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Léna
216
Date de parution: 
28/08/2013
EAN : 
9782253175674
Editeur d'origine: 
Albin Michel

Léna

6,10€

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Léna est née dans le Grand Nord sibérien, elle aime plus que tout la brume, la neige, l'immobilité et l'attente, qui n'ont ni couleurs ni frontières. Son mari Vassia, pilote dans l'armée de l'air, n'a qu'un rêve, poursuivre la grande épopée soviétique de l'espace dont Gagarine fut le héros et qui reste l'immense fierté du peuple russe. Comment acclimater leur nature profonde, leurs sentiments et leur vision du monde si différents en ces temps incertains de perestroïka où s'effondre leur univers ? Un premier roman étonnant où tout est dit de l'âme russe, des paysans dans leurs kolkhozes, des exilés dans la taïga, des citadins entassés dans leurs appartements communautaires, qui tous ont pour horizon l'envol et la conquête spatiale comme un Eldorado collectif.

Histoire d’amour et de dégel, ce premier roman est aussi un hommage au « passé oublié d’un très grand peuple ». Claire Devarrieux, Libération.

Prix des libraires
2012
Prix Première (Belgique, meilleur premier roman)
2012

Les derniers avis

3
Qu’on se le dise : « Léna », premier roman de Virginie Deloffre, est une pépite ! Édité en septembre 2013 au Livre de Poche, ce roman de 238 pages a fait l’objet de 33 critiques sur Babelio, la plupart admiratives. Et comment ne pas être admiratif devant ce chef-d’œuvre ? La couverture donne le ton : vous voici transporté en URSS, le 2 janvier 1959. Luna 1, première sonde soviétique du Programme Luna, est lancée dans l’espace, destination la Lune : la sonde passe à 6000 km de la Lune, marquant le début de l'exploration spatiale. Cet événement est une fierté nationale pour les Russes de cette époque, et cette fierté se lit sur le visage de la jeune femme qui est en couverture car, après des années de guerres et de souffrances, l’avenir paraît enfin radieux. Et ces années noires, le peuple Russe ne les oublie pas : Virginie Deloffre nous cite quelques vers du poète Fédor Tioutchev. « Léna » se présente en trois parties. La première partie –l’absence- est constituée d’une suite de lettres envoyées par Léna à ses parents d’adoption, Varia (une vieille communiste) et Mitia (un géologue dissident, condamné à l’exil permanent en Sibérie). Nous sommes en 1987. Léna est mariée à Vassia, pilote de chasse. Léna a deux vies, deux rythmes : quand Vassia vient et quand Vassia repart à la Base. Léna se confie à eux : elle attend, résignée et seule, le retour de Vassia, mais elle est à sa place (page 14) et elle s’enfonce dans cette absence, telle une longue plaine facile à marcher qui [la] protège (page 15). Cette absence, qui est (page 16) sa légende intérieure, lui fait du bien (page 17) comme un bon sirop. Quand Vassia est là, l’air sent bon, la lumière et la chaleur pénètre les maisons (page 33) et c’est un tintamarre de sensations. Quand il sourit, la cuirasse d’absence de Léna cède, s’effondre sous le soleil renaissant (page 42). Mitia et Varia sont pleins de tendresse pour Léna, ce bout de fillette qu’ils ont récupéré alors qu’elle n’avait que sept ans et que ses parents s’étaient noyés en pêchant au trou, un jour de printemps, sur la banquise, mais Varia trouve que la posture adoptée par Léna risque de mettre en danger son mariage avec Vassia. La deuxième partie –l’azur- est consacrée à la sélection de Vassia comme futur cosmonaute, en partance pour la station spatiale Mir. Vassia saura se montrer digne de la confiance que l’URSS place en lui (page 108), mais il redoute la réaction de Léna car (page 109) il ira regarder des heures durant une autre image, aux lignes rondes et pures, irréelle et sacrée. Léna sent que sa vie va basculer : il n’y aura plus de mystère, mais des permissions programmées, il n’y aura plus d’intimité avec Vassia, mais des reportages TV, il n’y aura plus de passion de Vassia envers elle, car il reviendra les yeux éteints, brûlés. On lui rendra une ombre (page 126). Mais Léna surmonte ses peurs, soutenue par Vassia qui lui dit que l’homme est attiré par une force, que l’étendue l’appelle (page 134), que l’espace est du domaine du mystère (page 136). Le mur de Berlin n’est pas encore tombé mais l’URSS est en train de s’écrouler : pour Vassia, rejoindre Mir c’est suivre la voie ouverte par la chienne Laïka, par Youri Gagarine, par Valentina Terechkova et par Alexeï Leonov ; c’est tirer une dernière salve d’honneur à la face du monde, à la face de l’Amérique. Alors Léna parcourt les bibliothèques, prend des notes et s’ouvre à Vassia. Elle comprend qu’il a besoin de quelque chose qui le dépasse (page 171) car, comme tout Russe, il est à l’aise seulement dans la démesure (page 188). Vassia part pour Mir, puis il en revient, transformé. Dans la troisième et dernière partie –la marche- l’URSS n’existe plus. Tout fout le camp. L’armée propose à Vassia le poste de correspondant permanent au Kamtchatka : il en discute avec Léna, qui accepte. Là-bas, elle prend un poste d’institutrice : elle a des rêves aussi (page 230). Elle et lui se trouvent enfin. Elle accouche d’une fille, Lioubov (amour, en russe) : tout un programme ! Dans ce roman, qui a reçu le Prix des Libraires 2012, rien ne manque : une écriture délicate, superbe et subtile au service d’une vivifiante histoire d’amour, une atmosphère incroyable, des rappels historiques jamais pesants, des personnages attachants, les dessous enfin révélés de l’aventure spatiale russe, une nature sauvage mais magnifique, des traditions, de la psychologie, de la poésie, de la pudeur, du style, de l’émotion, et la fameuse âme russe, passionnée, fière, imprévisible, généreuse, paradoxale et à fleur de peau. En toile de fond, le rêve socialiste et l’éclatement de l’URSS. Pour un premier ouvrage, Virginie Deloffre fait preuve d’une maturité étonnante. Chapeau bas : cinq étoiles !