COMPTE | olivia.cheucle

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À propos de : HHhH

Reinhard(t) Heydrich, le père de la Solution finale. Un homme à abattre sans aucun doute, alors même que son grand projet pour l’extermination des juifs reste encore inconnu. Sombre portrait de l’efficacité bureaucratique nazie pour le gouvernement tchèque en asile : l’opération « Anthropoïde » n’aurait pu rêver cible plus symbolique. Maintenant, à Jozef Gabčík et Jan Kubiš d’entrer en scène. Vont-il réussir à mener à bien leur mission? Vont-ils y survivre? Et plus inquiétant encore : l’auteur va-t-il arriver à reconstituer les faits?

Parce que oui, c’est un roman qui n’en est pas un. Plus que le récit de l’attentat contre Heydrich, HHhH est l’histoire de Laurent Binet écrivant un livre sur l’attentat contre Heydrich : l’histoire d’un écrivain à l’imagination fertile bataillant avec la vérité historique et l’art du roman, l’histoire d’un écrivain obnubilé par les faits et peu désireux d’arriver au terme de son récit. Il ne veut pas arriver au bout de sa quête sur « Anthropoïde », et c’est bien compréhensible. De nombreuses zones d’ombre demeurent encore lorsqu’il s’agit de cette mission suicide, et Laurent Binet les dévoile, sans essayer de masquer ses lacunes à coups de scènes imaginaires potentiellement véridiques ; il assume ses approximations, ses inexactitudes et ses erreurs, il les corrige au gré de ses (nombreux) chapitres.

HHhH, c’est l’Histoire, vue et étudiée par Laurent Binet. Le narrateur, extérieur à l’histoire, moitié romancier, moitié historien, et définitivement animé de sentiments très humains, nous donne son avis sur cet épisode, sur tous les épisodes qu’il raconte, avec ironie, second degré et parfois, sarcasme. Il se nourrit d’anecdotes diverses pour glisser dans son récit des traits d’esprit, destinés à nous faire réfléchir. Il tourne en ridicule les pontes du IIIème Reich en les mettant face à leurs propres contradictions certes, mais toujours en faisant valoir le danger que ces hommes représentaient à l’époque, ironie d’autant plus grande que les apparences ne faisaient que les desservir.

A peine un siècle après l’épisode, Laurent Binet rend ici un bel hommage à ceux qui se sont battus, qui ont résisté lors de la Seconde Guerre mondiale à l’envahisseur allemand. Il n’hésite pas à blâmer ceux qui, au contraire, ont préféré collaborer ou détourner les yeux. Sa documentation impressionnante lui permet d’ancrer dans les esprits les dates, les chiffres, les évènements. Son ton direct, prenant à parti le lecteur heurte le petit personnage du XXIème siècle que nous sommes, bien caché derrière les pages d’un livre, au fond de son canapé. Et vous, auriez-vous résisté ? Auriez-vous vu l’abominable réalité du gouvernement national-socialiste allemand?

Si l’auteur se débat tout au long de son livre entre faits et imaginaire, il arrive finalement à trouver le juste équilibre, suffisamment romancé pour nous faire adhérer à l’histoire et suffisamment objectif pour garder un véracité historique indéniable. Le ton ironique de l’auteur a fait de cette lecture un véritable plaisir, je recommande absolument !

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À propos de : Le Problème Spinoza

Spinoza, penseur et philosophe, excommunié par sa propre communauté pour avoir été (bien) en avance sur son temps. Alfred Rosenberg, extrémiste antisémite d’origine allemande, au contraire (bien) ancré dans le sien.

Leurs époques semblaient trop éloignées pour qu’ils se rencontrent et pourtant, qu’en serait-il si leurs chemins s’étaient croisés d’une manière ou d’une autre?

L’ERR, équipe d’intervention en charge de la confiscation des biens juifs d’Europe, mentionne dans l’un de ses rapports « le problème Spinoza » pour justifier l’appropriation de sa bibliothèque par les nazis, et plus particulièrement par Rosenberg, l’idéologue aux grandes responsabilités, pourtant bien peu considéré par les dirigeants du IIIème Reich. Un lien pour le moins ténu, quelques mots à peine qui ont suffi à Irvin Yalom pour bâtir un roman, et quel roman!

