaux sanguinaires, enfants soldats et populations martyrisées, sans oublier les complicités internationales, volontaires ou non. Quelques plongées régulières dans le passé permettent de comprendre peu à peu ce qui hante l'inspecteur Jack Carrigan depuis toutes ces années et l'a conduit à la Met alors qu'une carrière de musicien s'offrait à lui. En s'appuyant sur des ressorts classiques, ce polar parvient à renouveler le genre et capter l'intérêt grâce à l'utilisation d'un contexte dense et prenant. Du bon boulot !
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À propos de : Le Sang versé
Une ambiance particulière, une héroïne singulière et tourmentée, un parfum de grands espaces et de feux de cheminée qui suffisent à vous transporter agréablement au cœur d'une intrigue qui s'ingénie à faire monter la tension très progressivement, jusqu'au dénouement brutal. Tous les ingrédients sont ici réunis pour faire vibrer les amateurs de polars. A commencer par le décor, ce Grand Nord tout près du cercle polaire dont les conditions de vie très rudes influent forcément sur les caractères et les comportements. J'ai beaucoup pensé à Elizabeth George en lisant ce roman. La façon de planter un décor, de s'intéresser à une petite communauté pleine de secrets, de rancœurs et de non-dits. De fouiller dans ce qu'il y a parfois de plus mauvais et de monstrueux. Mais j'ai particulièrement apprécié les personnages constamment sur le fil, capables de basculer à tout moment. Rebecka bien sûr, que son état invite à une sorte de lucidité presque ironique et quelque peu désespérée, que ce soit vis à vis de son travail ou de son environnement. Mais également Anna-Maria Mella, à la fois flic perspicace et femme au foyer débordée. Au fur et à mesure que l'intrigue avance, les secrets affleurent, les rivalités sont mises à jour sur ce territoire sauvage où les hommes ne sont peut-être pas très différents des animaux sauvages qu'ils côtoient. Qui a dit que l'homme était un loup pour l'homme ?
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Dans les années 80, en Iran, certains pensaient avoir fait le plus difficile. Avoir chassé le tyran par une révolution populaire guidée par la soif de liberté d'un peuple trop longtemps opprimé. Ils ont vite déchanté. Récupérée par les extrémistes religieux, la révolution est devenue plus terrifiante que la situation précédente. Après les brimades d'un régime totalitaire, les iraniens ont vu s'abattre sur eux le carcan de religieux fanatiques... C'est à cette époque, post révolutionnaire que se situe l'histoire contée par Sahar Delijani et fortement inspirée de sa propre vie. Une période où les opposants politiques se retrouvaient en prison pour de simples idées, où ceux qui avaient mené avec espoir et ferveur le renversement du Shah se voyaient désormais taxés d'antirévolutionnaire pour avoir osé exprimer des doutes sur le nouveau pouvoir. Une période où il n'était pas rare pour un enfant de naître en prison ou d'être confié à des membres de la famille ou des amis proches, en attendant la libération éventuelle de ses parents. Où il n'était pas rare non plus de devenir rapidement orphelin, surtout au moment de la grande purge de 1988. C'est ce qui unit Les enfants du Jacaranda, une enfance passée ensemble, réunis par les circonstances dans la même maison à l'ombre des branches violettes. Neda, née en prison, Omid qui a vu ses parents emmenés sous ses yeux à l'âge de trois ans, Sheida qui ne verra jamais son père et encore Dante et Forugh. Tous ont été entourés de la tendresse de Leïla, cette jeune fille qui a vu son grand amour quitter le pays tandis qu'elle-même ne pouvait s'y résoudre. Tous ont fini par récupérer leurs parents, la plupart ont émigré vers l'Allemagne, les États Unis ou l'Italie. Tous ressentent le mal du pays, obsédant. Par des allers et retours entre les époques, on suit les protagonistes sur une trentaine d'années, d'une révolution à l'autre. Les révolutionnaires des années 80 regardent avec curiosité et nostalgie la jeunesse de 2009 toute habillée de vert qui tente de faire évoluer la République d'Iran. Leurs enfants assistent avec envie et crainte aux bouleversements annoncés de la société iranienne, encouragés et favorisés par Internet et les réseaux sociaux. Tous sont définitivement marqués par ces années de répression terrible mais tous ont le même espoir de parvenir enfin à faire changer les choses. Un roman plein de délicatesse, qui montre le poids de la folie des hommes sur les destins de populations entière. Un hommage à la résistance, à tous ceux qui se battent pour la liberté. Et surtout, de la part de l'auteure, une formidable déclaration d'amour à son pays dont la culture, les richesses et la beauté ne sauraient être occultées par la barbarie et l'obscurantisme. Difficile d'oublier la fierté d'Amir, le courage d'Azar, la colère de Maryam ou le dévouement de Leïla, merveilleux ambassadeurs de ce message pour la paix et la liberté.
