COMPTE | Nathalie Bertrand

1
À propos de : Summer

J’avais beaucoup, beaucoup entendu parler de Summer, roman de Monica Sabolo. Des avis très divergents, allant du meilleur au pire.

Il était donc temps que je me fasse ma propre opinion . Ce fut le cas grâce au Prix des Lecteurs du Livre de Poche, puisque j’ai la grande chance de faire partie du jury 2019, dans la catégorie « Littérature ».

Ne tournons pas autour du pot, j’ai eu beaucoup de mal avec cette histoire de mystérieuse disparition d’une splendide jeune fille lors d’un pique-nique familial.

Summer, c’est le prénom de l’héroïne, a alors dix-neuf ans. Elle est l’aînée des enfants d’une famille parfaite, dont on devine très vite les failles et les secrets.

Vingt-quatre ans plus tard , son jeune frère, toujours traumatisé et profondément dépressif, revient sur les lieux du drame.

Si le début pouvait laisser présager une intrigue intéressante, le soufflé est bien vite retombé.

J’ai eu l’impression de tourner en rond, et je n’ai pas réussi à entrer en empathie avec les personnages, élément essentiel à mes yeux pour qu’une lecture m’emporte. Essai non transformé , je suis passée totalement à côté du récit.

5
À propos de : L'Amour, c'est

Un livre qui parle... d'amour !!
L'amour, c'est... 200 auteurs qui ont confié à Jack Koch leur vision de l'Amour. Ce sont des mots, de jolis mots et de splendides illustrations.
C'est une préface touchante signée Baptiste Beaulieu !
C'est la générosité, car, pour chaque livre vendu, deux euros sont reversés à l'association Le Rire Médecin, qui a pour vocation d'embellir le quotidien d'enfants hospitalisés.
L'amour, c'est... ce livre qu'il faut déposer au pied du sapin, parce que seul l'Amour et la Générosité sauveront le Monde !

5
À propos de : Glaise

Ce qui se dégage d’abord de Glaise, et ce dès les premières pages, c’est cette atmosphère pesante, magistralement portée par Franck Bouysse. Ambiance de nuit, d’orage, de peur, de canons qui tonnent au loin.

Nous sommes en effet en 1914, dans le Cantal. Un endroit perdu dans un monde à la dérive. Des personnages vont évoluer dans un huis-clos où se mêlent silences, colère, effroi, et amour.

Victor part au front. Comme tous les hommes valides , il a été mobilisé.

« Victor ne réagit pas lorsqu’on l’appela « soldat » pour la première fois. Cette manière de les désigner frères, de les démembrer de leur passé, parut ruisseler sur lui. Ce ne fut qu’une fois l’uniforme revêtu qu'il prit véritablement conscience qu’on le volait à lui-même et à ceux qu’il aimait ».

Son fils Joseph, quinze ans et demi, va devoir s’occuper de la ferme, et porter le chagrin et l’angoisse de sa mère et de sa grand-mère, quittant une vie simple pour devenir déjà, sans doute trop tôt, un homme.

« …Maintenant que son père était parti, il prenait conscience qu’il allait devoir apprivoiser différemment l’univers amputé de la part tendre de l’enfance. Devenir un homme avant l’âge d’homme ».

Autour de lui, gravitent le vieux Léonard, voisin et ami, soutien de la famille, et la famille Valette. A la tête de celle-ci, trône le patriarche, brute épaisse, incarnation du Mal. Il a échappé à la mobilisation en raison d’une main qui ne répond plus.

Et puis, et puis, il y a les femmes. Car, selon moi, elles sont le ciment du roman : mères, épouses, elles ont toutes en commun, au-delà des haines, des rancoeurs, et des lourds secrets, ce poids qu’est le désespoir de voir partir un fils, un mari.

Il y a, dans cette obscurité enveloppante, l’Amour naissant.

Il y a la Terre.

Il y a la guerre. Lointaine.

Il y a cette ambiance oppressante, qui enserre, page après page, ces mots superbement posés.

Il y a l’écriture puissante, magnifique et magnétique , de Franck Bouysse.

Gros coup de cœur pour « Glaise » !

5
À propos de : La Fin de la solitude

« Oui, mais l’antidote à la solitude, ce n’est pas chercher au hasard la compagnie de n’importe qui. L’antidote à la solitude, c’est sentiment de sécurité »

C’est étrange, les hasards de la vie, ces coïncidences, ces histoires qui se répètent…

Jules Moreau, quadragénaire, se réveille sur un lit d’hôpital, grièvement blessé après un accident de moto. C’est l’occasion pour lui de revenir sur des pans de son passé. Un hier où mort et solitude sont intimement liées, cause et conséquence unies par le destin.

