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Yoshe le fou
336
Date de parution: 
17/02/2016
EAN : 
9782253017301

Yoshe le fou

7,10€
6,99€

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À l’aube du xixe siècle dans une communauté hassidique de Galicie, Nahum, à peine âgé de quinze ans, a dû épouser la fille de Rabbi Melech, Sourele, pour laquelle il n’a aucune attirance. Dans l’univers clos et frénétique de la cour rabbinique, Nahum vit en marge et se réfugie dans l’étude du Talmud jusqu’au jour où il croise le regard de Malka, la très jeune femme de son beau-père. C’est aussitôt la passion qui embrase tout. Les deux jeunes gens ne résisteront ni au désir ni à la transgression. Mais leur châtiment sera implacable. Quinze ans après le drame, un homme étrange arrive au village et réveille un passé que tous veulent oublier. Qui est-il ? Yoshe le fou est-il Nahum ?
Histoire d’un amour passionné, absolu et pourtant interdit, Yoshe le fou (1932), premier grand roman d’Israël Joshua Singer, fut comparé par la critique des années trente à Balzac, Dickens et Tolstoï.

Les derniers avis

3
Blogueur

En étirant le temps grâce à des ellipses, l’auteur base la dramaturgie de son histoire sur la persistance de la passion et des secrets. Derrière l’histoire d’amour, il décrit une société qui refuse les sentiments car ils représentent un vrai danger de déstabilisation. Les transitions elliptiques coupent un peu le rythme mais la proximité avec les personnages est telle qu’on ne lâche pas le roman.

C’est l’effervescence dans la communauté hassidique de Nyesheve : le Rabbi Melech marie sa plus jeune fille, Sourele, avec Nahum, le fils d’un autre Rabbi. Mais le fiancé a à peine quinze ans et il n’éprouve aucune attirance pour sa lourde et lente promise. Le mariage n’est pas heureux et Nahum se consacre entièrement à l’étude du Talmud. Un jour, il croise le regard de braise de Malka, la très jeune et très jolie troisième épouse de son beau-père. Pauvre Rabbi Melech ! « Que lui restait-il au monde en dehors de… de sa femme ? Ses enfants étaient ses ennemis. Ils attardaient le jour de sa mort pour se partager l’héritage de son empire rabbinique. Aucune n’avait d’affection à lui donner. Mais elle… elle était si jeune, si belle. » (p. 79) Malka se livre tout entière à sa passion pour le jeune époux de sa belle-fille. Nahum tente de résister, mais comment repousser l’amour vrai quand il se présente ? Évidemment, les conséquences seront dramatiques et Nahum disparaît. Quinze ans plus tard, Yoshe arrive à Bialogora. Tout le monde le trouve bizarre, mais on le respecte quand même. « Yoshe ne disait rien. Ses lèvres remuaient, mais pour entonner des Psaumes. Jamais il n’arrêtait de dire des Psaumes, ni quand il allait en courses, ni quand il entretenait le poêle, ni quand il balayait la synagogue. » (p. 179) Voilà que la peste s’abat sur Bialogora : Yoshe est-il coupable ? Il reprend la route et son chemin s’achève à Nyesheve : est-ce Nahum qui est de retour ? Mais qui est Yoshe ? Qui est Nahum ? « Qui êtes-vous ? / Je ne sais pas. / Vous ne savez pas ? […] / Aucun homme ne sait qui il est, répondit l’étranger. » (p. 320)

Ce roman paru en 1933 est terriblement moderne, porté par un style fluide et riche. Le mariage n’est pas présenté comme un sacrement heureux et fertile, mais comme l’enchaînement de deux êtres pris au piège d’un serment presque arraché sous la contrainte. L’amour ne s’épanouit pas dans les liens maritaux, mais il survit coûte que coûte au temps et aux séparations. Il y a quelque chose du conte fantastique et de l’épisode biblique dans la disparition et le retour de Nahum/Yoshe. Le questionnement identitaire s’étend à la communauté juive dont les visages sont multiples, mélangés, superposés. La lecture de Yoshe le fou nourrit et fait exploser mon intérêt pour la culture juive et sa littérature. À suivre, donc, M. Singer !