COMPTE | Nathalie Bertrand

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Pour Antoine, le jour de la naissance de sa fille est aussi le plus sombre de sa vie, puisque Raphaëlle, son grand et bel Amour, décède lors de l’accouchement.

Désemparé, démuni, écrasé par un incommensurable chagrin, il va se plonger à corps perdu dans le travail, pour oublier le poids de sa douleur , pour oublier aussi l’existence de Lou, l’enfant qu’il ne parvient pas à aimer.

L’arrivée de Rose, une étudiante embauchée pour veiller sur le bébé, va adoucir peu à peu la noirceur du quotidien. La jeune fille parviendra à communiquer à cet homme blessé au plus profond de son coeur la joie de savourer les moments simples, ceux qui mènent à l’apaisement, à la sérénité, au bonheur. Elle sera le ciment qui liera un papa amputé d’amour et une enfant sans maman.

« Elle va devoir veiller sur le père et s’assurer qu’un jour il trouve le chemin du coeur de sa fille »

La mélancolie du kangourou est un roman qui fait du bien. Tout en douceur et délicatesse, il aborde le sujet douloureux du deuil, de la résilience, et de la monoparentalité masculine (ce qui est plutôt rare).

L’écriture de Laure Manel est lumineuse, solaire, tendre et emplie d’amour. J’ai immédiatement éprouvé une immense empathie pour la plupart des personnages (les autres ne la méritant pas). L’autrice a su se glisser dans la peau de chacun d’eux, rendant la lecture réellement plaisante. J’ai passé un très très agréable moment . La joie de vivre de Rose est communicative, et fait oublier la grisaille presqu'estivale.

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À propos de : Exils

Exils, c'est un recueil de quatorze textes. Mais c'est bien plus !

Quatorze auteurs, artistes, slameurs, ont uni leurs voix autour d'un thème qui n'est pas bien difficile à deviner, au regard du titre . Un sujet qui me tient particulièrement à coeur, pour des tas de raisons.

Le Livre de Poche et l'Unicef s'associent cette année encore, en faveur de l'éducation des enfants dans le Monde, en faveur surtout, à mon sens,de tous ces déracinés, ces amputés d'identité, ces humains comme vous et moi, ces oubliés de la Communauté Internationale.
Exils, ce sont ces mots, ces nouvelles bouleversantes qui mettent le lecteur face à une terrible réalité hélas trop souvent banalisée.

J'ai retrouvé des plumes qui me sont chères, j'en ai découvert d'autres, toujours avec cette boule au ventre, toujours avec cette infinie tristesse, cette immense consternation face au désastre humain dont le XXIe siècle se fait spectateur.
Exils, c'est au pluriel. Ce sont quatorze chemins, quatorze souffrances, quatorze vies, quatorze leçons de courage, quatorze phares dans la nuit.
La couverture, avec ce bateau de papier hautement symbolique est une réussite !

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À propos de : Elles

Que feriez-vous si, au pied de l’escalier, vous découvriez le corps sans vie de votre mari ? Que feriez-vous si , de surcroît, vous étiez persuadée que vous allez être accusée et passer par la case prison ?

A ces questions, Tanya Dubois, répond par un mot : Cavale…

La voici donc lancée dans un road trip palpitant, au cours duquel son passé va resurgir, par flashbacks interposés. On découvre que dans cette Tanya, il y en a beaucoup d’autres visages, d’autres identités. Pourquoi fuit-elle ? Que cache t’elle ?

Tout au long des routes, au fil des rencontres, et des dialogues, le voile se lève peu à peu. Percée à jour par Blue, l’une de ces rencontres, comment va-t-elle réagir ?

Elles c’est un peu de Thelma et Louise façon Lisa Lutz. Un parfum d’Amérique, de mystères, et une écriture qui laisse libre cours au champ de tous les possibles, voici ce que réserve ce thriller.

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À propos de : Summer

J’avais beaucoup, beaucoup entendu parler de Summer, roman de Monica Sabolo. Des avis très divergents, allant du meilleur au pire.

Il était donc temps que je me fasse ma propre opinion . Ce fut le cas grâce au Prix des Lecteurs du Livre de Poche, puisque j’ai la grande chance de faire partie du jury 2019, dans la catégorie « Littérature ».

Ne tournons pas autour du pot, j’ai eu beaucoup de mal avec cette histoire de mystérieuse disparition d’une splendide jeune fille lors d’un pique-nique familial.

Summer, c’est le prénom de l’héroïne, a alors dix-neuf ans. Elle est l’aînée des enfants d’une famille parfaite, dont on devine très vite les failles et les secrets.

Vingt-quatre ans plus tard , son jeune frère, toujours traumatisé et profondément dépressif, revient sur les lieux du drame.

Si le début pouvait laisser présager une intrigue intéressante, le soufflé est bien vite retombé.

J’ai eu l’impression de tourner en rond, et je n’ai pas réussi à entrer en empathie avec les personnages, élément essentiel à mes yeux pour qu’une lecture m’emporte. Essai non transformé , je suis passée totalement à côté du récit.

