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Le Coeur est un chasseur solitaire
448
Date de parution: 
09/03/1983
EAN : 
9782253031758
Editeur d'origine: 
Stock

Le Coeur est un chasseur solitaire

Marie-Madeleine Fayet (Traductrice)

Denis de Rougemont (Préfacier)

7,40€

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De ce roman foisonnant de personnages se détache la figure adolescente de Mick, qui ressemble étrangement à Carson McCullers. Pauvre, passionnée de musique, elle rôde dans les cours des immeubles pour surprendre les accents d’une symphonie qui s’échappent d’un poste de TSF : « Cette musique ressemblait parfois à de petits morceaux de cristal colorés et, quelquefois, c’était la chose la plus douce, la plus triste que l’on pût imaginer. »
Mick et bien d’autres personnages s’entrecroisent dans ce roman qui emprunte ses décors au Sud des Etats-Unis où vécut Carson McCullers dans l’immédiat avant-guerre. Elle avait vingt-deux ans quand elle publia ce premier livre, qui est sans doute son chef-d’œuvre.

Les derniers avis

3
Un roman à la portée universelle, et pourtant il m'a posé quelques difficultés, je l'ai abandonné en cours de lecture pour le reprendre et le terminer. Le talent de l'auteure est indéniable et dès les premières pages, j'ai de suite cerné la maîtrise de l'écriture. Carson Mc Cullers ne fait pas défaut à la réputation de ces auteurs du Sud des Etats Unis, tous capables de nous immerger dans ce Sud profond, ici c'est pile à la veille de la seconde guerre mondiale. Ce qui m'a le plus marqué dans ce roman est bien entendu la thématique sociale et la réflexion, qui en découle. Ce roman, qui devait s'intituler Le Muet, en référence à John Singer, ce personnage central autour duquel vont graviter Mick Kelly, la fille de la famille Kelly; BIff le patron du Café de New York, Jack Bloundt, un "Supertramp" ou travailleur itinérant, attaché au Sud aux idées vaguement communistes et enfin le Docteur Coppeland, dévoué à ses malades peut être trop, qui a fait de la lutte contre la discrimination envers les noirs son cheval de bataille sans pour autant trouver un écho véritable auprès de ses frères. La vie dans ce Sud profond, est injuste, les travailleurs ont faim et vivent dans une misère accablante , la violence raciale règne, la maladie est à chaque coin de rue, Carson Mc Cullers ne lésinent pas pour nous décrire la réalité de ce quotidien et c'est prenant. Pourtant Singer vit au quotidien cette misère et la traverse, avec ce souci des autres. Son ami grec Antanapoulos, lui aussi muet, loue avec lui une chambre et les deux hommes partagent cette vie faite de lendemains incertains. La caractère affable et altruiste de Singer va faire de lui, le confident idéal. Tous, vont trouver auprès de Singer, une écoute, un soutien, et surtout un réceptacle pour déverser leurs déceptions, leur angoisses, leurs peurs du lendemain et surtout leurs espoirs et désirs démesurés de changer leur condition. Mick poursuit le rêve de devenir musicienne, de s'approprier un piano; Biff voudrait sortir de sa solitude et Jack Boundt et le Docteur Coppeland rêvent d'un monde plus juste, sans pour autant être d'accord sur cette notion de justice et sans aller dans la même direction. Ces personnages incapables de tisser des liens entre eux, dévoilent des gens repliés sur eux mêmes, sans destin possible, pour eux pas de bonne étoile, le seul lien entre eux reste Le Muet Singer ... Dès le début, tous ces détails, la personnalité de chacun, sautent à la gorge et il est difficile de ne pas anticiper le bain de violence social dans lequel le lecteur va plonger. Le sentiment de solitude qui attrape le lecteur au fils des différents portraits est plombant, et la noirceur du roman va crescendo, Mc Cullers a ce talent indéniable d'aller plus loin que la description, et elle nous prend aux tripes, nous secouent, et n'est ce pas l'une des raisons d'être de la littérature. Le dénouement prévisible au bout de 150 pages, se dessine, obsède : Comment ne pas penser que ce brave Singer, incapable de dresser des systèmes de protection face à ses "confidents", ne va pas se passer la corde au cou ??? La pause s'est imposée pour reprendre le fil de cette lecture, je n'ai pas deviné le dénouement exact, mais ceux qui ont lu le roman savent que je ne passe pas trop loin. Carson Mc Cullers a su mettre des mots sur des maux universels : l'injustice, la violence sociale, la haine liée à la discrimination, dont sont victimes ses personnages, ils deviennent égoïstes, parfois indifférents, ils deviennent à leur tour remplis de violence et de haine. Elle développe peu la psychologie de ses personnages, ils restent assez prévisible dans l'ensemble, ils composent comme ils peuvent avec ce qu'ils sont, et vont là ou c'est évident. Parfois, j'aurais souhaité quelques instants de lumières dans ce roman très sombre, ce n'était pas le choix de l'auteure, et cela se conçoit aisément Carson Mc Cullers a grandi adolescente dans la période post crise de 1929. Nul doute que ses personnages trouvent leur inspiration dans une réalité, et je me suis souvent interrogé sur l'auteure au moment de ma lecture. Le message du roman, tient dans le titre The Heart is a lonely Hunter, certes Le Muet trouve sa signification à la lecture, mais le titre est magnifique, et résume bien la dualité autour de l'amour, et de son absence qui conduit non pas à une quête ici mais à une chasse; l'écriture également est sublime, et j'ai bien envie de lire d'autres titres de l'auteure.