La mort de ses parents, tout d’abord, alors qu’il n’était qu’un enfant. Premier séisme. Cataclysme engendrant la séparation d’avec son frère Marty et sa sœur Liz. En effet, la fratrie est placée dans un même internat, mais dans des bâtiments différents. La solitude s’installe alors, insidieusement, et sera présente tout au long des pages de ce magnifique roman de Benedict Wells (son quatrième). Une solitude que viendra briser une amitié au doux parfum amoureux, avec Alva, pensionnaire comme Jules.

Il faut croire toutefois que la solitude est plus forte que tout, plus écrasante que l’amour, que l’amitié, que la fraternité, car elle reviendra sans cesse, marquant au fer rouge le cœur de Jules.

De cette fratrie défaite, il subsistera le goût amer d’une enfance laminée, de souvenirs rangés dans des albums photos, des cicatrices à l’âme que chacun des trois tentera de suturer à sa façon.

De cet amour inavoué, ou avoué trop tard, il restera des regrets, et une fuite éperdue.

La fin de la solitude est un splendide roman d’amour, au sens large du terme. Enfin, c’est ainsi que je l’ai ressenti. D’amour et de nostalgie. C’est un récit qui interroge en écho sur la force de la résilience , le nécessaire « travail » de deuil qui l’accompagne (je mets des guillemets parce que le deuil est tout pour moi sauf un travail, et l’accepter relève de l’accomplissement personnel). C’est une histoire sur la peur intime d’aimer, d’être aimé. Sur le spectre de l’abandon. Est-il alors préférable de choisir la solitude ? A moins que ce ne soit elle qui ne nous choisisse ? A partir de quand est-il trop tard ?

Je vous avoue que ce roman m’a beaucoup, beaucoup touchée. J’ai retrouvé un peu de moi dans chacun des personnages, dans chacune de leurs blessures et de leurs angoisses. Le style est magistral, et on se laisse porter, emporter, avec juste l’envie de serrer Jules, Liz, Marty, et Alva très fort contre son cœur.

" ... Tu te projettes toujours dans une autres vie. ..Il faut que tu oublies le passé une fois pour toutes. Tu n'es pas responsable de la mort de ton enfance, ni de la mort de nos parents. Mais tu es responsable de leur emprise. C'est toi seul qui mènes ta vie. Et si tu t'entêtes à faire toujours la même chose, alors, tu récolteras toujours la même chose".

5
À propos de : Famille parfaite

C’est avec Famille parfaite que je suis entrée dans l’univers de Lisa Gardner, que j’avoue (un peu piteusement) n’avoir donc pas connu jusque là. Pour tout dire, je ne suis pas une grande amatrice de polars ou thrillers, mais là, je reconnais avoir été séduite par l’histoire, le rythme soutenu, et la plume addictive de l’autrice.
Tout commence doucereusement lorsque nous pénétrons dans l’intimité d’une famille américaine lambda, enfin, un brin plus que lambda. LA famille parfaite. Digne de passer dans un show télévisé, tout droit sortie d’un magazine « so glam’ ». Les Denbe sont les parfaits représentants de l’american way of life, , les représentants d’une peinture sociétale idéale… Jusqu’au jour où l’armure se fissure, suite à un kidnapping. Les secrets de famille éclatent alors au grand jour.
S’installe alors un suspense haletant, qui va nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page, jusqu’à la dernière ligne.
L’emploi du présent de l’indicatif rend la narration plus oppressante encore et, alors que l’intrigue évolue (non, non , je ne spoilerai rien !) , que se dévoilent le choses cachées sous les tapis, que les personnages apparaissent sous leur vrai visage, Lisa Gardner réussit le tour de force de délier peu à peu l’écheveau, ce qui, à mon sens, est une réussite absolue.
C’est donc pour moi une belle performance et une délicieuse découverte de l’univers de cette autrice.

5
À propos de : Roland est mort

Roland est mort. Dans une indifférence totale, ce fan de Mireille Mathieu, ce bon voisin si discret, si bien comme il faut, si seul, a rendu l’âme la tête dans la gamelle du chien, sans que personne ne s’en rende compte. Seul. Seul à en crever, c'est le cas de le dire.

Roland est mort. Cette phrase de trois mots revient au début de chaque chapitre , comme pour mettre en opposition sa disparition et sa présence constante tout au long du roman.

Il était un « mystère », Roland.