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À propos de : L'Amour, c'est

Un livre qui parle... d'amour !!
L'amour, c'est... 200 auteurs qui ont confié à Jack Koch leur vision de l'Amour. Ce sont des mots, de jolis mots et de splendides illustrations.
C'est une préface touchante signée Baptiste Beaulieu !
C'est la générosité, car, pour chaque livre vendu, deux euros sont reversés à l'association Le Rire Médecin, qui a pour vocation d'embellir le quotidien d'enfants hospitalisés.
L'amour, c'est... ce livre qu'il faut déposer au pied du sapin, parce que seul l'Amour et la Générosité sauveront le Monde !

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À propos de : Glaise

Ce qui se dégage d’abord de Glaise, et ce dès les premières pages, c’est cette atmosphère pesante, magistralement portée par Franck Bouysse. Ambiance de nuit, d’orage, de peur, de canons qui tonnent au loin.

Nous sommes en effet en 1914, dans le Cantal. Un endroit perdu dans un monde à la dérive. Des personnages vont évoluer dans un huis-clos où se mêlent silences, colère, effroi, et amour.

Victor part au front. Comme tous les hommes valides , il a été mobilisé.

« Victor ne réagit pas lorsqu’on l’appela « soldat » pour la première fois. Cette manière de les désigner frères, de les démembrer de leur passé, parut ruisseler sur lui. Ce ne fut qu’une fois l’uniforme revêtu qu'il prit véritablement conscience qu’on le volait à lui-même et à ceux qu’il aimait ».

Son fils Joseph, quinze ans et demi, va devoir s’occuper de la ferme, et porter le chagrin et l’angoisse de sa mère et de sa grand-mère, quittant une vie simple pour devenir déjà, sans doute trop tôt, un homme.

« …Maintenant que son père était parti, il prenait conscience qu’il allait devoir apprivoiser différemment l’univers amputé de la part tendre de l’enfance. Devenir un homme avant l’âge d’homme ».

Autour de lui, gravitent le vieux Léonard, voisin et ami, soutien de la famille, et la famille Valette. A la tête de celle-ci, trône le patriarche, brute épaisse, incarnation du Mal. Il a échappé à la mobilisation en raison d’une main qui ne répond plus.

Et puis, et puis, il y a les femmes. Car, selon moi, elles sont le ciment du roman : mères, épouses, elles ont toutes en commun, au-delà des haines, des rancoeurs, et des lourds secrets, ce poids qu’est le désespoir de voir partir un fils, un mari.

Il y a, dans cette obscurité enveloppante, l’Amour naissant.

Il y a la Terre.

Il y a la guerre. Lointaine.

Il y a cette ambiance oppressante, qui enserre, page après page, ces mots superbement posés.

Il y a l’écriture puissante, magnifique et magnétique , de Franck Bouysse.

Gros coup de cœur pour « Glaise » !

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À propos de : La Fin de la solitude

« Oui, mais l’antidote à la solitude, ce n’est pas chercher au hasard la compagnie de n’importe qui. L’antidote à la solitude, c’est sentiment de sécurité »

C’est étrange, les hasards de la vie, ces coïncidences, ces histoires qui se répètent…

Jules Moreau, quadragénaire, se réveille sur un lit d’hôpital, grièvement blessé après un accident de moto. C’est l’occasion pour lui de revenir sur des pans de son passé. Un hier où mort et solitude sont intimement liées, cause et conséquence unies par le destin.

La mort de ses parents, tout d’abord, alors qu’il n’était qu’un enfant. Premier séisme. Cataclysme engendrant la séparation d’avec son frère Marty et sa sœur Liz. En effet, la fratrie est placée dans un même internat, mais dans des bâtiments différents. La solitude s’installe alors, insidieusement, et sera présente tout au long des pages de ce magnifique roman de Benedict Wells (son quatrième). Une solitude que viendra briser une amitié au doux parfum amoureux, avec Alva, pensionnaire comme Jules.

Il faut croire toutefois que la solitude est plus forte que tout, plus écrasante que l’amour, que l’amitié, que la fraternité, car elle reviendra sans cesse, marquant au fer rouge le cœur de Jules.

De cette fratrie défaite, il subsistera le goût amer d’une enfance laminée, de souvenirs rangés dans des albums photos, des cicatrices à l’âme que chacun des trois tentera de suturer à sa façon.

De cet amour inavoué, ou avoué trop tard, il restera des regrets, et une fuite éperdue.

La fin de la solitude est un splendide roman d’amour, au sens large du terme. Enfin, c’est ainsi que je l’ai ressenti. D’amour et de nostalgie. C’est un récit qui interroge en écho sur la force de la résilience , le nécessaire « travail » de deuil qui l’accompagne (je mets des guillemets parce que le deuil est tout pour moi sauf un travail, et l’accepter relève de l’accomplissement personnel). C’est une histoire sur la peur intime d’aimer, d’être aimé. Sur le spectre de l’abandon. Est-il alors préférable de choisir la solitude ? A moins que ce ne soit elle qui ne nous choisisse ? A partir de quand est-il trop tard ?