Mélange de discussions philosophiques, de séances de psychanalyse et d’évènements historiques véridiques, Le Problème Spinoza nous plonge au cœur des grandes questions de l’humanité : la religion, le bien et le mal, l’amour et les passions. Chacun aux antipodes de l’humanité, Spinoza et Rosenberg n’en ressentent pas moins beaucoup de choses et s’en ouvrent respectivement à leurs amis proches, pour comprendre, pour rationaliser, et parfois, dans un souci d’éduquer aussi ceux avec qui ils échangent.

Rendre accessibles les œuvres d’un des plus grands maitres de la philosophie tout en décortiquant avec doigté les théories et mécanismes ayant mené à l’avènement du national-socialisme et à la prise du pouvoir par le N.S.D.A.P, le tout dans un roman captivant, c’est sans contexte une très grande réussite d’un auteur hors du commun.

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À propos de : Le Parfum

Que dire sur Le parfum? Ce livre m’a captivé certes, mais je n’arrive pas à dire que j’ai ‘aimé’, puisque je n’ai ressenti absolument aucun sentiment amical à l’égard de son personnage principal. L’histoire est formidablement bien écrite, convaincante jusqu’au bout, l’auteur parviendrait presque à nous faire sentir toutes ces odeurs qu’il évoque. C’est un récit fascinant, surprenant, mais pas plaisant. Grenouille est un personnage malsain, dès le début. Et bien sûr, ça ne fait qu’empirer avec les années et avec le déploiement de ses capacités. Certes, on se réjouit avec lui de ses réussites, notamment quand il réalise ses premiers parfums avec succès. Mais sa quête sans fin de senteurs m’a vraiment laissé une impression de malaise. Qu’on puisse autant dépendre d’un de ses sens au point de ne plus vivre, ne jamais aimer qui que ce soit, de ne jamais ressentir le moindre sentiment qui ne soit associé à ce sens, c’est impensable. Et pourtant, dans Le parfum, ça parait possible. Et on en vient à haïr ce personnage doué de dons si merveilleux et qui pourtant les utilise à mauvais escient. Créer le parfum qui permet de se faire aimer, il fallait l’imaginer.

Ce livre est juste fascinant, d’un réalité parfois crue mais tellement formidable qu’on y croit de toutes nos forces, même si le personnage principal es un être à part, totalement dénué de sens humain, et totalement focalisé sur son nez.

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Embarqués sur l’Abraham Lincoln à la recherche d’un énorme monstre marin, le professeur Aronnax, son domestique Conseil et Ned Land, le harponneur du navire, se retrouvent par un fâcheux concours de circonstances à bord du Nautilus, formidable sous-marin construit par le capitane Nemo. Curieux personnage que cet hommes réfugié sous les mers pour échapper à toute forme de vie terrestre ! Nos héros vont découvrir, au cours de leur long séjour à bord du Nautilus, des paysages magnifiques, des endroits improbables, ils vont vivre mille aventures et mesurer l’immensité de l’océan, de ses ressources et de ses richesses. Voyage de rêve pour le professeur Aronnax, prison dorée pour Ned Land, cette étrange épopée leur fera parcourir plus de vingt mille lieues sous les mers…

Pour ma première lecture du #ReadingClassicsChallenge2018, j’avais envie de découvrir ce livre si fameux, si renommé. Après avoir adoré Le Tour du monde en 80 jours, je m’attendais à plonger avec délices dans les flots de Vingt mille lieues sous les mers, allant d’émerveillements en émerveillements… Ce ne fut malheureusement pas le cas. C’est certes formidablement bien écrit, d’un style fluide qui incite à tourner les pages et à se laisser entraîner dans l’aventure. Les traits d’humour sont justement dosés et viennent toujours à point, souvent grâce au personnage magnanime de Conseil, toujours affable et profondément ironique.

Pourtant, je n’ai pas réussi à rentrer dans le récit, à me laisser happer, à me passionner pour les aventures de nos trois héros. L’écriture journalistique, pleine de détails précis sur les latitudes, les jours et les horaires, m’a plus ennuyée qu’autre chose. L’étalage de connaissances marines, autant sur des faits historiques ou scientifiques liées à ce domaine, que sur les poissons et autres habitants des profondeurs, m’a finalement convaincue de tourner les pages en lisant en diagonale tous les passages dédiés à l’étude des bas-fonds.