« Personne ne peut témoigner de sa présence sur terre. Le barman ne l’a jamais vu passer boire un petit coup… Aucun enfant du quartier ne l’a surnommé Papi Ballon ou Papi Pigeon ou Papi Bonbon. On ne surnommait pas Roland. On ne le nommait pas tout court ».

Roland est mort depuis quelques jours, s’en afflige la voisine. C’est triste mais tout le monde s’en fiche. Il ne comptait pour personne de son vivant , alors pensez-donc une fois mort !

Que faire dès lors du caniche, Mireille (bah oui , forcément !) , et des cendres de Roland ? C’est tout étonné que le voisin, un ours solitaire , le genre de type chez qui personne ne va, qui ne voit personne, se retrouve « héritier » du chien et de l’urne, car Roland a fini en cendres. Ledit voisin va tenter par tous les moyens de se débarrasser du package, du chien qui pue, et de l’urne moche, mais … personne n’en veut . Alors… Peu à peu, un lien va se créer… De fil en aiguille, ces deux anonymes, ces ombres, vont prendre vie et visibilité.

Nicolas Robin dénonce ici le drame de la solitude. Celle qui est subie et non choisie. Celle qui frappe dans les grandes villes . Celle qui fait les gros titres de temps à autre. Tous ces « Roland », ces invisibles, ces sans identité , ces tous seuls avec leur chien, leur chat, leur poisson rouge, et la photo de Mireille Mathieu sur le mur.

J’ai alterné entre rire et larmes. C’est drôle, c’est touchant. C’est grinçant, et caustique juste ce qu’il faut. C’est empli de cette empathie qui fait du bien et c’est bourré d’humour et de tendresse et d’espoir.

Roland est mort est une jolie lecture, et ce au-delà de la plume, belle et profondément humaine.

« Il faut que je me lance. J’inspire. La vie est belle. J’aime la vie ».

5
À propos de : La tresse

Un roman passionnant, émouvant, et criant de réalisme. Trois portraits de femmes, trois chemins de vie , trois histoires, trois brins qui vont s'entrelacer pour notre plus grand bonheur.
La Tresse est aussi une dénonciation de la condition féminine dans certains pays, c'est un cri nécessaire, auquel il est impossible de rester insensible !

5
À propos de : Comme d'habitude

« Lorsque tu n’y arrives plus avec nous, que c’est trop difficile, incompréhensible, retourne dans ta citadelle pour y reprendre des forces, barricade-toi le temps nécessaire, mais reviens parmi nous. Rapproche toi des bienveillants. Fuis les autres. Cela ne devrait pas être trop compliqué pour toi, qui détectes comme personne la moquerie ou le mépris dont tu peux être l’objet. Ne te laisse pas faire, bats-toi, fais entendre ta voix ».

C’est à l’âge de quatre ans et demi que le diagnostic de troubles du spectre autistique tombe pour Antoine, le fils de Cécile Pivot, autrice de ce livre-lettre-témoignage-document. Quatre ans et demi de questions sans autre réponse que des flous non artistiques de la part des médecins … Quatre ans et demi à côtoyer l’autisme sans qu’il soit pour autant authentifié , à lutter contre un ennemi invisible, et pourtant pressenti depuis longtemps.

Cécile Pivot décrit le quotidien, le parcours chaotique depuis la naissance, la souffrance, les cris, les innombrables courses aux urgences, le désespoir, la fatigue, le découragement et la culpabilité. Elle raconte l’incompréhension d’autrui (non, tous les autistes ne sont pas Rain Man), sa propre incompréhension. Elle dit avec ses mots à elle les mois, les années qui passent, le naufrage de son couple, la difficulté éprouvée par ses sœurs à trouver une place au sein de la famille, elle dit la lutte constante qui est la sienne. Elle dit cet enfant, celui qui ne grandit pas comme les autres, qui se cogne à la vie, avec toutes les normes qu’il ne comprend pas, ses multiples rituels. Elle dit ses moments de colère, ceux où elle n’arrive plus à l’aimer.

« J’en ai assez de tes questions qui sont toujours les mêmes, de te voir manger depuis quinze ans les mêmes gâteaux, à la même heure… de tes obsessions…de ton pouvoir de résistance. »

Elle dit l’amour qu’elle lui porte. Cet Amour indéfectible. Au-delà des mots. 22 ans d’Amour.

Elle raconte aussi toutes ces petites victoires , ces pas vers l’autonomie. Elle lui écrit une lettre… qu’il ne lira jamais !

