COMPTE | NicBRC

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Mon vote final va à "Toute la lumière que nous ne pouvons voir" , c'est celui qui pour moi a le plus de coffre, le plus de résonance. A l'issue de ces mois de lecture, il reste... C’est un excellent roman qui m’a à la fois captivée et touchée. Une fresque ambitieuse qui couvre les quatre ans de cauchemar de l’occupation allemande, sans jamais perdre le fil ténu (et sonore) de l’espoir. On suit en alternance le destin de deux adolescents pris dans la tourmente : l’une est française, l’autre allemand. Ils finiront par se croiser à Saint Malo, en 44, en plein chaos… Elle est aveugle et ne perçoit du monde que ses odeurs, ses sons, ses contours (quelle belle vision de la cécité !) Lui est un surdoué, un petit génie scientifique repéré par les Nazis qui tenteront de le dresser pour l’employer à traquer la Résistance et ses communications radiophoniques. C’est bien par les sens que se lit ce roman. Sa composition est pleine de virtuosité : les chapitres très courts, très denses se succèdent rapidement, comme autant de facettes d’un kaléidoscope géant subtilement agencé. Mais ce livre est surtout remarquable pour son humanité.
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Ce roman commence comme un récit merveilleux, digne des contes des Mille et une nuits. On suit la généalogie, la naissance et le destin hors du commun de deux enfants, frère et sœur de lait. L’un est juif, l’autre musulmane et, dans l’Egypte du début du XXème siécle, où ces deux communautés se côtoient, la domination anglaise bat son plein. Zohar, l’enfant des rues, surdoué, et Masreya, l’artiste envoutante, accomplissent leur destin d’exception, en brisant les tabous. A travers leur parcours initiatique, le lecteur découvre le poids des traditions, des croyances séculaires, mais aussi la subversion, nécessaire pour survivre. Tobie Nathan nous conte ces aventures familiales, amoureuses et politiques dans une langue colorée, chatoyante et fleuri, souvent avec humour. Ce roman est un véritable voyage dans le temps et une plongée dans l’histoire de l’Egypte des années 20 à l’après- guerre, puisque fiction et réalité se mêlent étroitement : on en finit avec la menace nazi, on s’approche de très près du fantasque roi Fouad, on suit les débuts du brillant Anouar el Sadate. Puis se dessinent les prémices de la lutte anticoloniale et le combat pour l’indépendance, en même temps que la montée en puissance d’une forme de fondamentalisme religieux. C’est un livre riche, foisonnant, sensuel qui peint avec fantaisie les remous de l’Histoire.
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À propos de : Une vie d'emprunt
Comment perpétuer la mémoire des siens dans un but lucratif? C'est le défi que devra relever Slava, jeune journaliste new yorkais, issu d'une famille juive émigrée d'Ouzbékistan. Ce récit à la fois caustique et tendre pose la question de la filiation, de l'héritage et du pouvoir des mots face à l'Histoire. Car il s'agit bien de charger les jeunes générations de tenter de réparer l'irréparable, ou tout au moins d'obtenir réparation face au traumatisme du génocide juif. Slava va devenir celui qui raconte les histoires vécues par ce peuple sacrifié, mais en évitant de faire de "jolies phrases" car, comme l'affirme Israël, l'un de ses commanditaires: "Les jolies phrases, c'est comme une jolie femme qui ne sait pas faire la cuisine. Ce n'est pas notre histoire. Oublie un peu que tu es toi". Ce livre porte un regard émouvant et drôle sur ces enfants d'émigrés, ceux de la troisième génération qui, tout en étant parfaitement intégrés, ne perdent jamais leur attachement aux origines. Un beau récit sur le choc des cultures, quand l'âme slave aborde les rivages de l'Amérique.
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À propos de : Ruby
Ce roman nous fait découvrir l’Amérique des deshérités. C’est un voyage au bout de la nuit qui nous conte l’histoire de deux personnages Rudy et Ephram, innocents chacun à leur façon, cherchant à survivre dans un monde brutal. L’écriture effroyablement réaliste est lyrique, incantatoire parfois, poétique, toujours. La quête d’Ephram pour sauver Ruby est émouvante. De Charybde en Scylla, les personnages trouvent néanmoins une forme de salut.