Il m’a manqué surtout, dans ce roman, une direction, un sens, un but. Ce voyage, cette errance à bord du Nautilus m’a semblé assez creuse, rien qu’un prétexte à la présentation de toutes les races de poissons existantes. Je me suis plus reconnue quand le personnage de Ned Land, pressé de fuir cette prison sous-marine, quitte à risquer sa vie dans les tempêtes ou sur des rivages inhospitaliers, que dans le personnage du professeurs Aronnax, pourtant « auteur » du récit. Ce voyage n’avait aucune destination, c’était un tour du monde non affirmé, commencé sur un vague hasard et terminé rapidement sur un acte de bravoure insensé mais chanceux. Et finalement, nous parcourons les mers avec nos trois héros, nous apprenons nombre de choses sur les habitants des fonds marins et sur les découvertes scientifiques liées, mais on referme ce livre avec la sensation vague de n’avoir rien compris, de ne toujours pas savoir ce qu’on aurait voulu apprendre au fil des pages. Qui est le capitaine Nemo? Comment a-t-il amassé sa fortune? Comment a-t-il construit le Nautilus? Qu’est-ce qui a justifié sa décision de s’isoler du monde ainsi? Tant de questions sans réponses qui me laissent un sentiment d’inachevé à la fin de cette lecture. Pour moi, Vingt mille lieues sous les mers n’est pas vraiment un roman, plutôt un essai scientifique, un étalage de connaissances, une vulgarisation romancée d’un savoir accumulé par Jules Verne au cours de ses recherches.

5

Fraîchement débarquée dans le monde merveilleux et tant attendu de la multinationale japonaise Yumimoto, la jeune Amélie déchante bien vite. De consignes absurdes en réactions démesurées, son quotidien est riche en rebondissements et péripéties. D’abord embauchée comme interprète, elle est rapidement reléguée au rang de comptable puis, devant son incapacité manifeste à remplir cette tâche, elle est nommée dame pipi en chef des toilettes du quarante-quatrième étage – inutile de préciser que ce poste n’a pas d’équivalent dans aucun autre des nombreux étages de la tour Yumimoto. Sa fascination pour le vide et son cynisme décapant lui permettent de tenir son poste jusqu’au bout, de ne pas perdre la face dans cette société où le travail est la clé de voûte de la vie de chacun : elle partira avec honneur, à la japonaise, en démissionnant comme il se doit.

Un livre sur le choc des cultures ou sur l’absurdité des métiers du capitalisme? Question difficile à établir. Certes, certains codes décrits par Amélie Nothomb dans son roman sont définitivement propres à la culture nippones, obligation de s’auto-flageller pour expliquer sa démission par exemple, d’autres événements sont étrangement proches de ce qu’on peut rencontrer dans des entreprises occidentales. Quand Amélie-san ose remplir une tâche pour un autre département sans l’aval de ses supérieurs hiérarchiques directs, c’est la crise diplomatique, le déshonneur, l’affront le plus total – la valorisation de l’esprit d’initiative, débat récurrent dans nos entreprises internationales.

Stupeurs et tremblements met en lumière les comportements aberrants qui sont pourtant monnaie courante dans les entreprises : salariés sacrifiant leur vie, leur sommeil et leur fierté sur l’autel de la productivité et de la réussite chiffrée, managers abusant de leurs positions pour martyriser de pauvres employés subalternes, tâches abrutissantes répétées à l’infini jusqu’à épuisement… Amélie Nothomb relève toutes ces « petites » choses avec humour, bon sens et rationalisme : on en rigole, on réalise à quel point c’est hallucinant de vivre comme ça, de vivre pour ça – et pourtant c’est bien ce qu’on fait.

Loin de dénigrer totalement l’entreprise dans laquelle elle se trouve et le quotidien qu’elle subit, Amélie Nothomb n’hésite pas à passer sa propre personnalité, ses propres réactions et ses propres actions au crible de son regard impitoyable – ce qui ne fait que renforcer le sentiment d’aberration absolue. Amélie-san semble en effet donner le meilleur d’elle-même, ne subir que le pire de ce que l’entreprise peut lui donner, et pourtant, sa fierté est au niveau zéro, elle continue à nous faire croire que tout est de sa faute, que c’est elle qui n’est pas à la hauteur de l’honneur qui lui est fait. C’est là que le choc des cultures est le plus présent, le plus visible : l’individu au Japon n’est défini que par sa performance au travail. Le travail bien fait est la norme, il n’est pas récompensé. Le moindre manquement par contre, la moindre défaillance est fustigée, reprochée, jusqu’à la déchéance professionnelle de l’individu qui a osé la commettre. La remise en question de l’entreprise, de ses codes et de sa hiérarchie n’est pas acceptable, même pas envisageable – et c’est seulement sur la fin qu’Amélie commence à émettre quelques critiques par rapport aux abus qui lui sont imposés.