Je vous avoue que ce roman m’a beaucoup, beaucoup touchée. J’ai retrouvé un peu de moi dans chacun des personnages, dans chacune de leurs blessures et de leurs angoisses. Le style est magistral, et on se laisse porter, emporter, avec juste l’envie de serrer Jules, Liz, Marty, et Alva très fort contre son cœur.

" ... Tu te projettes toujours dans une autres vie. ..Il faut que tu oublies le passé une fois pour toutes. Tu n'es pas responsable de la mort de ton enfance, ni de la mort de nos parents. Mais tu es responsable de leur emprise. C'est toi seul qui mènes ta vie. Et si tu t'entêtes à faire toujours la même chose, alors, tu récolteras toujours la même chose".

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À propos de : Famille parfaite

C’est avec Famille parfaite que je suis entrée dans l’univers de Lisa Gardner, que j’avoue (un peu piteusement) n’avoir donc pas connu jusque là. Pour tout dire, je ne suis pas une grande amatrice de polars ou thrillers, mais là, je reconnais avoir été séduite par l’histoire, le rythme soutenu, et la plume addictive de l’autrice.
Tout commence doucereusement lorsque nous pénétrons dans l’intimité d’une famille américaine lambda, enfin, un brin plus que lambda. LA famille parfaite. Digne de passer dans un show télévisé, tout droit sortie d’un magazine « so glam’ ». Les Denbe sont les parfaits représentants de l’american way of life, , les représentants d’une peinture sociétale idéale… Jusqu’au jour où l’armure se fissure, suite à un kidnapping. Les secrets de famille éclatent alors au grand jour.
S’installe alors un suspense haletant, qui va nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page, jusqu’à la dernière ligne.
L’emploi du présent de l’indicatif rend la narration plus oppressante encore et, alors que l’intrigue évolue (non, non , je ne spoilerai rien !) , que se dévoilent le choses cachées sous les tapis, que les personnages apparaissent sous leur vrai visage, Lisa Gardner réussit le tour de force de délier peu à peu l’écheveau, ce qui, à mon sens, est une réussite absolue.
C’est donc pour moi une belle performance et une délicieuse découverte de l’univers de cette autrice.

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À propos de : Roland est mort

Roland est mort. Dans une indifférence totale, ce fan de Mireille Mathieu, ce bon voisin si discret, si bien comme il faut, si seul, a rendu l’âme la tête dans la gamelle du chien, sans que personne ne s’en rende compte. Seul. Seul à en crever, c'est le cas de le dire.

Roland est mort. Cette phrase de trois mots revient au début de chaque chapitre , comme pour mettre en opposition sa disparition et sa présence constante tout au long du roman.

Il était un « mystère », Roland.

« Personne ne peut témoigner de sa présence sur terre. Le barman ne l’a jamais vu passer boire un petit coup… Aucun enfant du quartier ne l’a surnommé Papi Ballon ou Papi Pigeon ou Papi Bonbon. On ne surnommait pas Roland. On ne le nommait pas tout court ».

Roland est mort depuis quelques jours, s’en afflige la voisine. C’est triste mais tout le monde s’en fiche. Il ne comptait pour personne de son vivant , alors pensez-donc une fois mort !

Que faire dès lors du caniche, Mireille (bah oui , forcément !) , et des cendres de Roland ? C’est tout étonné que le voisin, un ours solitaire , le genre de type chez qui personne ne va, qui ne voit personne, se retrouve « héritier » du chien et de l’urne, car Roland a fini en cendres. Ledit voisin va tenter par tous les moyens de se débarrasser du package, du chien qui pue, et de l’urne moche, mais … personne n’en veut . Alors… Peu à peu, un lien va se créer… De fil en aiguille, ces deux anonymes, ces ombres, vont prendre vie et visibilité.

Nicolas Robin dénonce ici le drame de la solitude. Celle qui est subie et non choisie. Celle qui frappe dans les grandes villes . Celle qui fait les gros titres de temps à autre. Tous ces « Roland », ces invisibles, ces sans identité , ces tous seuls avec leur chien, leur chat, leur poisson rouge, et la photo de Mireille Mathieu sur le mur.

J’ai alterné entre rire et larmes. C’est drôle, c’est touchant. C’est grinçant, et caustique juste ce qu’il faut. C’est empli de cette empathie qui fait du bien et c’est bourré d’humour et de tendresse et d’espoir.

Roland est mort est une jolie lecture, et ce au-delà de la plume, belle et profondément humaine.

« Il faut que je me lance. J’inspire. La vie est belle. J’aime la vie ».

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À propos de : La tresse

Un roman passionnant, émouvant, et criant de réalisme. Trois portraits de femmes, trois chemins de vie , trois histoires, trois brins qui vont s'entrelacer pour notre plus grand bonheur.
La Tresse est aussi une dénonciation de la condition féminine dans certains pays, c'est un cri nécessaire, auquel il est impossible de rester insensible !

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Portrait de Nathalie Bertrand