Ce récit m’a touchée car l’autisme, je le côtoie professionnellement. La détresse des familles aussi. Celle des enfants plus encore. On n’imagine pas leur souffrance, leur isolement, leur douleur. Je rejoins Cécile Pivot lorsqu’elle évoque les manquements et les carences du système scolaire français, lorsqu’elle pointe du doigt le parcours du combattant qu’est la pseudo-inclusion de ces enfants . Il faut le savoir, le dire, et le redire, 80% des enfants autistes français ne sont pas scolarisés.

5
À propos de : La Désobéissance

La désobéissance, c’est elle de Ronit Krushka, jeune femme libre et libérée qui a choisi de quitter famille et communauté religieuse pour fuir un carcan moral qui l’étouffait. Elle veut être elle-même, choisir sa vie, sa sexualité, ses amours, sans céder à une pression quelconque. Pour cela elle a mis un océan entre elle-même et les siens.

Dix ans après son départ, elle est rappelée par sa famille, à l’occasion des obsèques de son père, un Rav honoré. Ronit est en effet issue du milieu londonien juif orthodoxe.

A cette occasion, elle retrouve ses deux amis d’adolescence : Esti et Dovid. Eux ont choisi (peut-être pas vraiment d’ailleurs) de se soumettre, d’obéir, et de suivre la loi et le chemin tracés pour eux par des traditions pesantes. L’une a renié sa bisexualité (abjection absolue !), l’autre est devenu rabbin, plus par obligation que par décision personnelle. Il n’a d’ailleurs pas les « épaules » pour cette charge, qui le plie, le ploie, l’oppresse. Dovid a épousé Esti, comme il se doit. Tous deux se conforment aux normes et aux lois dans lesquelles ils baignent.

Le retour de Ronit sera un détonateur, elle fera exploser cette fausse tranquillité, et dès lors, plus rien ne pourra être comme avant.

« J’ai pensé aux choix que j’avais fini par faire, conformes à mes convictions. Qu’il est préférable de dire les choses plutôt que de les taire. Que je n’ai pas à avoir honte de quoi que ce soit. Que ceux qui mènent une existence étriquée n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes s’ils sont choqués… Ce ne sont pas des gens méchants, ni cruels, ni déplaisants, ni malveillants. Ils ne méritaient pas que je perturbe leur shabat. Ni que je leur balance ma vie en pleine figure. J’avais eu tort, en faisant cela. Et si je ne l’avais pas fait ? J’aurais eu tort aussi ».

Avec humour et une délectable pointe de cynisme, Naomi Alderman (elle-même fille de rabbin) fait la critique de ce milieu où le paraître prime sur l’être, où le silence devient omerta, où la rigueur dépasse parfois la raison. Pour autant, elle ne cloue pas le judaïsme au pilori. En cela, le personnage de Romit démontre bien que même si elle ne se plie pas aux règles de la Torah, elle n’en demeure pas moins juive.

« Elle a fini par comprendre qu’au sein d’un espace infime et subtil, le bon sens et l’intégrisme religieux se croisent… »

La désobéissance est un premier roman passionnant (bien plus que le film, paraît-il, mais je ne l’ai pas vu), car il mêle aux réflexions profondes les difficiles interactions entre principes religieux et vie moderne.

L’écriture est un régal , elle est légère et va néanmoins au plus profond, au plus incisif du thème abordé. Sans contour ni détour. C’est drôle à souhait et nullement hermétique.

La question de fond : peut-on se libérer totalement de son éducation, de son milieu, de tout ce qui nous a construit, sans provoquer un séisme, tant personnel que familial, voire plus, débouche forcément sur des interrogations personnelles.

J’ai aimé l’histoire de cette femme, j’ai aimé en apprendre un peu plus sur ces mystérieux codes dont je savais bien peu de choses.

3
La maison des embruns, c’est l’histoire de Mary , une vieille dame malade, qui décide de revenir sur les terres où elle fut heureuse, quand elle était l’épouse du gardien du phare. C’’est aussi l’histoire d’une Terre, d’une île, d’un secret, d’une famille. C’est la mer, c’est le vent, c’est la nature décrite avec un talent magistral. C’est aussi un patchwork de souvenirs cousus main, ciselés façon haute couture. On ne sait qui est le plus perdu , Mary ou Tom, son fils. On tâtonne, on palpite, on s’interroge dès les premières pages : que contient donc cette mystérieuse enveloppe remise par un non moins mystérieux vieil homme ? On est emporté par les vagues démontées, le vent qui hurle, les souvenirs qui refluent. On se laisse porter jusqu’à la dernière page de ce roman aussi touchant que sublime.

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Portrait de Nathalie Bertrand