C’est un récit prenant et drôle, qui remet en perspective notre façon de vivre et de travailler au quotidien. Une littéraire rêveuse dans un monde capitaliste et hiérarchique impitoyable : un antagonisme impeccable où l’ajustement n’est ni possible ni permis. Seul l’humour est permis pour rendre la situation supportable, en attendant de pouvoir en sortir. Un bel exemple de l’absurdité de notre système actuel.

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À propos de : Par amour

1940, la Seconde Guerre mondiale bat son plein, les hommes sont au front, les Allemands avancent, et, au Havre, les femmes et les enfants fuient avec quelques maigres possessions, à pied, en direction du Sud. Dans la pagaille, Emélie et Muguette, deux sœurs que tout oppose, déploient des trésors de bonne humeur et d’optimisme pour rassurer leurs enfants, Jean, Lucie, Joseph et Marline. C’est dans ces circonstances que nous faisons connaissance de ce petit clan Havrais, seulement au début de ses terribles aventures. Chaque membre témoigne tour à tour des atrocités dues à la guerre, les bombardements alliés, les restrictions, les morts en cascade, l’éloignement forcé des enfants. Courageusement, ils nous transportent jusqu’au bout de cette guerre terrible, jusqu’au bout de l’occupation, jusqu’à la libération du Havre, bien plus tardive que la libération de Paris, et bien moins joyeuse vu l’état dramatique de la ville.

Roman rare sur l’arrière, ces femmes et ces enfants eux aussi utilisés comme chair à canon et pourtant assez peu commémorés. Le Havre est en première ligne, tout au long de la Seconde Guerre Mondiale et plus encore pendant l’Occupation : proie facile des avions alliés qui cherchent à décimer les troupes allemandes réunissant leurs forces dans le port, la ville est mise à feu et à sang, les civils sacrifiés pour la victoire des alliés pendant cinq années interminables. Nos courageux personnages restent pourtant, certains par choix, d’autres par devoir, ils seront Havrais jusqu’au bout, malgré la peur et les conditions de vie désastreuses, malgré la perpétuelle menace de mort.

Hauts en couleur, complexes et droits, les personnages de ce récit nous font vibrer d’émotion sans discontinuer. La témérité de Jean, prêt à tout pour améliorer le quotidien de sa famille, la ténacité d’Emélie à protéger les siens, la candeur de Muguette cherchant à croire en de meilleurs lendemains, le sens du devoir de Joffre poussé à l’extrême, l’amour inconditionnel de Joseph pour sa mère, la honte de Lucie à vouloir vivre normalement, le déchirement de Marline caché et pourtant si visible. Même les quelques personnages croisés au hasard des pages éveillent en nous des sentiments forts, souvent contradictoires.

Rien n’est jamais ni blanc ni noir dans cette guerre où les Alliés assassinent des civils en masse tandis que les ennemis font évacuer les enfants pour les protéger. Loin d’encenser la victoire finale des Alliés comme beaucoup d’autres, loin de diaboliser les Allemands, Valérie Tong Cuong nous montre surtout l’absurdité de la guerre, le désastre d’un tel affrontement pour les peuples, la souffrance subie par des hommes et des femmes innocents. C’est l’incompréhension, la frustration, le sentiment d’injustice qui dominent ce récit, et nous ne pouvons qu’admirer les personnages pour leur fureur de vivre malgré les circonstances. Ils continuent à se battre et à aller de l’avant, même quand tout semble perdu, ce qui m’a fait monter de petites larmes aux yeux sur quelques passages particulièrement émouvants.