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À propos de : City on Fire
Voici un livre somme dans lequel on se plonge, comme on plonge au cœur d’une époque et d’une ville : New York dans les seventies. L’intrigue s’articule autour de la tentative d’assassinat d’une jeune fille dans Central Park mais elle ne se limite pas, loin de là, à cette énigme policière. L’auteur nous balade d’un personnage à l’autre, d’une famille à l’autre, d’un milieu à l’autre. De l’underground où naît le mouvement punk avec ses musiciens et artistes, au sommet des gratte-ciel où se déchirent les Hamilton-Sweeney au cœur de leur empire surpuissant, des dominés aux dominants, des intellectuels noirs, gays, au petit peuple d’Ellis Island, tout le spectre des communautés de la société new yorkaise est représenté. On prend ainsi littéralement le pouls de la cité en vivant les événements. Ce roman est composite mais si habilement construit que l’on se laisse conduire inexorablement jusqu’au blackout du 13 juillet 1977 qui plongea la ville de New York dans la noire métaphore du chaos. On est captivé par ce roman opulent qui nous laisse pantois, nous donne un aperçu de l’Histoire, nous livre un récit de voyage et nous administre un one shot monumental.
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À propos de : Encore
Dans un contexte d’une brûlante et terrible actualité, celui du marché des réfugiés clandestins, Hakan Günday donne la parole au fils d’un passeur sans foi ni loi qui ne recule devant rien pour son petit trafic. Il faut avoir le cœur bien accroché pour suivre le parcours de cet enfant dont l’innocence est bafouée, sacrifiée sur l’autel du profit né de la détresse humaine. Enfant passeur, ce Robinson rêve d’une île déserte mais ne sera qu’un marchand d’esclaves qui fera mourir son Vendredi. « On est puceau de l’horreur comme on l’est de la volupté », dit Céline. La parenté de Hakan Günday avec l’auteur de Voyage au bout de la nuit ne fait pas de doute et, comme Bardamu, Gazâ perd sa virginité bien tôt. Et avec elle ses chances d’échapper à un cauchemar sans nom dans lequel il se vautre avec un tel cynisme qu’il en dépasse son maître ! Le lecteur est pris avec lui dans cette spirale de l’enfermement, au gré d’une écriture serrée , âpre, sans fioritures, sans échappatoire… Récit d’aventures viciées, où les débris d’humanité s’entassent au sens propre comme au figuré. Hakan Günday, proche aussi de Hannah Arendt, soulève, parfois jusqu’à la nausée, la question du mal inhérent à l’homme et nous interroge sur le sens de la responsabilité. Il pousse son lecteur jusqu’à ses derniers retranchements. Si ce n’est pas une lecture plaisir, c’est un livre utile, nécessaire et riche. Nous allons jusqu’au bout pour savoir s’il reste encore un semblant d’humanité, et il se pourrait qu’il en reste.
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C’est un excellent roman qui m’a à la fois captivée et touchée. Une fresque ambitieuse qui couvre les quatre ans de cauchemar de l’occupation allemande, sans jamais perdre le fil ténu (et sonore) de l’espoir. On suit en alternance le destin de deux adolescents pris dans la tourmente : l’une est française, l’autre allemand. Ils finiront par se croiser à Saint Malo, en 44, en plein chaos… Elle est aveugle et ne perçoit du monde que ses odeurs, ses sons, ses contours (quelle belle vision de la cécité !) Lui est un surdoué, un petit génie scientifique repéré par les Nazis qui tenteront de le dresser pour l’employer à traquer la Résistance et ses communications radiophoniques. C’est bien par les sens que se lit ce roman. Sa composition est pleine de virtuosité : les chapitres très courts, très denses se succèdent rapidement, comme autant de facettes d’un kaléidoscope géant subtilement agencé. Mais ce livre est surtout remarquable pour son humanité.
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Un atout majeur : le style dépouillé, percutant et incisif, et la construction remarquable du personnage narrateur, rendent ce roman très prenant. Le héros n’a pas de prénom (contrairement à sa machine à écrire et à l’envahissant « Jeff »). A Labat, sous la protection bienveillante de mémé qui l’a adopté, et guidé par une « sorcière » digne d’un conte de fées, il découvre la littérature à laquelle il semble avoir été voué dès son berceau. Il devient alors à la fois l’auteur qui se regarde écrire et un héros de roman : mise en abyme réussie. Son parcours nous conduit de Labat, village pyrénéen, à Paris et, comme autant d’échos au personnage, défilent, dans l’esprit du lecteur, les héros familiers de la littérature romanesque du XIXème siècle, (à piocher du côté de Flaubert, Balzac , Maupassant, Stendhal…). C’est un roman d’initiation dans les règles de l’art : amours contrariées, quête de l’identité, affres de la création, illusions perdues… Mais à cela s’ajoute la folie. La violence assumée, parfois gore, à la limite du mauvais goût, affleure à chaque page. La caricature des écrivains contemporains, parfois outrancière, touche au règlement de comptes et, en cela, manque un peu son but. Quelques figures sont reconnaissables, ce qui fait retomber un peu platement dans le roman à clés. Mais la mise en scène de ce personnage double, à la fois cynique et fragile, émeut, et les maladresses sont excusées par la promesse tenue : celle du talent d’un écrivain dont on a envie de suivre la trace, (contrairement à celle de ses gastéropodes !)

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