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À propos de : Traîne-Savane
Roman ou récit ? La frontière est mince et finalement, peu importe. L'auteur nous embarque dans son monde, celui d'un journaliste-écrivain-voyageur, amoureux de la forêt vierge et de l'Afrique. En puisant dans l'histoire, il nous invite à une exploration aussi poétique qu'instructive où se dessine le passé tourmenté du Congo, objet de convoitise des explorateurs et des colonisateurs. Mais il est surtout question d'amour, pour une femme autant que pour une terre, et d'une soif de découverte qui rassemble les curieux par-delà les siècles. Guillaume Jan alterne donc les chapitres, entre présent et passé, créant des liens entre deux histoires qui peuvent sembler éloignées, la sienne et celle de David Livingstone qui a foulé les mêmes terres plus d'un siècle et demi avant lui. Le récit des expéditions de Livingstone, que l'auteur compare à Don Quichotte est aussi rocambolesque que passionnant, renvoyant à une époque où s'affrontaient les grands explorateurs avides de renommée. Il réussit à nous toucher avec ce portrait d'un homme totalement obnubilé par sa quête au point de délaisser sa famille et de la laisser dans une terrible situation de dénuement, mais qui est visiblement rattrapé par un amour sincère pour cette terre qu'il parcourt et tente de cartographier malgré les fièvres, les maladies, les expéditions concurrentes et les intérêts divergents. Reste-t-il des explorateurs en 2015 ? "J'ai envie de voyager comme on a envie de faire l'amour" nous livre Guillaume, pour tenter d'expliquer la bougeotte qui lui a fait traverser les vastes étendues désertiques aux quatre coins de la planète. Jusqu'à la rencontre avec Belange, la jolie congolaise dont le souvenir le ramène dans la savane du Congo et le conduira jusqu'au mariage. Les pages consacrées à la femme qu'il aime sont étonnantes de fraîcheur, de sensualité et de poésie, presque une métaphore des sentiments qu'il porte à l'Afrique. Avec une belle puissance d'évocation, il parvient à camper les différences entre deux mondes que tout sépare mais qu'un rien peut rapprocher. Question d'écoute, de tolérance, de curiosité pour les différences. La réussite de ce livre est due à l'absence d'angélisme. On est loin de situations idylliques, l'auteur n'hésite pas à dépeindre la réalité des expéditions dans la forêt vierge ou la savane, les bestioles, l'absence de carte ou de GPS, les routes défoncées, les transports aléatoires... Mieux vaut avoir un ange gardien ou une Belange, qui connaît sur le bout des doigts les plantes qui soignent. Nul doute que Livingstone, épuisé par les maladies aurait apprécié d'avoir cette jeune femme à ses côtés. Pas d'angélisme donc. Et un panorama bien senti des différents maux qui se sont abattus sur le Congo, d'abord pillé pour ses richesses (traite des noirs, production du caoutchouc...), annexé et sur exploité par les Belges avant d'être achevé par l'un des pires dictateurs qu'ait produit le continent africain. J'ai passé un très bon moment en compagnie de ces deux explorateurs, j'ai appris plein de choses... Et j'aime bien refermer un livre avec le sentiment d'être un peu moins ignorante et peut-être un peu moins bête. Quand en plus la leçon est délivrée avec la manière, on ne peut que recommander la lecture de cet ouvrage qui vient juste d'être couronné par le Grand prix SGDL du roman.

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