Par amour est un très beau récit qui mérite d’être lu, mais surtout un témoignage qui mérite d’être entendu et retenu par les générations futures. Malgré le côté prévisible et parfois presque miraculeux de l’intrigue, ce récit donne une image plutôt véridique et juste de la réalité vécue par la population du Havre pendant ces années d’enfer. Il se lit et se vit d’une traite, mettant sans peine le lecteur à la place de chacun des personnages au fil des chapitres qu’ils racontent chacun leur tour.

5
À propos de : Dix petits nègres

Dix inconnus réunis sur une île rocailleuse au large du Devon, dix personnes qui ne semble avoir rien en commun, réunis par un étrange Monsieur O’Nyme. Dès leur arrivée, l’invitation se révèle inhabituelle, leur hôte n’étant même pas présent pour les accueillir. Ce n’est qu’au diner que la véritable raison de leur présence sur place se révèle, les plongeant tous dans l’effroi le plus total.

Véritable chef d’oeuvre de la duchesse de la Mort, les Dix petits nègres mêlent habilement la terreur sourde, la manipulation adroite et l’enquête insolvable. Préparez-vous à plonger dans l’univers inquiétant de l’île du Nègre ! Ici il n’est pas question de retrouver la trace d’un meurtrier envolé, on est bien loin des aventures d’Hercule Poirot et de Miss Marple. Les meurtres se succèdent et le responsable est tout bonnement introuvable… laissant chacun des « invités » à sa propre angoisse, sa propre folie.

Difficile de faire une chronique juste de ce récit sans en révéler les ficelles machiavéliques imaginées par Agatha Christie… A force de vouloir en dire assez, j’en dirais beaucoup trop et je vous gâcherais le plaisir inimaginable qu’il y a à découvrir cette oeuvre unique ! Un seul conseil : avant de commencer cette lecture, assurez-vous d’être bien installé, et d’avoir à portée de main une lampe que vous pourrez allumer quand il fera noir et que les ombres commenceront à danser sur les murs… Vous ne refermerez pas ce livre avant d’être arrivés au bout, je vous le garantis !

4
À propos de : Au bonheur des dames

Paris se transforme, le commerce traditionnel déclinant petit à petit face à l’essort irrémédiable des grands magasins. Un bras de fer acharné oppose le drapier Baudu à Octave Mouret, maître incontesté du Bonheur des Dames. C’est dans cette atmosphère électrique de Denise, nièce de Baudu, débarque à Paris pour y gagner de quoi vivre. C’est au Bonheur des Dames qu’elle trouve sa place, gagnant à force de travail et de patience encore plus que ce qu’elle n’était venue chercher…

Décidément, Zola avait tout compris. Ce n’est qu’aujourd’hui que le modèle commercial capitaliste à l’excès qu’il décrit dans son livre commence à nous faire entrevoir ses limites. Ce fourmillement insaisissable et incessant, la loi de la multiplicité et de la bonne affaire, l’appétit intarissable des femmes pour leurs chiffons, toutes ces choses si vraies et si magnifiquement décrites par l’auteur dans ce récit plus vrai que nature ! Un livre véritablement époustouflant, par sa profusion de détails et la richesse de ses personnages, résultats d’une documentation précise. Plus qu’un roman, c’est un état des lieux incroyablement véridique de l’état du commerce en 1883, on pourrait croire que le Bonheur des Dames a véritablement existé, tant il est rendu réel sous nos yeux ébahis de lecteurs incultes du XXIème siècle.

Les mérites de ce roman ne sont plus à écrire, il est indéniable qu’Au Bonheur des Dames restera l’un des chefs d’oeuvre de la littérature française. Pourtant, j’ai eu quelques difficultés à accrocher au récit – surtout aux interminables parties de shopping de Mesdames de Boves, Marty et Desforges, personnages faibles se laissant emporter dans leurs folies dépensières. J’ai eu le malheur de regarder The Paradise, série soit-disant inspirée d’Au Bonheur des Dames, bien que très loin du véritable récit. J’attendais donc plusieurs rebondissements qui ne se sont jamais produits dans le livre. J’aurais aimé plus d’action, plus encore de circonvolutions dans ce ballet entre Denise et Mouret, plus de drame encore dans l’effondrement continu du petit commerce. Je me suis parfois lassée des descriptions du Bonheur et de ses richesses, si éloquentes soient-elles. J’avais une telle hâte d’arriver au bout du récit, que j’ai été légèrement déçue par le dénouement, à la fois prévisible et inattendu.

4
À propos de : La tresse

Aux quatre coins du monde, trois femmes voient leur vie basculer, pour le meilleur et pour le pire. Smita décide de sortir sa fille de sa condition d’Intouchable, coûte que coûte, quitte à tout abandonner derrière elle. Sarah tombe de son piédestal bancal tandis que la maladie la dévore peu à peu. Giulia découvrir les montagnes russes de la vie : des moments d’intense bonheur suivis de terribles épreuves. Chacune à sa manière, elles vont s’armer de courage et faire face à tout ce que la vie peut leur réserver, sans flancher.

Trois femmes, trois destins que tout oppose et qui pourtant se ressemblent tant : décidées, courageuses et têtues, elles prennent leur vie en main malgré les coups durs, malgré les injustices, malgré les autres. Trois femmes qui refusent d’accepter la fatalité et qui finissent toujours par se relever, par trouver une solution, par changer le cours des choses. Trois histoires que l’auteur entrecroise habilement, d’un lien indéfectible et subtile – c’est bien pensé, il fallait y songer. Je n’ai pas fait le rapprochement tout de suite, et j’ai été très émue quand j’ai fini par comprendre d’où venait ce titre, et où l’auteur voulait en venir.

La tresse est tout simplement un feelgood book, bourré d’humanité, de bons sentiments et d’espoir pour un monde meilleur. Un livre qui donne l’impression que tout est possible, qu’il suffit de vouloir pour pouvoir. Un bon livre à emmener avec soi pour quelques heures de transport, ou à ouvrir après une longue journée éprouvante pour s’évader loin de son quotidien et retrouver le sourire.

Un grand merci au Livre de Poche pour cette jolie découverte !

4
À propos de : Boule de suif

1870. Après la terrible défaite de Sedan, les Prussiens occupent désormais la France, Rouen compris. Seul Le Havre continue de résister. Poussés par divers intérêts, un groupe de Rouennais parvient à obtenir l’autorisation de quitter la ville. Embarqué à bord d’une grande diligence, ce groupe hétéroclite apprend à se connaitre, bon gré mal gré. C’est à Tôtes que l’aventure prend une tournure dramatique : un officier ennemi refuse de les laisser repartir tant que Mlle Elisabeth Rousset, courtisane surnommée Boule de Suif, ne lui aura pas accordé une nuit. Vaincue par l’insistance des autres voyageurs, elle finira par céder, mais ne retira aucune gloire de son sacrifice héroïque…

Grand classique de la littérature française, ce conte clairvoyant et humoristique vaut véritablement le détour. J’avais prévu de lire Mont-Oriol, du même auteur, pour sortir des sentiers battus, mais devant ma difficulté à le trouver, j’ai privilégié une valeur sûre – et je ne regrette pas mon choix. Ma dernière lecture de Maupassant remonte à si loin que je ne suis même plus certaine qu’il s’agissait de Bel-Ami – à moins que ça n’ait été Une vie? Toujours est-il que je ne me souvenais pas de Maupassant comme d’un auteur particulièrement drôle. Mais ici, que d’humour ! Entre les personnages caricaturaux, les scènes de festins arrosés, et les conspirations de ces Messieurs Dames, il y a de quoi rigoler. C’est une satyre incroyablement bien tournée, fidèle au contexte si particulier de cette guerre de 1870, quand les Français ne savaient plus très bien s’il fallait être Orléanistes, Bonapartistes ou Républicains tandis que l’ennemi occupait leurs maisons.

Ici, les comtes et comtesses se retrouvent à partager leur banquette avec des révolutionnaires et des prostituées, et lorsque la faim les tiraille, ils n’hésitent pas à renier la bienséance pour partager de repas de ces gens peu recommandables. Fidèles à eux-mêmes, tous ces « bien-pensants », bonnes soeurs incluses, déploient des trésors de persuasions pour convaincre Boule de Suif d’accorder à l’officier prussien ce qu’il désire. Pourtant, aussitôt fait, tous se retournent contre elle – se gardant bien de partager leurs victuailles avec elle pendant le reste du trajet. Injustice, égoïsme et lâcheté sont les thèmes premiers de ce court récit, tandis que sacrifice et pression sociale restent latents derrière le réalisme saisissant de cette nouvelle.

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Portrait de olivia.cheucle